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jeudi 10 septembre 2009 10:29

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James Cameron : « la technologie ne doit pas effacer l’émotion »

James Cameron fignole les derniers détails de son blockbuster prototype en relief. Rencontre chez lui, à Malibu.

par Laureen Ortiz

tag : science-fiction

DR

Los Angeles, correspondance

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Projection privée chez le maître cameron

Invité par le réalisateur dans sa villa de Los Angeles, où il peaufine son film, «Libération» a pu visionner des images inédites.

« Avatar » que jamais

Douze ans après « Titanic », James Cameron parle pour « Libération », en exclusivité, de son nouveau film monstre.

James Cameron fignole les derniers détails de son blockbuster prototype en relief. Nous avons demandé cette interview sans trop y croire. Cameron a non seulement accepté avec générosité, mais il a fini par nous inviter chez lui, à Malibu, pour une projection privée d’extraits d’Avatar. Il nous a longuement expliqué la nature et les ambitions de ce projet hors-norme.

Pourquoi avoir lancé un plan marketing aussi énorme, quatre mois avant la sortie en salles, en faisant du teasing un véritable événement mondial  ? Est-ce votre idée ou celle des studios Fox  ?
C’était mon idée mais Fox l’a aimée et a étendu le concept. J’ai eu l’idée d’organiser un prévisionnage des images d’Avatar. Fox a ensuite décidé de faire un coup médiatique d’une journée autour de cette idée de présenter quinze minutes d’Avatar au monde entier. Pourquoi  ? On a des tas de raisons. On trouvait les images très fortes, d’une part, et je n’avais pas confiance en une simple bande-annonce. Le public sait que l’on peut faire une bonne bande-annonce avec un mauvais film. Vous prenez les meilleures scènes et vous les assemblez. Je voulais que les gens voient comment Avatar fonctionne visuellement, en tant qu’histoire. C’est quelque chose qui n’a jamais été fait avant.

Après le succès de Titanic, avez-vous encore une pression énorme sur les épaules pour ce film  ?
On a toujours la pression, à chaque fois qu’on fait un film. Je n’ai jamais fait un film sans pression, de mon premier – où l’on vous juge sur le fait que c’est le premier –, au deuxième film – où l’on vous juge pour voir si vous êtes capables de le refaire –, etc. C’est toujours pareil. Si vous n’aimez pas la pression, ne soyez pas cinéaste  !

Certes, mais là, certains parlent de « film du futur ». Peut-être allez-vous, ou essayez-vous de, créer un nouveau genre, ce qui est conditionné par le succès d’Avatar évidemment  ?
Oui, mais je ne fais pas de films pour créer des genres. Les genres se créent d’eux-mêmes. D’autres cinéastes utiliseront peut-être des outils qu’on a créés, mais ils ne choisiront pas forcément de faire un film comme Avatar.

A Hollywood, la tendance 3D se confirme. Avez-vous vu d’autres films en 3D  ?
Pour être honnête, je travaille tellement sur Avatar que je n’ai pas vu d’autres films depuis un bon moment. Je suis sûr qu’ils sont bons, j’ai vu un petit bout de Monstres contre Aliens. Les autres sont des films animés, comme le dernier de Disney, Là-haut. Ils sont relativement courts, contrairement à Avatar qui fera plus de 2 h 30 et est une vraie épopée à destination d’un large public et pour tous les âges. En tout cas, pas exclusivement pour les enfants. Avatar comprend autant d’action tournée en prises de vues réelles que d’actions générées par ordinateur.

Comment avez-vous géré cette contrainte technique  ?
On a utilisé deux méthodes différentes  : avec l’une, on photographiait les acteurs en utilisant une caméra stéréoscopique, ce qu’on a développé ces dix dernières années sur les documentaires. L’autre tâche consiste à capturer les performances des acteurs, pour laquelle on a aussi dû inventer la technologie afin d’obtenir un réalisme total, y compris pour les personnages d’aliens. Faire en sorte que la technologie que l’on greffe sur les motion capture n’efface pas l’émotion des acteurs au moment de la prise.

