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mercredi 15 octobre 2008 11:44

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« Je me voyais comme un créateur »

Dennis Hopper. Rencontre avec le héros de la contre-culture seventies, à l’heure d’une rétro-expo.

par Grégory Schneider

Dennis Hopper, à Paris, le 8 octobre. Photo Jérôme Bonnet

« Vous ne l’avez pas vu passer ? On l’a perdu. » Dennis Hopper (62 ans) était de passage à Paris la semaine dernière, pour promouvoir la rétrospective et l’exposition très complètes –photos, peintures et films, joués ou réalisés par lui – que lui consacre la Cinémathèque française (1). Après avoir joué à cache-cache avec son attachée de presse, il a accepté le principe du name dropping à propos de quelques-unes des innombrables rencontres qui ont façonné celui qui, depuis le milieu des années 60 jusqu’au début des années 80, symbolisa la contre-culture américaine, à la fois acteur, réalisateur, artiste et grand collectionneur d’art.

Nicholas Ray (cinéaste américain, avec lequel Hopper a tourné la Fureur de Vivre en 1955) :
« Quand j’avais 18 ans, j’étais sous contrat avec la Warner, qui m’avait embauché après m’avoir vu dans des shows télés. Voilà comment je me suis retrouvé sur la Fureur de vivre. Ça n’a pas été simple, puisque Nick et moi avons eu chacun une histoire de cœur avec Natalie Wood pendant le tournage et comme il était plus âgé que moi, j’ai l’impression qu’il m’en a voulu. Des années plus tard, je l’ai retrouvé à Cannes, où je m’étais rendu pour Easy Rider. Il vient me voir : “Dis, tu pourrais me passer 500 dollars ?” Je ne les ai pas ; à cette période-là, un copain m’héberge, je suis fauché. Je tape une connaissance et je les donne à Nick. Une heure après, il revient me voir : “Donne-m’en encore 500.” Il avait tout perdu au casino... »

Jasper Johns (peintre et artiste conceptuel américain, photographié par Hopper en 1962) :
« C’est le premier type du groupe que nous formions à avoir touché le million de dollars : 17 millions en fait, le prix d’une de ses toiles. Pour moi, il figurait une sorte de maître que nous regardions tous comme tel, l’un des plus grands peintres américains de l’après-guerre. Savez-vous qu’il a dessiné des plans de fenêtre  ? Sur la 5e Avenue de New York, il y a des appartements et des magasins dont les fenêtres ont été imaginées par Jasper Johns. Il y aurait un truc merveilleux à faire  : trouver toutes ces fenêtres, les photographier et faire un super bouquin. »

Francis Ford Coppola (cinéaste américain qui a dirigé Hopper dans Apocalypse Now et Rusty James) :
« Après Apocalypse Now, Francis a perdu son studio. On a donc loué des camions, on a mis tout ce qu’on pouvait récupérer du studio dedans et on s’est mis en route, depuis Los Angeles jusqu’en Oklahoma. Là, Francis a fait à la file deux films basés sur des nouvelles de Susie Hinton, les Outsiders et Rusty James, où je joue le père alcoolique d’un personnage interprété par Mickey Rourke. Coppola : fin, cultivé. Costaud. Quand il paumait jusqu’à sa maison au fur et à mesure des dépassements de budget sur Apocalypse Now, je ne l’ai jamais vu paniquer. C’était plutôt : “Bon, vu ce que tout ça me coûte, autant faire un bon film...” Je me rappelle qu’il faisait parfois à manger pour tout le monde ; acteurs, techniciens... Des spaghettis, des salades... Et il servait les gens à table. Alors qu’il allait à la ruine. Voilà ce que j’appelle un leader [rire]. »

Cartier-Bresson :
« En 1961, je me voyais déjà comme un créateur. J’avais du mal à trouver des rôles à cette époque, je voulais réaliser des films et utiliser un appareil photo m’apparaissait comme un moyen d’apprendre. A part ça, j’étais un grand fan de Cartier-Bresson, le moment décisif, tout ça… Un photographe doit se débrouiller avec la foule, avec des choses qui se passent devant son objectif et qu’il ne maîtrise pas. J’aimais cet aspect du métier. Juste avant de réaliser Easy Rider, j’ai tenté de devenir photographe de guerre au Vietnam. Je connaissais un sénateur, j’ai fait la demande  : l’armée américaine venait tout juste de prendre position là-dessus, les photographes n’avaient plus l’autorisation d’y aller. Voilà comment j’ai sauvé ma vie [rire]. »

Paul Newman (acteur américain, photographié par Hopper) :
« J’étais amoureux de Joanne Woodward [qui deviendra par la suite la seconde femme de Newman, ndlr]. Un soir, je l’ai emmenée à la première new-yorkaise de Géant, puis dans un night-club assez select... Elle essayait de partir sans moi, “reste, reste ; moi je suis fatiguée…” Je m’accroche et je la raccompagne quand même chez elle. J’insiste pour entrer dans son appartement. Elle résiste, me repousse... et j’ai dévalé les marches sur le dos. Plus tard, Paul Newman m’a expliqué qu’il était derrière la porte de Joanne ce soir-là : il était encore marié à sa première femme à l’époque. »

Roger Corman (cinéaste américain qui a dirigé Hopper dans The Trip) :
« Corman était le prince du cheap, il bouclait l’affaire en un week-end sans payer personne. Il ne finassait pas, la première prise était toujours bonne [rire]. C’était un type merveilleux, mais bon : quand on est allé au restaurant après le tournage, il a calculé exactement ce que chaque personne devait : “Toi, tu dois 3 dollars 50, toi tu dois 4 dollars 20...” Il avait quand même une sorte de génie à la Warhol : il ouvrait le journal et il avait dix idées de films à la minute, de quoi inonder le marché des drive-in ; c’était le but. »

(1) 51, rue de Bercy, Paris, XIIe et expo photos sur le voyage au 3, rue Cassette, Paris VIe.


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