jeudi 7 janvier 2010 10:29
Journée infernale avec mon smartphone
tag : iPhone
Ne l’appelez plus téléphone...
Nexus One, le challenger signé Google
iPhone, le bijou d’Apple attaqué
Jamais un écran de poche n’avait provoqué autant de files d’attentes à l’entrée des magasins.
Intelligent
Autant le dire tout de suite, le téléphone ne sert plus à téléphoner. Ou si peu.
Trafic mobile embouteillé
La navigation intensive sur Internet sature le réseau des opérateurs téléphoniques.
A défaut de déclencher à distance la cafetière, le smartphone a le mérite de proposer une fonction réveil, comme à peu près tous les portables d’ailleurs, smart ou pas. Son « tulututitutitutu » matinal est donc généralement le premier son entendu le matin. Une fois réveillé, l’utilisateur compulsif d’iPhone, pour citer un exemple de « téléphone intelligent » désormais bien connu, pourra, au fil de sa journée, faire joujou avec son lot d’applications plus ou moins essentielles. A peine levé, déjà informé : souvent amateur d’info en continu, le junkie de la news prend sa dose de bonne heure. Personne n’aime avoir l’air d’une buse en arrivant au bureau, il s’agit donc de ne pas rater la dernière breaking news tombée sur la Toile. Pour cela, pluralisme oblige, l’usager pourra facilement diversifier ses sources, la plupart des applications de médias étant gratuites, comme celle de Libération, le must du moment. L’exemple précédent étant un chouïa trop corporate, on conseillera aussi de consulter l’application Moto Verte, indispensable pour suivre « l’actualité de la moto tout terrain en direct ». Une fois dans le métro, après avoir éventuellement vérifié son itinéraire via l’application de la RATP, on consulte ses mails. Selon le bon vouloir du réseau 3G, parfois capricieux underground, ces moments de solitude peuvent aussi être mis à profit pour entretenir son identité numérique, à grand coup d’actualisation de profils Facebook ou Twitter. Dans les écouteurs, les mp3 s’enchaînent à mesure que les stations défilent. Pour tuer le temps, le jeu vidéo reste une valeur sûre. On peut opter pour l’amusant Chuck Norris, plus fort que la douleur, histoire de sauver l’Amérique dans la peau de l’acteur républicain à moustache. Une bonne dizaine de morts plus tard, la journée de travail commence. Stupeur : après quelques appels (car oui, rappelons-le à toutes fins utiles, l’iPhone peut aussi servir à passer des coups de fil), voilà que la bête nous claque entre les mains. Il est à peine 11 heures et il est déjà temps de recharger la batterie anémique, mise à mal par notre jeu du matin. « C’est quoi déjà le nom de cette actrice qui jouait dans le Grand Bleu ? Mais si, tu sais, la blonde avec plein de piercings dans Pulp Fiction ? » A défaut de comprendre pourquoi notre collègue se pose de telles questions devant la machine à café, on peut toujours y répondre en lançant l’appli Wikipedia (pour info, l’actrice, c’est Rosanna Arquette). La scène peut parfaitement se décliner en recherche de définition, de traduction, voire de proverbe chinois. Pense-bête permanent, encyclopédie miniaturisée : le smartphone risque de rapidement transformer son utilisateur en Bertrand Renard, le barbu rigolo des Chiffres et des lettres. « Le saviez-vous d’ailleurs, d’après le Journal Officiel du 27 décembre dernier, il convient de parler d’ordiphone et non de smartphone. » Ah ça suffit Bertrand, viens pas faire ton malin. Au cours de la journée, différentes occasions de faire joujou se représenteront. Il y a par exemple l’application Fake Calls qui permet de simuler un coup de fil, la parfaite excuse pour s’enfuir d’une réunion soporifique. Sans oublier les services de messagerie instantanée, type eBuddy, qui permettent de tchater depuis le portable avec ses contacts MSN, Google Talk, Facebook… Autant dire qu’une génération de doigts surdéveloppés et musclés comme des mollets de cycliste se profile devant nous. C’est peut-être ça, après tout, la révolution digitale. Le soir venu, on déniche un bistrot à proximité via une application « guide urbain » comme AroundMe. Entre amis, des vidéos un peu honteuses sont filmées, puis immédiatement diffusées sur YouTube. Soudain, un camarade brandit son iPhone, qu’il fait tournoyer en l’air, comme possédé. On assiste alors, un peu béat, à une démonstration de iSébastien, l’application qui diffuse les tubes de Patrick Sébastien quand le téléphone est vigoureusement secoué. Un peu choqué, on rentre chez soi, règle son réveil avant de s’endormir et de rêver de Rosanna Arquette chantant le Petit Bonhomme en mousse en duo avec Chuck Norris. Paru dans Libération du 6 janvier 2009
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