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jeudi 29 mars 2007 13:02

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Journal recrute non-journalistes

Le média de demain sera-t-il mixte, réalisé par des amateurs et des professionnels ? La question a agité les premières Assises du journalisme à Lille autant que les Rencontres du cinquième pouvoir à Saint-Denis. Etat des lieux des transformations induites par l’info participative sur le Net.

par Frédérique Roussel

tags : blog , journalisme , agoravox , citoyen

CC - brokenchopstick

L’Internet, et surtout le formidable élan d’expression des internautes rendu possible par le progrès technologique, secoue la « maison médias ». Deux débats, à deux semaines d’intervalle. A Lille, début mars, lors des premières Assises du journalisme, l’ambiance suintait la fin de siècle. A contrario, samedi, à Saint-Denis, on bombait le torse aux Rencontres du cinquième pouvoir, organisées par Agoravox, le média dit « citoyen » auquel peut collaborer tout un chacun. Face à face, le vieux monde et le nouveau monde. « Et voilà que l’innocente souris se transforme en arme létale. D’un coup de clic, un métier est sur le point de disparaître. Après tout, nos campagnes ont bien vu le maréchal-ferrant fermer boutique, alors pourquoi pas le journaliste absorbé par la Toile ? » s’alarme un Hervé Brusini, directeur délégué à l’information à France 3 (1). Défiés par l’irruption du journalisme citoyen, les médias ont commencé à réagir, en s’appropriant aussi ce nouvel outil.

Au début, les blogs
Tout a commencé par les blogs. Ces sites web composés d’informations (ou de billets) au fil de l’eau, généralement écrits à la première personne, ont progressivement gagné les médias. Cyril Fievet et Emily Turrettini (2) datent de 1999, l’an un du blogging. C’est en 2003 que les journalistes s’en emparent à leur tour, au moment de la guerre en Irak, « qui est l’occasion pour plusieurs journalistes de livrer leur version personnelle du conflit », écrivent-ils. Certains reporters de la BBC « embedded » tiennent alors des carnets de route, en contrepoint du traitement plus officiel de la guerre. En France, Libération ouvrira le ban. En décembre 2003, Pascal Riché et Fabrice Rousselot, alors correspondants à Washington et New York, démarrent un blog sur « la course à la Maison Blanche ». Trois ans plus tard, la plupart des grands médias se sont mis au parfum. Blogs de journalistes, ou plateformes de blogs ouvertes aux internautes pour gagner en audience. Et malheur à ceux qui n’ont pas suivi le mouvement. Dernier en date à se réveiller, le Journal du dimanche a lancé ce mois-ci son site Jdd.fr. Au sein du même groupe Hachette-Filipacchi Médias, Paris Match est le prochain sur la liste.

Premier avantage du blog pour le journaliste : un espace illimité, étranger aux contraintes de la pagination, où déverser infos, vécu ou commentaire. L’exercice n’est pas sans risque. Le blogueur se lance dans une arène où tous les coups verbaux sont permis. « Dans la vie réelle, on réagit de manière policée. A l’inverse, sur Internet, lapremière réaction consiste souvent à mettre la main dans la gueule de gens qu’on ne connaît pas, constate un blogueur. Mais cette barrière passée, l’échange peut se révéler un véritable plaisir. » La blogosphère procure également une nouvelle mine d’informations. Ecumer les blogs peut permettre de dénicher des perles. A condition de ne pas ménager sa peine car il faut souvent farfouiller dans des centaines de commentaires pour dénicher le lien, l’info, la réflexion valant d’être répercutée.

Du forum au participatif
Sur les sites web des médias, les forums et les tchats sont le premier format où la parole est donnée au public. Mais ces débats se déroulent en général dans un espace balisé, où c’est encore le média qui décide du thème ou de l’invité. Récemment est apparu le système de réaction directe aux articles, au journal le Monde, à 20 Minutes, à Libération. Etape supplémentaire de tentative de prise en compte des avis spontanés des internautes. Elle souhaite instaurer une relation directe d’échange entre le lecteur et l’auteur, voire entre l’internaute et l’homme politique.

Dans cet esprit, donner la possibilité d’interroger les candidats en période électorale s’impose. « Pourquoi pas un référendum pour déterminer l’importance que nous sommes prêts à donner aux enjeux écologiques ? » questionne Jérôme, de Villeurbanne. Il s’est lui-même filmé, avant de mettre en ligne sa vidéo de 1 minute 16 sur Dailymotion, le site français de partage de vidéos. Elle sera peut-être sélectionnée par la chaîne i-Télé pour passer à l’antenne, dans le JT de la campagne. Partenaires de l’opération, Dailymotion et i-Télé y voient une « très bonne initiative pour animer le débat politique, et un excellent exemple de partenariat entre "vieux"et "nouveau" médias ». Mais la recette fait déja florès sur nombre de chaînes. La vidéo explose, son exploitation est riche en promesses d’audience.

Depuis juillet 2006, l’américaine CNN propose aussi un service en ligne de partage de contenus inspiré de YouTube. Les internautes peuvent s’exprimer à travers des billets, des reportages, des images. Et déjà TF1 fait de même avec Wat et M6 avec Wideo.

