samedi 11 août 2007 10:32
Jodorowsky, un cinéma douloureux
par Eric Loret
tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , culte
« El Topo », de Jodorowsky - DR
Aimer Jodorowsky, ça se mérite. Il faut se prendre au sérieux, croire qu’on a tout inventé parce qu’on ne connaît rien, mépriser les vieux quand on est jeune et les jeunes quand on est vieux. Par exemple, il ne faut pas avoir peur de déclarer sans rire que les surréalistes n’aimaient pas la pornographie ou que Fellini vous a piqué des images qu’on a soi-même pompées chez les Soviétiques. Assez rapidement, quand on bascule du son des films au « commentaire audio » gracieusement fourni sur chaque DVD ou aux documentaires en bonus, ça se confirme : ce type est une vraie douleur pour l’honnêteté mentale. De Fando & Lis (1968) à la Montagne sacrée (1973), des amputés et paralytiques se traînent, symbolisant animus et anima, la tête et les jambes, yin et yang et autres pontifications sur le fait qu’il ne faut pas trahir une partie de soi-même (on vous avait prévenu que c’était intégriste). Ils traversent des aventures initiatiques à grand renfort de sang, de castration et bondieuseries détournées, avec petits garçons tout nus dans le rôle de « la perversion pédophile du monde », compliquée des rapports compliqués de Jodorowsky à son père, dixit. Le tout filmé dans un désert d’époque. On lui pardonne : l’influence de Beckett croisée avec celle du western spaghetti ravageait en ce temps le paysage filmique, de Pasolini à Moullet. Ne pas oublier d’ajouter qu’on fait du cinéma « pour changer l’humanité » et qu’on met son corps en danger par souci pur de rédemption. A part ça, on apprend que « Jodo » a été « prophétique » en abordant le thème des guerres de religion (oui, c’est vrai, ça n’avait jamais existé), qu’une femme déguisée en vieux curé symbolise la décadence de l’Eglise et que si elle pousse une statue de Vénus dans un trou, ça métaphorise en plus la perte de la sensualité. Mais au moment où il explique qu’il a voulu se moquer de l’art moderne avec des femmes qui trempent leurs fesses dans un bleu étrangement Klein, en assenant « c’est quelque chose que j’ai inventé », non, là, pitié : y a le cerveau qui fond. Coffret Alexandro Jodorowsky
El Topo, La Montagne sacrée et Fando & Lis
(+ le court-métrage La Cravate)
Wild Side
50 euros
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