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jeudi 31 mars 2011 18:22

  • télévision

Jean-Bedel Bokassa, empereur du ridicule en Françafrique

par Isabelle Hanne

tags : documentaire , histoire , Afrique

DR

Bokassa 1er, empereur de Françafrique
Documentaire d’Emmanuel Blanchard
ce soir à 20 h 40 sur Planète.

 

Un déjà-vu grotesque. 173 ans après, le couronnement de Jean-Bedel Bokassa le 4 décembre 1977 est un mauvais remake du sacre de Napoléon au cœur de l’Afrique noire. Avec, à la place de Notre-Dame de Paris, le Palais omnisports de Bangui, et en guise d’empereur, le dictateur centrafricain qui règne sur un Etat pauvre de 2 millions d’habitants. Mais il n’est pas arrivé là tout seul : Bokassa 1er, empereur de Françafrique, documentaire historique, solide et cocasse d’Emmanuel Blanchard (coauteur de Musulmans de France), souligne la place de l’Hexagone dans ce dispositif incroyable, et ses responsabilités dans le maintien au pouvoir du dictateur puis dans sa chute.

Quand Bokassa prend le pouvoir en Centrafrique, il est le militaire le plus gradé du pays. Après son coup d’État en 1965, un rapport de l’Élysée le décrit comme « cyclothymique », « violent », « irritable » et « tyrannique ». Le documentaire, entre images d’archives et entretiens francs du collier, le montre aussi ultramégalo et dévoré d’ambition. Ce qui n’empêche pas Jacques Foccart de s’en porter garant auprès du Général de Gaulle, et de l’attirer dans les filets de la Françafrique.

Le Président à vie s’exhibe avec des dizaines de médailles. Pleure à chaudes larmes sur la tombe du Général. Embastille à tour de bras : son fils qui a raté son bac ; une femme qui se refuse à lui… En 1972, il a l’idée de couper les oreilles de tous les voleurs. Il a 14 femmes et 55 enfants reconnus, détourne les maigres richesses de l’État pour compléter sa collection de voitures de luxe et de châteaux en France. « Avec Bokassa, on passe facilement du burlesque au tragique », remarque la voix off.

Mais rien de tout ça n’altère ses excellents rapports avec Paris. Les choses vont même plus loin avec Giscard, élu en 1974. Le nouveau président s’affiche en ami de Bokassa et de la Centrafrique, qu’il connaît bien pour en avoir fait un de ses terrains de chasse favori. Bokassa a une idée fixe : devenir empereur. La France ne s’y oppose pas, cautionne et même finance cette entreprise folle, persuadée qu’une fois couronné « Papa Bok » disparaîtra dans son palais.

Et le couronnement est un mélange de kitsch, de faste et de pathos. Les chevaux s’écroulent, accablés de chaleur ; les colombes, engourdies par le voyage depuis la France, ne peuvent plus s’envoler. Giscard ne vient pas mais, pour se faire pardonner, dépêche une équipe de tournage de l’armée pour immortaliser cette journée inoubliable. Classée « diffusion restreinte » depuis plus de trente ans, la vidéo, entre complaisance et effets spéciaux du meilleur goût, est diffusée dans son intégralité après le documentaire. « Du sublime au ridicule, il n’y a qu’un pas », disait Napoléon.

Paru dans Libération du 31 mars 2011


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