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lundi 3 décembre 2007 14:56

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« Je voudrais tant me faire hacker. Comment faire ? »

Toutes les deux semaines, retrouvez sur Ecrans.fr les précisions linguistiques du Professeur Scrine.

par Professeur Scrine (recueilli par Stéphanie Estournet)

tags : hacktivisme , sécurité , hacking , Professeur Scrine

©Yann Valeani

Alors que Google sait où vous êtes, on me demande encore, plus ou moins ouvertement, des précisions langagières : « Je voudrais tant me faire hacker, professeur. Comment faire ? » (Paris H., déléguée de la Confrérie de l’autolimite). « L’hacktivisme est-il une alternative au confucianisme ? » (Al et Loula, apprentis confus). Hacker (on prononce « aqué »), c’est d’abord bidouiller un système programmable, en chercher les failles, par jeu et/ou pour le rendre plus performant. La généralisation de l’accès à Internet a multiplié les malins bidouilleurs, aussi connus sous le nom de hackers (là, on prononce « acoeur ») et fait évoluer la discipline.

Désormais, un hacker digne de ce nom – on ne parle pas ici des lamers (« lameurs »), ces jeunes garçons qui feraient mieux de faire quelque chose de leur libido plutôt que de se réfugier derrière leurs pseudo pour se donner le frisson de piratages bidons – est avant tout un spécialiste de l’informatique et de sa sécurité. Il connaît tout des malwares, ces bestioles qui vous sclérosent votre machine alors que vous ne leur avez rien demandé, bon sang ; il peut mettre de l’huile dans les rouages de votre ordinateur depuis sa sienne, et vous piquer en passant le fichier du roman que vous essayez d’écrire depuis les dernières vacances. En bref, c’est un petit génie de tous ces trucs auxquels vous ne comprenez rien.

Comme c’est souvent le cas quand il s’agit de gens, certains sont sympas, d’autres moins. Les premiers peuvent mettre leurs talents au service de causes collectives. Ils travailleront alors à renforcer la sécurité du Net, exploreront les failles pour mieux les pallier. Ce sont les bons, on les appelle des white hats (« chapeaux blancs », ou cyber-John Wayne). Les méchants, eux, ou black hats, sont des hors-la-loi, des pirates. Escrocs, espions, créateurs de virus, ils exercent leur activité pour le profit au service de sociétés aux ambitions critiquable, voire d’Etats, et sont susceptibles, pour les plus talentueux d’entre eux, de créer de véritables e-tsunami.

A ce sujet, vous avez certainement entendu parler ces derniers mois d’attaques de hackers chinois, possiblement sous la tutelle de l’Armée populaire. Toutes les puissances occidentales auraient été touchées. Francis Delon, secrétaire général de la défense nationale, explique dans l’édition du Monde du 8 septembre, avoir décelé « des traces d’attaque qui ont touché des services étatiques ».

Concrètement, cela signifie qu’une puissance (étatique, commerciale, privée) mal intentionnée peut infiltrer – et donc, menacer, tout système : celui de Microsoft (le deuxième plus attaqué de la planète), celui de la défense française, allemande, britannique, américaine, celui de la recherche, l’industrie agro-alimentaire, etc. Cette forme de terrorisme, dans l’air du temps, est l’œuvre de super black hats.

Comme dans tous les bons westerns, la ligne de démarcation entre le bien et le mal peut être fluctuante, et certains hackers, les grey hats, sorte d’adolescents du hacking, franchissent parfois des limites (légales) sans volonté de nuire ou d’en tirer un quelconque profit. Ils se retrouvent ensuite, pour ceux qui se font attraper, devant des sommes de problèmes qui les dépassent. Pour exemple, le célèbre cas du Britannique, Gary McKinnon, accusé d’avoir pénétré des ordinateurs américains de la Nasa, de la Défense et du Pentagone en 2001-2002. Devant les juges, McKinnon a soutenu mordicus qu’il cherchait à prouver l’existence d’une vie extraterrestre – et avait trouvé la preuve que les Américains eux-mêmes soutenait un programme de recherche dans ce sens.

Vous voilà prévenu.

Bonne quinzaine sur vos écrans.


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