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lundi 20 février 2012 17:45

  • télévision

Jean Zay, un meurtre d’Etat

par Emmanuèle Peyret

tags : documentaire , France 3

DR

Un crime français, documentaire de Catherine Bernstein
France 3, ce soir, 23 h 55.

 

Il avait le « malheur d’être juif », dit Pierre Mendès France, qui l’a évidemment bien connu, ce personnage un peu oublié et pourtant si symbolique des silences post-Vichy, au centre d’Un crime français. Jean Zay, donc, franc-maçon, trois ans ministre de l’Education nationale du Front populaire, ami de Blum, antimunichois, antinazi, haï par la France de Vichy, est l’incarnation de l’homme politique de la IIIe République.

Avant d’être assassiné par la milice française le 20 juin 1944 dans l’Allier, il est le premier condamné politique du régime de Pétain, en octobre 1940, avec une peine identique à celle de Dreyfus : dégradation militaire et déportation à vie, effectuée en France pour cause d’Occupation. Jean Zay est également la victime d’une campagne d’une stupéfiante violence, après son arrestation avec vingt autres parlementaires en juin 1940, sur le bateau Massilia qui les emmenait vers l’Afrique du Nord pour y transférer le gouvernement français.

On le voit sur les images d’archives du documentaire, par ailleurs de facture très classique — photos, interviews d’historiens, de la conservatrice aux Archives nationales, du réalisateur du film Milice, film noir : chapeau, lunettes, sourire malicieux, une petite quarantaine d’années, Zay est le ministre de la culture pour tous, de l’obligation scolaire jusqu’à 14 ans, le fondateur du CNRS, du musée de l’Homme, plus prosaïquement des cantines et des sorties scolaires. On le voit sur des photos, avec sa femme Madeleine et ses deux filles, Catherine et Hélène, qui témoignent du poids sur leur vie de ce père, enlevé par la Milice le 20 juin 1944, espéré pendant plusieurs années jusqu’à la découverte de son corps et les aveux du milicien Develle, réhabilité des années plus tard, commémoré depuis leur enfance…

Catherine possède encore le calendrier qu’il avait pendant ses trois ans de détention, bloqué sur la page du 20 juin 1944, raconte les visites de sa mère, Madeleine, à Laval pour tenter de savoir ce qu’est devenu son mari. « Le combat de ma mère : que les faits soient reconnus », raconte la cadette, Hélène.

Jean Zay, ni déporté comme juif ni tué comme résistant, mais victime d’un assassinat politique, reconnu trop tard après la guerre, c’est-à-dire en 1948, à une époque, explique l’historien Antoine Prost, « où les deux grandes mémoires sont gaullistes et communistes : Jean Zay n’y a pas sa place ». Une époque, aussi, où la France étouffe l’importance de la collaboration de Vichy et, donc, du rôle de la Milice : sur les plaques qui commémorent Jean Zay, aucune ne dit explicitement « assassiné par la milice française ». Mais par des « ennemis de la France ».

 

Paru dans Libération du 20 février 2012


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