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jeudi 22 juillet 2010 08:47

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Joseph Gordon-Levitt, partenaire particulier

par Clément Ghys

Joseph & Léo - DR

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Sommeil trompeur

Avec « Inception », Christopher Nolan enfonce l’action dans un labyrinthe de rêves.

« Mon rêve absolu est de faire un film avec Jean-Luc Godard. Monsieur Godard, si vous lisez ceci, faites-moi travailler ! » Cet appel à l’ombrageux cinéaste suisse surprend dans la bouche d’un acteur américain assurant la promotion d’une superproduction hollywoodienne.

Début juillet, Joseph Gordon-Levitt était à Paris pour une virée express avec toute la troupe d’Inception.

Toute l’attention et la fièvre journalistiques sont concentrées sur la star Leonardo DiCaprio. Son comparse à l’écran, mais faisant comparativement figure de « jeune premier », Joseph Gordon-Levitt, s’amuse de cette frénésie. A peine assis, il propose de faire l’interview en français et nous demande de lui apprendre plein de nouveaux mots d’argot. A 29 ans, le jeune homme a connu une bonne partie du spectre du cinéma américain. Dans les années 80, il débute comme enfant-star dans des séries et films improbables, peu de comédiens pouvant se vanter d’avoir fait leurs premiers pas à l’écran dans la comédie canine Beethoven. Le cinéma, ingrat avec ses jeunes prodiges une fois leur puberté atteinte, lui ferme ses portes pendant quelques années. Joseph Gordon-Levitt s’inscrit alors à l’université « pour voir autre chose, pour prouver qu’il y avait autre chose à faire que jouer dans des séries ou des publicités ». Il étudie le français à la Columbia University de New York, se passionne pour la Nouvelle Vague et voyage à Paris.

En 2004, le cinéma le titille à nouveau et il décide de redevenir acteur, avec l’intention, candide et déterminée, de « ne faire que des bons films ». Ce sera chose faite puisqu’en quelques années, il devient l’un des acteurs les plus prisés du cinéma indépendant américain. Son rôle de jeune prostitué victime d’un pédophile dans Mysterious Skin, de Gregg Araki, en fait une icône branchée-pédé-trash. Les magazines le prennent pour un nouveau James Dean, attirant et androgyne.

Mysterious Skin - DR

Lentement, le jeune acteur retourne au cinéma grand public. Il donne la réplique à Zoey Deschanel, comédienne au parcours comparable, dans la comédie romantique 500 Jours ensemble et il apparaît ensuite au générique de grosses productions, comme G.I Joe et aujourd’hui Inception. Entrisme ou volonté réelle de toucher le cinéma grand public ? A l’écouter, tourner dans un blockbuster est « un jeu, c’est drôle de voir des tournages très différents ». Dans une scène, Joseph Gordon-Levitt vole dans les airs, se tord comme un Fred Astaire de science-fiction. En costume noir, les cheveux gominés, il plane dans les couloirs d’un hôtel. « Faire cette séquence a été l’un des meilleurs moments du tournage, confie-t-il. Il n’y avait pas tant que ça d’effets spéciaux, donc je devais faire quasiment tous les mouvements. J’avais l’impression d’être dans un parc d’attraction… »

Christopher Nolan affirmait récemment au magazine américain Details que Joseph Gordon-Levitt « ne perd jamais son enthousiasme - il a toujours une envie de gamin surexcité […] Sur les gros tournages, on est vite blasé et il ne faut jamais oublier à quel point on s’amuserait si on était un enfant de 10 ans ». Quand on lui pose la question de savoir quel type de réalisateurs il préfère, Joseph Gordon-Levitt affirme d’emblée que Gregg Araki et le réalisateur d’Inception ont « la même intégrité » à ses yeux : « Peu importent les budgets ou les studios, Christopher Nolan est un artiste planqué derrière une étiquette hollywoodienne et commerciale. » Même attitude à l’égard de Leonardo DiCaprio dont il n’envie ni les fans ni les paparazzi. Joseph Gordon-Levitt, discret sur sa vie privée, ne tarit pas d’éloges sur son collègue, le qualifiant de « meilleur acteur de sa génération » et estimant sa présence sur les plateaux de tournage de « bénéfique » pour toute l’équipe.

Le jeune homme, qui vit aujourd’hui dans sa ville natale, Los Angeles, brouille les pistes entre les genres avec une décontraction très californienne. Depuis cinq ans, il tente de créer une alternative au système de production traditionnel avec son site internet Hitrecord.org. Lancé avec un ami, il est rapidement devenu l’équivalent d’un Facebook pour des jeunes producteurs, cinéastes ou musiciens, rassemblant 7 000 membres qui échangent des projets et des appels à la création. Enthousiasmé par ce site, il le supervise depuis une pièce, chez lui, aux murs calfeutrés et remplie d’ordinateurs. Il invite le public français à faire partie de ce réseau social d’un nouveau genre.

Une attachée de presse, le planning chevillé au corps, clôt l’interview et Joseph Gordon-Levitt enchaîne avec une autre interview tout en regrettant de ne pas avoir le temps d’acheter Pariscope et d’aller au cinéma dans la capitale de la cinéphilie. Rendez-vous dans le prochain tract vidéo fulminant de JLG ?

Paru dans Libération du 21/07/2010


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