lundi 8 juin 2009 12:40
Jeux vidéo : la règle d’E3 s’impose
Bilan. Le salon de Los Angeles vient de se clore. Retour sur les principales tendances.
par Olivier Séguret
tag : E3
Une joueuse à l’E3 2009 - CC jontintinjordan
L’Electronic Entertainment Expo (E3), le plus grand chapiteau du monde du jeu vidéo, a plié ses bâches. Il a retrouvé toute sa surface dans ce qui est devenu sa place forte adéquate, Los Angeles, à portée des collines d’Hollywood, qui s’y convertit pour de bon. Premières leçons de cette édition. Produit par l’Entertainment Software Association, l’E3 2009 a accueilli dans sa nouvelle formule 216 exposants en provenance de 78 pays, pour un total de 41 000 participants (contre 5 000 en 2008). En apparence, la météo a été contradictoire. D’une part, des statistiques refroidissantes : depuis la forte hausse des licenciements chez les développeurs jusqu’à la baisse récente des ventes (-8 % sur les consoles et -23 % sur les jeux en avril aux Etats-Unis, selon NPD Group). De l’autre, une industrie dont l’importance ne cesse de croître, surtout si on la compare aux autres secteurs des loisirs et divertissements. Le jeu vidéo reste un logiciel, à ce titre classé parmi les produits culturels, dont il domine les ventes depuis quelques années, malgré tous les Harry Potter du monde. Bien qu’elle souffre, parfois durement, des effets de la crise générale, l’industrie garde une conscience parfaite de ce mouvement qui continue d’attirer vers elle des joueurs toujours plus nombreux. Pelé, Paul McCartney, Ringo Starr, Yoko Ono, Eminem, Jay-Z, Steven Spielberg, James Cameron… Cet E3 a été une agora de célébrités. De quoi susciter les applaudissements désirés en conférences de presse, certes, mais surtout de quoi attirer les télés du monde entier : jamais la couverture médiatique n’a été si importante, juge Variety, bible œcuménique du show-biz. Sans parler des récitals des divas maison : Kojima, Miyamoto, Molyneux, Cage, Suda 51… C’est la tendance lourde de tout le secteur, bien au-delà de l’évident PC, où des changements de pratiques sont en cours également (formules de magasins en ligne façon Steam qui s’inventent sous nos yeux). Consoles portables, de salon et téléphones mobiles se voient tous investis de la même inspiration lucrative, celle qui a si bien réussi à Apple. Plus fort mouvement : la version Go de la PSP annoncée par Sony, affranchie des disques UMD et donc exclusivement nourrie de téléchargements de jeux en ligne. Avec sa Wiimote et son capteur de mouvements, Nintendo avait porté les premiers outrages symboliques à la manette de jeu. Microsoft et Sony lui emboîtent le pas, tentant même d’enjamber la maison Mario en doublant la mise high-tech. Pour la Xbox, c’est « Project Natal », nom de code d’un périphérique avec caméra qui abolit carrément la manette. Le projet PS3 n’a pas de nom, mais l’idée est très proche, même si un objet est encore tenu en main, façon bâton de prestidigitateur qui se transforme à l’écran, selon la fonction que le joueur lui attribue. Pour maintenir son avance, Nintendo compte sur une version augmentée de sa manette, le « Wii motion plus », ainsi que sur un nouvel accessoire quasi feng-shui : le « Wii vitality sensor ». Le fardeau des gamers tradi mélancoliques promet de s’alourdir : ces jeux qui leur font souvent honte vont continuer de se multiplier. Comment imaginer que l’industrie renonce au gisement de nouveaux joueurs – plus féminin, plus familial, plus âgé – qu’elle vient de découvrir, essentiellement grâce à Nintendo, ses DS et sa Wii, et qui lui promet ses meilleures ressources dans un proche avenir ? Position personnelle, à moitié zen : autant s’en accommoder, parce qu’il va falloir faire avec. Les jeux casual ont essaimé dans tous les catalogues. Disney promet d’y débarquer en force avec Hannah Montana en fer de lance. Sony garde sous le coude un EyePet qui pourrait faire sensation. Mais une myriade de petits studios tentent aussi leur chance, notamment sur le créneau du téléchargement. Pour autant, on ne peut pas dire que les hardcore gamers (ou même les joueurs modérés indifférents au casual) aient été oubliés, considérant la masse de nouveautés dévoilées ou confirmées à leur intention. L’ascension régulière du désormais grand studio – français d’origine, global de vocation comme dans les faits – l’a placé parmi les champions incontestés de l’industrie, faisant de ce salon, l’E3 de sa consécration. Politique éditoriale (Assassin’s Creed 2, R.U.S.E., Tortues ninja, No more Heroes 2 ou les licences Tom Clancy, entre autres présentations), acquisition de studios sur tous les continents, virage Wii et casual négocié avant tout le monde (un clou enfoncé ici avec de nouveaux Lapins crétins, Your Shape ou Academy of Champions Football), tout semble réussir à Ubisoft. Confirmant que son entreprise, qui produit déjà des effets spéciaux, devenait aussi un studio de cinéma (un film Assassin’s Creed serait à prévoir), Yves Guillemot a précisé les liens qui l’unissent à la Fox et Cameron pour Avatar, comme à Spielberg et Peter Jackson, pour lesquels Ubi développera les jeux tirés du Tintin et le secret de la Licorne qu’ils sont entrain d’adapter. Vu le CV de la maison, on est en bon droit de se demander si cette « confluence avec le cinéma », selon le mot du boss, n’est pas une nouvelle anticipation d’une industrie toujours en devenir. Paru dans Libération du 08/06/09Les comptes en hausse
Le climat, mi-chaud mi-froid
Des stars en pagaille
Le téléchargement explose
La manette en péril
Le casual gagne du terrain
Ubisoft consacré
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