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mardi 30 mars 2010 09:41

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Journalisme non-stop pour presse globale

par Frédérique Roussel

tags : presse , iPhone , gratuit , tablette

CC allaboutgeorge

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Le tout-payant, une idée pas si gratuite

Du «Wall Street Journal» au «Times», la stratégie de monétiser l’info gagne du terrain.

Aujourd’hui, le Monde devient un « cheval à huit pattes ». C’est son patron lui-même qui le dit, tirant l’image des peintures de la grotte Chauvet. On est loin de l’attendu mouton à cinq pattes, moins chic sans doute pour le quotidien du soir. Du paléolithique au boulevard Blanqui du XIIIe arrondissement parisien, il y a quand même un monde. Mais les images véhiculent des messages, n’est-ce pas. Que faut-il en déduire ? Que le Monde n’est plus seulement un journal. « Le Monde se présente comme une marque de presse globale », explique Eric Fottorino, président du groupe, qui annonce « les nouvelles fondations d’un nouveau modèle ».

Revenons à cette inflation de jambes. La gamme va désormais du papier — quotidien, magazine, mensuel — au site Lemonde.fr, à l’iPhone et bientôt à l’iPad, la tablette magique qu’Apple lance aux Etats-Unis en fin de semaine et en France fin avril. Des déclinaisons sur différents supports qui sont désormais pratiquées par la plupart des journaux. Mais le Monde a décidé de packager le tout, avec une offre « quadruple play » qui englobe l’abonnement au quotidien et ses suppléments, l’édition abonnés du Monde.fr, les applications sur iPhone et sur iPad. Pour le Monde à 100%, il en coûtera 19,90 euros par mois pour les trois premiers mois, puis quand même 29,90 euros.

Aux Echos, le discours est sensiblement le même. « Vendre de l’information sur tous les types de support avec une grande valeur ajoutée », défend Nicolas Beytout, PDG du groupe. Pour Thomas Doduik, directeur des opérations au Figaro, « il est intéressant de penser la marque à 360 degrés, un média sur plusieurs supports dans une réinvention de notre métier ». Premier adage : « bloc marque », tu seras. Pour rendre captif le lecteur dans tous ses usages. C’est désormais la règle, Lagardère lançant son hebdo féminin Be n’a pas fait autrement que de parler de « marque média globale ».

Pour toutes ces « pattes » du Monde ou presque, des innovations sont ajoutées. Ainsi du bon vieux papier qui inaugure sa une remaniée, avec l’éditorial en « ventre » et le « grenier » qui passe à l’entresol, en milieu de page. La page 2 devient « 24 heures dans le monde », avec « l’essentiel de ce que vous devez savoir de l’actu », précise Sylvie Kauffmann, directrice de la rédaction. Une nouvelle rubrique, « Contre-enquête », développe sur deux pages, dans un « journalisme de questionnement », « un sujet dans le film de l’actualité dévoilant également les coulisses ».

Le numérique n’est pas en reste. Sur le site, qui pratique le modèle mixte depuis 2002 et compte 104 000 abonnés, « la zone en accès libre sera renforcée avec jusqu’à une vingtaine d’articles de la rédaction du quotidien », a souligné le PDG du Monde interactif, Philippe Jannet. Pourtant, de façon progressive, les articles du quotidien ne seront plus accessibles gratuitement sur le site, mais dans la zone abonnés. En parallèle de l’application iPhone gratuite lancée en novembre 2008 et qui affiche 1,4 million de téléchargements, une nouvelle application payante arrive sous peu avec le Monde sur l’iPad. Dès le lancement de l’objet aux Etats-Unis, le lecteur pourra y feuilleter le journal, excusez du peu.

La sortie de la tablette d’Apple a des allures de promesse pour la presse. Un rôle de déclencheur bénéfique. « Pour une fois, le consensus se fait chez les éditeurs pour décider que ça ne sera pas gratuit », estime Thomas Doduik, du Figaro, qui a lancé mi-février, après le Monde et Libération, son offre en ligne payante freemium(free + premium). Deuxième adage : les contenus, payer tu feras.

Or, pour négocier ce virage multisupports, une réorientation bimédia des rédactions s’impose. Le groupe Le Monde mise - rien de révolutionnaire, Libération a promu le bimédia en 2004 - sur une plus grande collaboration entre papier et Web, avec une montée des contributions de l’un vers l’autre. Un « news desk », situé à l’édition centrale, joue l’articulation et passe de quatre à huit personnes. La fusion n’est pas à l’ordre du jour, le Monde interactif est une filiale, partagée… Et la négociation sur la nouvelle version des droits d’auteur coince encore.

Aux Echos, en revanche, on a sauté le pas. « Convergences », annoncé en novembre 2008, fusionne rédactions papier et Web. Chaque journaliste peut alimenter les supports (papier, Web, mobiles, etc.), un éditeur web a été installé dans chaque service et quatre personnes gèrent le flux des dépêches. Dernière étape de la mue, la décision « de ne pas vendre le quotidien sans le Web », dans une offre d’abonnement un peu plus chère. Elle intègre aussi l’application iPhone, lancée à 1,59 euro bientôt, avec la possibilité d’accéder à vingt ans d’archives. Et bien sûr, bientôt l’iPad. « Nous avons démontré que la question du Web et du papier n’est pas antinomique », avance Nicolas Beytout. Troisième adage : qui évoluera verra.

Paru dans Libération du 29 mars 2010


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