mercredi 29 octobre 2008 12:39
Jenkins, « Visitor » d’espoir
Melting Pot. L’acteur incarne un citoyen face à des sans-papiers.
par Gilles Renault
Richard Jenkins le 10 octobre, à Paris. Photo Fred Kihn
The Visitor, de Thomas McCarthy, avec Richard Jenkins, Hiam Abbass, Haaz Sleiman... 1h45.
Où l’on découvre, troublante coïncidence, que Richard Jenkins était aussi le vrai nom de Richard Burton. Un peu comme si notre homme du jour –pour cause de sortie de The Visitor– était, jusque dans son patronyme, ontologiquement voué à ne pas jouer les cadors. Ce Richard Jenkins-là n’est pourtant pas n’importe qui. Longiligne quinquagénaire originaire de l’Illinois, on l’a vu –parfois seulement aperçu– dans une quantité respectable de bons films américains, répondant notamment aux sollicitations de Woody Allen (Hannah et ses sœurs), de David O. Russell (Flirting with Disaster, J’adore Huckabees), des frères Farrelly (Mary à tout prix, Fou d’Irène), ou des frères Coen (The Barber, Intolérable Cruauté, Burn After Reading). Mais jamais en haut de l’affiche. D’ailleurs, si Richard Jenkins ne passe plus inaperçu des deux côtés de l’Atlantique, c’est encore à un second rôle qu’il le doit, mais répercuté sur plusieurs années, dans une des séries télé les plus fameuses et brillantes de ces dernières années, Six Feet Under. Où il interprète le père de famille... qui meurt au début du premier épisode de la première saison. Et revient ensuite visiter les siens, épouse et enfants, avec qui il philosophe sur le sens de la vie, ou de la mort –les pompes funèbres servant de contexte. Avec un tel cursus, le discours posé du courtois Richard Jenkins est rodé : « Je n’ai naturellement que du bien à dire de Six Feet Under, à travers laquelle j’ai découvert l’incroyable impact de la télévision. J’adore la qualité du script, l’audace de HBO, la chaîne qui l’a diffusée, et le talent inventif de son créateur, Alan Ball... Au demeurant, je n’ai jamais vraiment éprouvé de frustration à collectionner les seconds rôles. Il suffit de connaître ses limites, faire de son mieux en prenant les choses comme elles viennent et, quelle que soit l’importance du rôle, privilégier l’intérêt qu’il revêt. » En visite pour la première fois en France, Richard Jenkins savoure cependant une place inaccoutumée au sommet, dans The Visitor, défendu avec d’autant plus d’entrain qu’il y est irréprochable. Cinq ans après The Station Agent, délicate chronique sur un nain héritant d’une gare en pleine cambrousse, le réalisateur Thomas McCarthy confirme sa prédilection pour les interstices d’une société américaine où les personnages centraux ne seraient pas condamnés à vider les coffres des casinos ou à rouler des pelles à Cameron Diaz. Le personnage de Jenkins, Walter Vale, est ainsi un homme sans aspérité, professeur d’économie menant une existence morne qui se trouve chamboulée le jour où il retrouve dans son appartement de Manhattan un couple d’étrangers (un Syrien et une Sénégalaise), avec lequel le courant va pourtant passer. Elle vivote sur les marchés, lui joue du djembé dans les clubs de jazz. Rapprochés par la musique, les deux hommes, l’un citoyen lambda, l’autre clandestin, voient toutefois leurs routes se séparer le jour où, à la suite d’un contrôle d’identité, le second plonge dans les rouages obscurs de la justice américaine. « Au terme de deux semaines de répétitions, j’ai voulu faire de mon personnage quelqu’un de calme, parcimonieux, presque statique, en apprenant à faire confiance à la caméra qui saurait me retrouver au milieu de la foule sans que j’aie à gesticuler, explique Richard Jenkins. Il me semble que Tom McCarthy possède cette qualité que j’ai trouvée chez tous les grands cinéastes, celle d’être des observateurs hors pair, laissant une certaine marge de manœuvre aux interprètes tout en étant capables de saisir le meilleur moment. » Comme Walter Vale, « homme éduqué et diplômé, confronté à une réalité qui le dépasse », Richard Jenkins ignorait l’existence en plein cœur de New York de ces centres de détention aux méthodes expéditives, parfois même illégales. Comme Tom McCarthy, il récuse « tout avis péremptoire », mais souhaite « interpeller les consciences » en insistant sur « la nécessité de replacer la dimension humaine au centre du débat ». L’intention est louable, l’action de facture honnête. Le film est sorti en avril aux Etats-Unis, où, dans un réseau modeste, l’accueil a été favorable. En France, il a reçu mi-septembre le grand prix du 34e festival du cinéma américain de Deauville. La manifestation ne décerne pas de prix d’interprétation. Dommage. Paru dans Libération du 29 octobre 2008
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