vendredi 8 décembre 2006 20:16
John Carpenter : "Je ne regrette aucun de mes films. Jamais."
A l’occasion d’un portrait réalisé par Julien Dunand, le réalisateur américain revient sur plus de trente ans de carrière.
par Samuel Douhaire
DR
Bonne nouvelle pour les fans de John Carpenter : la chaîne Ciné Cinéma Frisson diffuse en décembre, quatre films du réalisateur américain (les désormais classiques The Thing et Fog, le terrifiant Prince des ténèbres, l’inégal Vampires) et, surtout, Big John, le remarquable documentaire que lui a consacré un fan français, Julien Dunand (lire Libération du 11 décembre). L’occasion de prendre des nouvelles de John Carpenter, joint au téléphone en Californie début décembre. Comment avez-vous rencontré Julien Dunand, le réalisateur du documentaire ? Julien m’a envoyé un mail début 2000 avec un dossier d’une trentaine de pages qu’il avait écrit sur mon oeuvre. J’ai trouvé ça très bon et je l’ai invité à venir me voir sur le plateau de Ghosts of Mars à l’automne. Il a filmé le tournage d’une scène, a rencontré quelques-uns de mes proches puis m’a expliqué qu’il reviendrait six mois plus tard pour m’interviewer plus longuement. Et il n’est pas revenu, parce qu’il n’avait pas trouvé le financement pour son documentaire. Il m’a recontacté à l’été 2005 pour me dire que finalement, il avait trouvé un diffuseur, et l’argent qui va avec. Il est revenu à Los Angeles et m’a interrogé pendant quatre après-midi. Vous retrouvez-vous dans ce documentaire ? J’ai bien aimé le côté balade en voiture dans les rues de Los Angeles. Et les analyses des critiques français (Nicolas Saada, Jean-Baptiste Thoret, ndlr), plutôt flatteuses. Quant à savoir si c’est un portrait fidèle, ce n’est pas à moi de juger. Où en est votre participation à la série télé "Masters of Horror" ? Le deuxième épisode que j’ai tourné pour la série a été diffusé à la télé américaine le mois dernier. Il s’intitule Pro-life, c’est un film d’horreur qui se déroule dans une clinique où des médecins pratiquent des avortements. Une adolescente de quinze ans doit y subir une opération. Mais sa grossesse est, comment dire, bizarre. Et son père, un militant antiavortement, veut la sortir de là. C’est un film politique contre les intégristes anti-IVG ? Non, non… Enfin, si, un petit peu quand même (rires) ! Mais c’est d’abord un film fun, que j’ai pris beaucoup de plaisir à réaliser. Et avec un scénario très bon de Drew Mc Weeny et Scott Wan, qui avaient déjà écrit mon premier film pour les "Masters of Horror", La fin absolue du monde. La fin absolue du monde, une réflexion sur la création cinématographique, fait souvent penser à L’antre de la folie (1987), l’un de vos plus beaux films, dont le héros est un écrivain… C’est vrai, il y a beaucoup de similitudes. Notamment l’atmosphère de fin du monde, dont je suis très friand. Au cinéma, s’entend. Voudriez-vous tourner un nouvel épisode pour une éventuelle troisième saison des "Masters of Horror" ? Je serais ravi, s’il y a un bon scénario. C’est le point essentiel : il faut toujours un bon scénario, une bonne histoire. Vous n’avez rien tourné pour le cinéma depuis Ghosts of Mars, sorti en 2001. Pourquoi ? J’aurais pu faire des films, mais je n’avais pas vraiment envie. A Hollywood, le business a changé, beaucoup de têtes sont tombées d’autres sont apparues. Encore moins soucieuses des réalisateurs qu’avant, et de plus en plus "corporate"… Et puis vous savez, je travaille depuis 36 ans, c’est long. J’avais besoin de prendre du recul, du repos. Pour regarder des matchs de basket-ball, voir des films, boire des bières. De plus, j’ai perdu ma mère il y a deux ans. Mon père est vieux et je dois m’occuper de lui. Que pensez-vous du nouveau cinéma d’horreur, les films de Eli Roth (Cabin Fever, Hostel), les Saw… J’adore les Saw, c’est très drôle. Même le troisième épisode ? Pas trop violent ? Rien n’est trop violent pour moi. Les films d’horreur anglais tels que Creep ou Isolation ne sont-ils pas plus ouvertement politiques que les Américains ? Je ne les ai pas vus, mais ça ne m’étonnerait pas : les Anglais sont toujours plus subversifs ? Quelle est selon vous, la définition d’un bon film d’horreur ? D’abord, il doit faire peur. Ensuite, donner du bon temps. Après, l’éventuel message politique, c’est du bonus. Regrettez-vous d’avoir tourné certains de vos films, notamment dans les années 1990 ? Je ne regrette aucun de mes films. Jamais. Quel est votre film préféré ? The Thing. Parce que c’est le meilleur et parce qu’il n’a pas eu de chance, puisqu’il est sorti en même temps que E.T. : en 1982, les Américains voulaient de la tendresse, pas un monstre sanguinaire qui peut se cacher en chacun de nous. Où en est votre projet "Psychopath" ? Encore à ses touts débuts. Le but est de faire simultanément un film et un jeu vidéo dont le héros serait un ancien cadre de la CIA qui, obsédé par la traque d’un serial killer, commence à s’interroger sur sa propre santé mentale.
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