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jeudi 6 décembre 2007 10:53

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Jeux sans frontières

par Olivier Séguret

tag : économie

La grande affaire du rachat d’Activision par Vivendi-Blizzard (Libération du 4 décembre) offre un prisme presque parfait pour saisir les rayons divergents et multicolores que l’industrie du jeu vidéo émet sans cesse et en tout sens. A travers ce rachat, c’est une image cristallisée de l’état des lieux qui s’exprime. Comme on l’a compris dans l’abondance des commentaires économiques et financiers, l’opération est à la fois jugée de première importance stratégique et globalement appréciée pour la logique de bon sens qu’on lui prête.

Le fait qu’un « champion » aux origines françaises croque ainsi un homologue américain et menace du même coup de détrôner le numéro un mondial du secteur Electronic Arts, yankee lui aussi, a certainement donné une ampleur spécifique à l’écho médiatique rencontré en France par cette nouvelle. Mais c’est aussi avec des événements de cet ordre que s’infuse progressivement la conscience que le jeu vidéo est bel et bien le terrain d’affrontement aux enjeux titanesques, industriels et économiques mais aussi culturels : tout un chacun peut commencer à lire dans la chronique des tactiques et des alliances de cette sorte une géopolitique du monde exactement comme on peut le faire avec le cinéma hollywoodien.

Mais cette affaire est peut-être l’occasion de faire valoir une autre grande vérité sur cette industrie, qui ne contredit la précédente qu’en apparence. Au fond : il n’y a pas de « champions » nationaux dans le jeu vidéo, qui est sans doute le premier grand média universel apatride. Plus il croît et se multiplie, plus le jeu échappe aux déterminismes nationaux qui ont pu conditionner ses origines. La question de la nationalité d’un jeu est ridiculement vide de sens si on la compare à la question équivalente régulièrement posée aux films (« le cinéma coréen ») ou aux livres (« la littérature russe »). La très grande force de l’industrie japonaise du jeu, par exemple, c’est d’avoir inventé des icônes et un langage non pas internationaux mais world, comme la musique du même nom. De même, l’excellence d’un studio « français » comme Ubisoft doit tout à l’intelligence de son inventaire dans l’héritage mondial comme à la qualité des équipes « United Colors » qui peuplent ses studios de Shangaï, Montpellier ou Montréal. Le jeu, son art, son bizness et sa culture sont globaux : ils forment notre premier gouvernement mondial.


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