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lundi 18 janvier 2010 10:28

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Je suis venu te dire que je reviens

Si Gainsbourg est revenu et qu’il mate aussi la TV ? Affirmatif.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

This is not the real Serge - DR

Une nuit qu’on était / A se morfondre / Devant un docu à la télé / Sur les chevaux hongres / Parcourant d’un œil som-/Bre le Télé 7 / Nous vint une vision / Dans l’eau de Seltz. Certes, il y a, à l’occasion de la sortie du film de Joann Sfar, quelques documentaires nécrologiques, mais voyez donc toutes ces belles émissions auxquelles Serge Gainsbourg aurait pu participer s’il n’était, bêtement, mort. Gainsbourg chez Denisot, Gainsbourg face à Zelleau et Nemmour, franchement, quel gâchis. Oh, et puis d’abord, il est même pas mort, Gainsbourg. Jamais. Il frise les 82 balais, il porte encore beau les Repetto, et il continue de sortir des disques. Et c’est pour son tout dernier opus, Sans Quarante Caractères, un album magnifique qui puise son inspiration dans les nouvelles technologies et singulièrement Twitter (Et ses paroles désormais célèbres : « Je te quit / Mon amour / Un seul tweet / De vingt caractères / Sans décorum / Cent quarante caractères au max- / Imum »), que Gainsbourg est cette semaine invité, justement, dans toutes ces belles émissions. La preuve, on vous raconte.

« Elle est bonne ? »

« Gainsbarre, Carla aussi. » C’est, sur TF1, le désopilant titre de ce sujet de 50mn inside qui reprend à son tour l’info révélée la semaine dernière par Rue89 : Carla Bruni a quitté son président d’époux pour Serge Gainsbourg. On vous dit pas le foin. D’autant que le chanteur est partout et, fidèle à son mauvais goût télévisuel, chez Ardisson dans Salut les terriens sur Canal + (si, ça existe). « Alors, Serge, elle est bonne, Carla ? », coasse l’animateur. En face, la tronche de Gainsbourg se fend d’un sourire en coin : « Boh, elle est mignonne, la petite Carla… » Puis levant un index tout de même très parcheminé, énonce : « L’incertitude, disait Wilde… ta gueule Ardisson… l’incertitude, disais-je, est l’essence même de l’aventure amoureuse. » Le soir, chez Ruquier sur France 2, ça se gâte. Quand Zelleau - à moins que ce soit Nemmour - s’en prend à ses qualités littéraires (« On est quand même très loin de Drieu La Rochelle », s’insurge Zellour ou Nemmeau), Gainsbourg, visiblement très très noir, se lève de son fauteuil et maugrée : « … Ta gueule Zemmour [oui, finalement, c’était Zemmour, ndlr] !, la chanson, contrairement à la poésie, est un art mineur, et ça m’a pas empêché de lever la femme du Prési… » Là, il y a comme une rupture de faisceau. Patrick de Carolis qui brigue un second mandat à la tête de France Télévisions vient de couper l’émission, exceptionnellement en direct.

« Là, c’est ton papa Joseph »

Pour son Vivement dimanche spécial Gainsbourg, Michel Drucker a convié les chœurs de l’Armée française à chanter quelques-uns de ses plus grands titres dont une Marseillaise reggae (mais pas reggae) et une Javanaise qui, interprétée par ces voix martiales et ponctuée d’un solo de trompette par Maurice André (qui n’est pas mort non plus), est du plus bel effet. Soudain, le chanteur a un éclair de lucidité : « J’ai l’impression d’être mort. » Et nous donc. Le sentiment s’accroît encore quand Drucker projette des photos jaunies des parents de Gainsbourg : « Là, c’est ton papa Joseph, et là, c’est ta maman Olga, et là, c’est le petit Lucien. » Pensant qu’on ne le voit pas à l’écran, Jean-Pierre Coffe boulotte une autre part du plat qu’il a cru finaud de préparer en hommage à Gainsbourg : un loup au pastis.

« Le tempéwatoure »

Forcément, au Grand Journal de Canal+, on a vu grand : un gâteau glacé en forme de paquet de Gitanes, la fille de la météo déguisée en Jane Birkin « donne le tempéwatoure qu’il fewait demain » et toute la tripotée de chroniqueurs est en jeans délavés. Gros malin, Yann Barthès repasse des images de 2001, le clip de la chanson écrite par Gainsbourg pour Loana : « Tes ex en sextape / Je m’en tape / Ta Paris Hilton / Je m’en cogne. » Ah ben oui, mais Gainsbourg, c’est pas toujours du caviar. Des fois, c’est même à peine des œufs de lump.

« Comment dirais-je ? »

« C’estcommentdiraisjeunpeuunplaisirinouïdevousrecevoirSergesur France2millemercisàvouscarvousêtescommentdiraisjel’Objetduscandale carvousavezunpetitpeucommentdiraisjecommisl’irréparableavecune certainefemmeduprésidentdelaRépubliqueetcommentdiraisjepourquoi ? » Serge Gainsbourg toise Guillaume Durand et quitte le plateau de l’Objet du scandale. Classieux.

« Ouhlala »

Invité au 20 Heures de Laurence Ferrari sur TF1, Gainsbourg refait son sourire en coin. Celui qui annonce le dérapage en direct, le Gainsbarre en roue libre. « J’ai écrit une petite chanson pour vous », lance-t-il d’un coup de menton à Laurence Ferrari. « Ouhlala », s’exclame la présentatrice, alors que Gainsbourg entame, sur l’air de Elaeudanla Teïtéïa :. « C’est une audience bien maladive / Qui hélas ne monte pas / Elle a moins d’éclat que PPDA. » Serge, enfin…

« Han-han »

Comme tous les soirs depuis qu’il lui a dit que, pour lui, c’était open bar, Gainsbourg est chez Taddeï dans Ce soir (ou jamais !), sur France 3, en direct. Ainsi ces dernières semaines a-t-on pu le voir discourir de la pensée de Philippe Séguin (qui, lui, est resté mort, ne nous demandez pas pourquoi). A l’occasion de quoi, en hommage à son gaullisme social, il a brûlé un billet de 500 euros, sous le rire, « han-han », de Taddeï. Puis il a participé avec Jean Peyrelevade à l’intéressant débat « Peut-on encore faire confiance aux banques ? ». Et a magnifiquement illustré sa réponse négative en brûlant un billet de 500 euros. Sans oublier celui sur le capitalisme avec le philosophe d’extrême gauche Slavoj Žižek. Au cours duquel Gainsbourg s’est livré à une brillante démonstration anticapitaliste en brûlant un billet de 500 euros. Las, ce soir l’émission porte sur l’identité nationale. Gainsbourg dégaine son Zippo, met le feu à sa carte d’identité. Une épaisse fumée noire se dégage du plastique officiel qui intoxique tous les invités de Taddeï. Les pompiers interviennent et c’est ainsi que Gainsbourg s’endort sous la neige carbonique de l’extincteur d’incendie.

Publié dans Libération du 16/01/2010


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