« Je crois que j’ai attrapé des DRM, est-ce grave, docteur ? »
par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)
tags : musique , virus , droits d’auteur , DRM , Professeur Scrine
Toutes les deux semaines, en alternance avec Miss Gloss, retrouvez les précisions linguistiques du Professeur Scrine.
Alors que se prépare la seconde bouquinosphère on continue de me demander, plus ou moins ouvertement il est vrai, des précisions langagières : « Professeur, ma fille se dit exige des ringles à chaque repas ; doit-elle consulter ? » (Francine B., mère de sa fille) ; « Je crois que j’ai attrapé des DRM via une vidéo diffusée à mon insu, est-ce grave, docteur ? » (Paris H, femme publique). Vos questions, mesdames, montrent d’abord qu’il existe autour des nouvelles technologies un champ lexical largement influencé par le domaine médical – d’ailleurs, on parle aussi de « virus », « contamination » ; et la machine « tombe » en panne, comme nous autres « tombons » malade. C’est l’angoisse générée par cette idée de chute, d’arrêt soudain du processus d’action, qui assure le pont entre nos représentations du monde machine et celles du monde biologique. L’idée que notre propre personne (ces doigts qui tapent sur le clavier, ce neurone qui s’agite) puisse avoir une fin est insupportable. De même, envisager que l’engin informatique, notre connexion avec le monde, puisse se « gripper », se « scléroser », voire se « désagréger » a quelque chose de dramatiquement insoutenable. Mais rassurez-vous, chère Paris H, les DRM, ou Digital Rights Management, ne vous feront aucun mal. Ces verrous numériques permettent – théoriquement – au propriétaire intellectuel d’un fichier (audio, texte, vidéo) d’avoir le contrôle de l’utilisation des dits fichiers sur Internet. Prenons un exemple : vous mettez confidentiellement en ligne votre dernière vidéo pour que tous vos ex la voient et en crèvent de jalousie. Mais vous ne voulez pas que le tout-Web se la refile. Les DRM peuvent permettre le visionnage de votre vidéo sur un seul ordinateur, ou même limiter le nombre de visionnages. En théorie, en tout cas – et j’aime autant vous prévenir. Car ce système a des limites techniques que vos fans pourraient bien cracker. Quant aux exigences de ringles (contraction de single et de ringtone, sonnerie) de votre fille, chère Francine, il n’y a aucune crainte à avoir : c’est de son âge. Ces mini-CD proposant un titre, sa version remixée et un succès ancien de l’artiste, le tout augmenté d’une sonnerie et d’un fond d’écran pour mobile, devraient passer aussi vite que les lubies de votre adolescente. C’est pourtant Sony BMG qui est à l’origine de cette initiative censée relever le marché de la musique. Mais ce 45 tours de l’ère numérique se vendra, dès novembre aux Etats-Unis, rien moins que 7 dollars, et il y a des chances pour que les ados et les autres soient vite découragés par un prix aussi prohibitif et préfèrent se rabattre sur des achats à l’unité – voire, sur du piratage. Vous voila prévenu(es). Bonne quinzaine sur vos écrans. Retrouvez sur ecrans.fr toutes les chroniques du Professeur Scrine.
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