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jeudi 16 décembre 2010 15:29

  • cinéma

Jean Rollin, pape de la série Z à la française, est mort

par Alexandre Hervaud

tags : fantastique , vampire

Jean Rollin - Capture du making of du Masque de la Méduse par ChoYou Productions

Le cinéma fantastique français vient de perdre l’un de ses plus prolifiques artisans : Jean Rollin est mort cette semaine à l’âge de 72 ans. Il était aux films de vampires nues ce que Russ Meyer étaient aux poitrines volumineuses à gros flingues, avec une filmographie oscillant entre le cinéma d’horreur poético-branque et l’érotisme plus ou moins trash souvent tourné sous pseudo. Il évitait ainsi de signer de son vrai nom de fulgurants nanars, comme l’incontournable Lac des Morts-Vivants, des fameux studios Eurociné :

 

On ne fera guère mieux que Nanarland en matière de biographie, qu’on vous invite à lire ainsi qu’un entretien où le maître, qui a souvent travaillé avec les mêmes collaborateurs (la plus connue des ses fidèles restant probablement Brigitte Lahaie), se livre. Il y déclare notamment : « les films alimentaires que j’ai tournés n’ont rien à voir avec moi : je les ai faits, mais c’est tout ».

Rollin symbolise la débrouille motivée par la passion, le côté « allez, on filme et on mettra un insert plus tard, pareil pour la post-synchro ». Ses films, très appréciés par des fans à l’étranger (sans être méchant, on peut en partie l’expliquer par le fait que ne pas parler français atténue sans doute le jeu de certains acteurs...), ont marqué les années 70/80. On peut citer Requiem pour un vampire (1971), Les Raisins de la Mort (1978), La Nuit des traquées (1980)...

En parlant, toujours à Nanarland, de ses tournages X pour régler ses factures ou honorer des engagements, Rollin explique : « c’était très particulier comme ambiance, il y avait vraiment une amitié solide entre tous les gens qui participaient à ça. (...) On faisait de la merde, on le savait bien, mais c’était un plaisir. On se retrouvait ensemble, c’était un petit peu comme une famille. J’irais même jusqu’à dire que c’était un petit peu boy-scout comme ambiance ! »

Il y a quelques mois, on avait mentionné sur Ecrans la préparation d’un documentaire consacré à Jean Rollin, sous-titré « le rêveur égaré ». Signé Yvan Pierre-Kaiser et Damien Dupont, ce 52 minutes encore en post-production a pour origine une rencontre des deux réalisateurs avec leur aîné. « Au début, il y a un peu plus de quatre ans maintenant, on voulait juste avoir des conseils du roi du système D, avec l’idée de se lancer nous-mêmes dans la mise en scène », nous expliquait ce matin Pierre-Kaiser, fan de ciné fantastique. Le dialogue avec Rollin provoque l’envie de lui consacrer un film, à grand renfort d’intervenants ayant bossé avec lui. Les premières images de la chose font envie :

 

Pierre-Kaiser décrit Rollin comme un homme « accessible et infatigable ». En janvier dernier, il croit rêver en recevant un coup de fil de Rollin l’invitant à le rejoindre sur le plateau de son dernier film, le Masque de la Méduse. Ce qui ne devait être à la base qu’un court métrage est devenu un long par la force des choses. Anaïs Bertrand, sa productrice, nous explique sa genèse : « le film accompagne en fait la sortie du tome 1 de ces Ecrits Complets publiés par E-dite. J’avais rencontré Jean en 2008 et nous étions devenus amis avant de nous lancer dans l’aventure de son dernier film ». L’écriture était l’autre passion de l’homme, dont le premier film inachevé (et inachevable, sa pellicule ayant brûlé), L’Itinéraire Marin, avait des dialogues signés Marguerite Duras. Anaïs Bertrand est actuellement en négociation avec des distributeurs pour permettre au film de sortir en DVD seul, pour l’instant uniquement disponible en coffret avec le livre. Le décès de Rollin intervient alors qu’il travaillait à un nouveau film censé accompagner un prochain tome de ses écrits. Le titre : la Fiancée du Crocodile.

Le court mais sympathique making-of du Masque de la Méduse, signé Vincent Tulli, donne un aperçu de l’ambiance de ce tournage quasi-hollywoodien par rapport à certains autres plateaux fréquentés par Rollin :

 

Pour qui souhaiterait en savoir plus sur ce réalisateur culte, on peut conseiller la lecture de son autobiographie, Moteur-Coupez ! Mémoires d’un cinéaste singulier, publiée en 2008. Rollin prodiguaient souvent aux aspirants réalisateurs le même conseil : « Tournez. N’importe quoi, mais tournez ». En tournant souvent du n’importe quoi qui nous manquera beaucoup, Rollin était sans doute le mieux placé pour suggérer une telle chose.


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