Tout cela a dû demander un temps très long…
Oui, à ce niveau on est plus proche d’un film animé que d’un long métrage normal. On a commencé le film il y a quatre ans. La première année et demie a été consacrée au design, à imaginer toutes les créatures, les habitations, les véhicules, les vaisseaux spatiaux… Bref, à créer un monde nouveau à partir de rien, ce que fait toujours la science-fiction. Mais là, on a créé deux univers, celui des humains et celui de la planète Pandora, où vit la population Na’vi. On a inventé sa culture, son langage, grâce à l’aide d’un professeur de l’université Southern California qui a littéralement créé une langue à partir de sonorités allemandes, africaines, asiatiques, etc. Les Na’vi ont aussi leur art, leur musique, leur philosophie, et bien sûr leur apparence. Les six personnages principaux Na’vi ont été conçus à partir de vrais acteurs, tandis que la centaine d’autres a été dessinée à partir d’un même moule. Tout au long de cette période, on développait en parallèle la technologie. Ensuite, il a fallu deux ans et demi de production, dont quatre mois de tournage, le reste étant de la production « virtuelle ». En ce moment, on travaille encore dessus.

D’où vient cette intention d’opposer deux races, les humains et les Na’vi  ?
Il n’y a pas vraiment de conflit entre les deux races, mais plutôt entre les personnages. C’est une collision des cultures entre deux civilisations.

Les bons contre les méchants  ?
Non, il y a des mauvais humains et des bons humains, pareil chez les Na’vi. C’est moins un conflit entre le bien et le mal qu’un regard sur notre histoire. Les gens qui sont venus en Amérique du Nord et du Sud de l’Europe, d’Angleterre ou d’Espagne, pour implanter leurs colonies, incarnaient-ils tous le mal  ? Je pense que les Américains répondraient par la négative  ! En revanche, certaines choses qu’ils ont faites au cours de leur processus de colonisation ont été néfastes, objectivement. A quel moment les gens deviennent aveugles à la souffrance des autres  ? C’est ce qui m’a intéressé. On a une longue histoire d’invasions dirigées par des sociétés technologiquement supérieures à celles qu’elles conquièrent, que ce soit pour contrôler l’or, le pétrole, les diamants, la fourrure, etc. C’est assez universel, c’est un élément fondamental de la nature humaine.

Avatar serait donc une critique sociale  ?
La science-fiction l’est toujours. Même Titanic l’était  : symbole d’un monde divisé en classes, c’est un microcosme où les riches sont supposés êtres sauvés, alors qu’on laisse mourir les pauvres, ça ressemble pas mal au monde dans lequel on vit.

Mais ce que vous critiquez dans Avatar, n’est-ce pas exactement ce que vous faites avec votre film, qui va sans doute écraser tous les films français et étrangers à Noël  ?
Non, enfin il y a une forte probabilité de faire un hit, si l’on fait les choses correctement… Mais Hollywood ne vient pas de la volonté des Américains d’importer leur cinéma dans le reste du monde. Ce sont les cinéastes du monde entier qui viennent à Hollywood s’ils veulent travailler à un niveau mondial et commercial. Moi, je suis canadien  ! Il y a des gens qui viennent d’Allemagne, de France, du Japon… C’est « La Mecque » du cinéma commercial, elle pourrait être n’importe où, il se trouve qu’elle se situe à Los Angeles. C’est plus qu’un lieu géographique, c’est une idée, celle de dépasser sa propre culture.

Avez-vous dû vous battre à Hollywood pour faire ce film  ?
Entre les studios et les réalisateurs, c’est une relation d’amour-haine. Les studios adorent la possibilité d’une grande épopée qui excite l’imagination d’une audience mondiale. Mais ils détestent la réalité qui va avec. Ça a été dur de convaincre les producteurs car il y avait beaucoup d’incertitudes sur ce projet. Est-ce que les gens seraient intéressés  ? La technologie serait-elle au point  ? Titanic déjà était un défi, sans doute encore plus grand parce que sans happy end. Tout le monde meurt à la fin, et le film était très long. Il y avait un tas de raisons de ne pas le faire. Pourtant, si vous regardez les vingt plus gros succès du cinéma, dix-huit sont de la science-fiction, et une des deux exceptions est Titanic  ! Donc, c’est quand même un pari rationnel.

Avatar est aussi devenu un jeu vidéo. êtes-vous impliqué dans cet aspect  ?

Non, je travaille en partenariat avec Ubisoft, qui le développe, mais je ne suis pas un développeur. Pas même un joueur. C’est simplement que l’industrie du jeu vidéo est plus importante aujourd’hui que celle du cinéma, donc c’est un bon moyen de soutenir un film.

Le jeu vidéo est-il de fait l’avenir de l’industrie du cinéma  ?
Non, jamais. Ce sont deux expériences complètement différentes. Les deux requièrent de l’imagination, un design, une création, mais elles restent très différentes. Côté public, je ne vois pas pourquoi s’arrêterait le plaisir d’aller voir, collectivement, des films sur grands écrans.

Publié dans Libération du 9 septembre 2009


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