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mercredi 24 novembre 2010 17:23

  • cinéma

Je vous salue Harry

par Eric Loret

tag : Harry Potter

Photo Warner

Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 1
de David Yates
avec Daniel Radcliffe, Rupert Grint, Emma Watson… 2 h 25.

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Ces jeunes élevés à la baguette

Ils ont grandi avec la saga, ont chroniqué les livres sur le Net, ou découvert Poudlard sur écrans. Rencontre avec des apprentis sorciers repentis.

Warner bros, à reluire

Accueillie à bras ouverts par le gouvernement britannique, la major américaine vient d’acheter le studio où a été tournée la saga Potter.

Cette fois, c’est confirmé : Harry Potter a non seulement du poil au cœur mais aussi au torse, et un soutien-gorge par-dessus. Ce n’est pas tout à fait une révélation, car la scène est visible dans une des bandes-annonces du film et que, par ailleurs, le destin de Potter est de devenir inéluctablement adulte, de quitter le monde des songes et de la magie pour s’affronter à la réalité, voire à la « chose » même, celle que ni Heidegger ni le Daily Prophet n’osent nommer. On l’appelle d’ailleurs de moins en moins Harry Potter et de plus en plus Daniel Radcliffe, depuis que l’acteur, devenu un adolescent bien fait, a cru bon de monter à poil et à cru un cheval dans la pièce Equus de Peter Shaffer. C’était à Londres il y a trois ans. Plusieurs jeunes filles tentèrent de s’autolyser en découvrant que leur idole était un homme, un vrai.

La première livraison des Reliques de la mort, septième et dernier épisode de la saga (qui a failli être en 3D, et puis après quelques millions engloutis dans le transfert, maintenu en bonne vieille 2D des familles), est décidément bien velue. Notre sorcier préféré, sous prétexte d’être traqué et banni, est perpétuellement mal rasé. Il fait un strip-tease dans les dix premières minutes du film et il plonge en petite culotte dans un lac gelé. Ce pénultième volet est plus que sombre, ce qui, paradoxalement, ne s’exprime pas par une débauche d’effets spéciaux, mais par un dénuement de l’espace où évoluent les trois héros. C’est la première fois de la série que des décors naturels sont autant utilisés, pas trop repeints par ordinateur, donnant un sentiment de profonde désolation, d’attente interminable avec des cailloux dedans. Du point de vue pictural, on est passé du romantisme allemand (forêt, crucifix…) au naturalisme islandais du genre Sumarkvöld við Reykjavík (1904) de Þórarinn B. Þorláksson (si, si). Là, c’est même plus que le soleil est couché, c’est qu’il n’y a carrément jamais eu de lumière.

Photo Warner

Daniel a bien raison de s’appeler Radcliffe, car c’est le nom de la première grande romancière gothique anglaise, Ann Radcliffe, auteur à succès vers 1794. Et de fait, la magie de Harry Potter, c’est surtout qu’on peut raconter tout et n’importe quoi à son sujet : ainsi, de nombreux universitaires britanniques s’étripent pour savoir si Dumbledore est libertaire ou pas. On sait que quelques chrétiens américains ont fait retirer la saga de leurs bibliothèques parce qu’ils voient dans la sorcellerie de Harry une preuve de satanisme. Ratzinger lui-même, dans sa période avant-pape, l’avait dénoncé. Mais d’autres chrétiens, dans la même Amérique, trouvent au contraire quePotter est frappé au coin du bon sens biblique, ce qui horrifie les parents laïques.

On a envie de dire : c’est normal. La littérature occidentale ayant un peu de mal à éviter la Bible et Homère. Déjà, Tolkien avait avoué le catholicisme du Seigneur des anneaux (tout en réfutant son inspiration germanique plus évidente). J.K. Rowling a quant à elle attendu 2007 pour se révéler chrétienne, et sa foi contrariée en la vie après la mort. Le dernier épisode s’ouvre ainsi au cinéma et en livre par deux citations bibliques : « Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort » (Corinthiens I, 15 : 26) et « Là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Matthieu, 6 : 21).

Mais le plus intéressant, c’est encore de voir que si Harry horripile ou poule la chair dix ans plus tard, c’est surtout parce que c’est une série parfaite. L’intrigue est minimale, l’essentiel du film se composant de digressions enchantées. Aucun accord frappé, l’écoute est strictement horizontale et les actions se suivent en remettant toujours à plus tard la résolution. C’est beau comme les scénarios de Wagner pour le Ring, un peu boiteux, mais explosif quand on revoit tout depuis la fin. Laquelle précisément est proche, le dernier épisode est prévue en France pour le 13 juillet.

Paru dans Libération du 24 novembre 2010

Bande-annonce :


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