jeudi 25 septembre 2008 08:28
Jeu est un autre
par Olivier Séguret
Schizoid. DR
Le récent Schizoid est un jeu « indépendant » téléchargeable sur le Xbox Live Arcade, pour l’équivalent d’environ 9 euros. Il fait partie de cette nouvelle génération de titres dont l’année 2008 aura vu l’éclosion endémique. Des jeux bon marché, qui présentent naturellement une valeur expérimentale pour leurs concepteurs : certains, tels Braid de Jonathan Blow ou Everyday shooter de Jonathan Mak sont d’ailleurs de véritables manifestes de bravoure ludique, sur lesquels leurs auteurs tiennent à imprimer une signature qui les engage en quelque sorte moralement. Mais ces jeux, leur diffusion et surtout la pratique qu’en ont les joueurs, forment aussi un laboratoire de choix pour l’industrie, qui en a fait ses tubes à essais de prédilection. Le cas de Schizoid, premier titre du prometteur studio Torpex Games, est particulièrement exemplaire de cette vogue dans laquelle se dessinent les contours du paysage ludique de demain, lorsque la dématérialisation des supports sera accomplie. Il est aussi emblématique à d’autres titres : terriblement simple dans sa mécanique, presque conservateur dans ses principes, fidèle jusqu’à la rigidité au culte nostalgique du shoot’em up, il ne trouve de dimension véritablement contemporaine que dans son mode coopératif en ligne. Avec 120 niveaux que tout pousse à rejouer pour le score, c’est aussi un titre qui chatouille l’orgueil des hardcore gamers avec son mode Uberschizoid, proprement fou et réservé aux poulpes. Pas très contemporain, donc, Schizoid reste pourtant superbement moderne. Il combine une culture old school rigoureuse et une excellente connaissance du joueur d’aujourd’hui, de ses attentes et de son impatience, de son pessimisme et de sa frivolité. Ce joueur est d’ailleurs en droit de regarder l’année (presque) écoulée avec perplexité. En 2008, l’actualité du jeu semble s’être polarisée autour de ces deux tendances de fond : les petits titres téléchargeables en ligne façon Schizoid et les grosses machines façon GTA IV (ou MGS 4 ou Spore...). Certes, les premiers sont souvent plus rustiques, mais comment ne pas reconnaître aussi qu’ils s’usent plus lentement que les seconds. C’est un peu comme si les grosses machines ne pouvaient assurer le spectacle qu’au rythme de coups de théâtre toujours plus puissants et dramatiques, mais aussi plus abrasifs pour le joueur et pour sa résistance ludique. N’est-ce pas là un sort complètement schizo ?
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:


