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vendredi 17 avril 2009 17:37

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Journalism Online veut faire payer pour lire

Pour enrayer la crise de la presse aux Etats-Unis, le site proposera aux journaux sa plateforme commune pour l’achat d’articles.

par Maria Pia Mascaro

tag : journalisme

Confrontés à la baisse des revenus publicitaires, les médias crisent - CC Victoriapeckham

Trois journalistes américains de renom viennent d’annoncer le lancement de Journalism Online (« journalisme en ­ligne »), une plateforme informatique qui permettra aux journaux, magazines et sites d’information en ligne de ­vendre une partie ou tout leur contenu sur Internet via un système commun. « Plusieurs journaux ont déjà manifesté leur intérêt, dont certains à l’étranger », confirme Cindy Rosenthal, porte-parole de Journalism Online (JO). Le projet pourrait démarrer dès l’automne.

JO se présente comme un prestataire de services, à même de donner une réponse simple et commune aux journaux soucieux de changer leur modèle économique pour leur contenu en ligne. Jusqu’ici, tous les modèles payants, à l’exception notoire du Wall Street Journal, avec son million d’abonnés en ligne, n’ont pas été concluants ou n’ont produit que de modestes revenus. Quant aux annonceurs, leur apport en publicité en ligne n’est pas comparable à ce qu’ils génèrent dans la version papier. L’innovation de JO est qu’il offrira aux éditeurs un système de paiement intégré et unique pour toutes les publications. Chacune sera du reste libre de fixer ses tarifs, par article, à la journée ou au mois. Pour le ­lecteur, le système lui permettra d’accéder à des contenus de différentes sources, avec une seule inscription.

Concrètement, il y aura deux entrées  : par le site des journaux ou par celui de JO. Au moment où l’internaute tombera sur un article payant, il n’aura alors qu’à entrer son mot de passe. Le mode d’abonnement sera double lui aussi. Les lecteurs pourront soit payer directement la publi­cation de leur choix, pour un article, un bouquet d’articles ou une période d’utilisation, soit s’acquitter d’un abonnement mensuel – une quinzaine de dollars (environ 11 euros) – pour l’accès au contenu de l’ensemble des journaux et magazines membres de JO.

Depuis plusieurs mois, les éditeurs de journaux américains ont relancé avec force l’idée d’un modèle payant pour leur contenu en ligne, parce que rattrapés par la crise, la baisse des revenus publicitaires, la concurrence des gratuits et celle qu’ils se sont livrée eux-mêmes en diffusant gratuitement leur contenu sur le Net. Il y a quelques semaines, Bill ­Keller, directeur du New York Times, avait évoqué la possibilité de micropaiements par article, sur le modèle d’iTunes pour la musique. D’autres éditeurs disaient leur préférence pour un système similaire à celui des câblo-opérateurs, qui offrent des bouquets de chaînes pour un abonnement unique.

« L’avantage de JO est que nous offrons aux publications des modes de paiement sur mesure. Elles pourront déterminer ce qui fonctionne le mieux pour elles », a expliqué Steven Brill, cofondateur de JO, lors du lancement de son entreprise. Ancien éditeur lui-même, spécialiste de la presse puisqu’il avait lancé Brill’s Content, un magazine sur les médias, il a la confiance de ses pairs. Ses deux parte­naires sont Gordon Crovitz, un ancien du Wall Street Journal, et Leo Hindery, ancien dirigeant d’entreprises de communication.

L’annonce du lancement de JO intervient dans un contexte morose pour la presse américaine, qui continue d’afficher des pertes catastrophiques. Les revenus publicitaires pour le premier trimestre 2009 seraient en baisse de 30 %. Le New York Times, en difficulté, a menacé de fermer le Boston Globe, qu’il possède, si les syndicats n’acceptent pas de faire des concessions, semant la consternation à Boston. Le Chicago Tribune, déjà placé sous la loi de protection des faillites, vient d’annoncer de nouveaux licenciements, de l’ordre de 20 % des effectifs.

Le Rocky Mountain News de Denver a mis la clef sous le paillasson alors que le Post Intelligencer de Seattle ne publie plus qu’en ligne avec une rédaction hyper réduite. D’autres titres sont en danger imminent de disparition, comme le San Francisco Chronicle. Les moyens de sortir de l’impasse paraissent bien limités. Steven Brill est convaincu que l’une des ­réponses est de repasser par une forme payante sur le Net. L’idée centrale de son projet étant de pousser une grande partie des éditeurs à le faire en même temps.

Article paru dans Libération le 17 Avril 2009


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