La nouvelle télé
L’interview dure deux heures et demie. Sans montage ni fioritures. Elle a été tournée le 12 février à l’ouverture du procès de l’ Erika. « Mme Voynet aime les temps longs. » Le Politic Show (3) aussi. Nicolas Voisin et Julien Villacampa, 27 et 28 ans, se sont lancés dans l’aventure à caméra abattue : demander un entretien à chaque candidat. Le premier, avec Jean-Marie Le Pen, ayant duré longtemps, pourquoi ne pas se donner la longueur comme principe constitutif ? « On a pris le contre-pied des médias traditionnels qui sont sur des temps très courts, explique Nicolas Voisin. Nous avons fait le choix de refuser de soumettre nos questions au prélable, de ne pas couper, de ne pas formater, de laisser le temps aux politiques. » Seuls Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy ont refusé de se prêter au jeu. L’expérience a démontré que l’on peut faire dériver les politiques sur d’autres sujets que ceux habituellement abordés en période de campagne. Mais quid de la visibilité et de la rentabilité de tels programmes ? Grâce à leur « première webTV politique citoyenne », Voisin et Villacampa rebondiront peut-être à la télé. Ils parlent d’un projet d’émission sur Canal +, voire un canal libre sur l’Adsl.

A l’inverse, des journalistes de télévision expérimentent eux aussi de nouveaux formats sur la Toile. Position de repli militante pour certains qui ne trouvent plus leur place à l’antenne. Ainsi de John Paul Lepers qui a lancé Latelelibre.fr, ou de Karl Zéro installé sur AOL. D’autres tentent de nouveaux programmes comme iPol. Ce magazine politique hebdomadaire, lancé mi-janvier, couvre l’actualité des blogs et d’Internet, « celle qu’on ne voit pas à la télé ». L’équipe d’iPol est composée de journalistes et de professionnels de l’audiovisuel (Canal +, Paris Première, Reservoir Prod, Image et compagnie...).

Pour Thomas Blard, de LCI, Internet peut permettre de produire des émissions difficilement passables à la télévision. « LCI a un temps et un espace limités. Les télévisions doivent chercher le plus petit dénominateur commun, expliquait-il samedi aux Rencontres d’Agoravox. Avec Internet, on peut chercher le PPCM, le plus petit commun multiple. » Lui-même anime Décideurs.TV, « qui permet aux entrepreneurs qui n’ont pas forcément de visibilité dans les médias traditionnels de s’exprimer ».

Même le reportage ?
« Comment est traité le génocide arménien dans les manuels scolaires turcs ? » questionne un internaute. Et hop. Ni une ni deux. Tristan Mendès France, journaliste free-lance parti en Turquie pour un reportage sur la mémoire du génocide arménien, s’en saisit. Le lendemain, il se rend à l’université d’Ankara pour relayer l’interrogation auprès d’un professeur d’université. Il a inauguré le procédé en décembre 2006 au Cambodge. « Nous réalisons une sorte de documentaire participatif, un reportage dans lequel les internautes sont impliqués dans la ligne éditoriale. » Fini le documentaire « one to all », délivré aux spectateurs qui n’ont plus qu’à regarder un produit achevé et peaufiné. Son but est de les impliquer et de progresser avec eux dans le reportage. Prochaine destination : le Darfour, avec une invitation à suivre son équipe de blogtrotters au jour le jour.

Autre tentative audacieuse, celle du Dauphiné libéré. Stimulé par l’adrénaline de la campagne, le quotidien régional a propulsé Quelcandidat.com, « média entièrement participatif », qui permet aux internautes de « s’exprimer, d’envoyer leurs informations, de donner leur avis aux côtés des articles des journalistes professionnels et des dépêches d’informations ». Le journal rhône-alpin invente le concept de « village reporter », premier blog « collaboratif » réalisé depuis le petit village de La Murette (Isère), où un journaliste travaille avec les habitants pour réaliser un reportage interactif de deux mois. Le contenu est rédigé par le journaliste selon les suggestions des habitants et des internautes...

Mais à quoi cela sert-il que les médias traditionnels fassent du journalisme citoyen puisqu’il y a déjà Agoravox et Dailymotion ? Benoît Raphaël, du Dauphiné libéré, répond sur son blog : « Cela sert justement à animer, trier, éditer, valoriser cette nouvelle matière. C’est un vrai métier. »

Vers le « proam » ?
Vers quoi mènent ces initiatives tous azimuts ? Le média de demain sera-t-il mixte, « proam » (pour professionnel-amateurs) ? Le premier grand hybride entre médias et émanation citoyenne est sorti depuis moins d’une semaine. Assignement Zero a été lancé par le magazine américain Wired en collaboration avec Jay Rosen, professeur de journalisme à New York University. Dans ce journalisme open source, les internautes contribuent aux articles en amenant leurs infos (crowdsourcing). Les sujets sont discutés entre les journalistes professionnels et les citoyens, la rédaction étant déléguée aux premiers. En France, des idées similaires, associant journalistes professionnels et amateurs éclairés voire experts, sont en cours d’élaboration. C’est le cas de Rue89 fondé par des anciens de Libé. C’est le cas d’Obiwi, magazine en ligne spécialisé dans la mode et la décoration. « Je crois beaucoup au participatif dans ces domaines-là, estime Julien Jacob, cofondateur d’Obiwi, on n’est pas sur des thèmes où l’on passe son temps à s’invectiver. » L’équipe sera formée de journalistes et d’une communauté d’experts, mille membres à la base. « Entre les médias qui se sont maladroitement ouverts au participatif et un Agoravox à la vision très militante, il y a une place entre les deux. » Comme une main tendue entre le vieux et le nouveau monde.

(1) Le Monde, 5 mars 2007.
(2) Blog Story, Eyrolles.
(3) Un livre sort sur cette aventure le 5 avril :La Politique au net, chez Max Milo.


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  • Journal recrute non-journalistes

    30 mars 2007 16:21, par julienb

    ben merde, j’ai écrit le même http://blog.marklor.org/post/2007/03/22/They-want-You

    héhé

    à part ça, merci et bravo pour écrans. en attendant rue89 ?


 

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