mardi 31 janvier 2012 18:21
Jubilons avec la reine
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : documentaire , Arte , Royaume-Uni
Elizabeth II, en mai 2007
Ballade pour une reine
documentaire de Don Kent
Arte, ce soir, 20 h 35.
Une jeune femme à robe fleurie joue à chat(bite) avec de beaux marins, folâtre, papillonne, allume. Cette image d’archive, rare et incroyable, traverse le docu de Don Kent qui s’y arrête, la ralentit pour mieux s’attarder, n’en croyant pas ses yeux, sur la jeune femme. Cette gourgandine de 21 ans, c’est la reine Elizabeth ou plutôt, celle qui, cinq ans plus tard, en 1952, deviendra Elizabeth II, reine du Royaume-Uni et des royaumes du Commonwealth, il y aura soixante ans, le 6 février. Pour ce jubilé de diamant, c’est l’érudit réalisateur Don Kent qui s’y colle, portant son « regard de Britannique vivant en France depuis quarante ans » sur ce monument de la pop culture assaisonné de corgis et d’invraisemblables chapeaux vert pomme. Et la Ballade de Don Kent se double d’une balade en bagnole, volant à droite, à travers ce Royaume-Uni qu’il redécouvre tandis qu’au son de PJ Harvey (« Take me back to beautiful England/ And the grey damp filthiness of ages »), il se souvient. D’abord, il y a le couronnement de la reine, en 1953 : « Première image prémonitoire de moi, se marre Don Kent en voix-off, je suis déguisé en poste de télévision. » Car c’était ça, le couronnement : des gamins déguisés, des pique-niques dans les rues, des jeunes filles s’autocouronnant, des écoliers recevant une barre de chocolat et un mug en cadeau. Pour autant, Ballade pour une reine ne s’attendrit pas, décrit ce « symbole de l’oppression coloniale », raconte la chute de l’Empire sous le règne d’Elisabeth : « Tous les pays peints en rouge sur le globe disparaissent. » Le docu fait aussi parler des voix discordantes, tels l’éditorialiste du Guardian Polly Toynbee (« Elle est austère et insipide, elle ne dit jamais rien ») qui fustige la théocratie britannique, ou le scénariste Hanif Kureishi qui daube sur « le fantasme de la mère du peuple ». Mais voilà, c’est la reine, quoi. Et le même Kureishi jure se promener nu chez lui seulement vêtu de la médaille qu’elle lui a remis. Comme dit Bang on !, ce sale gosse rappeur de Liverpool : « Elle fait pas de mal, laissez-la tranquille, on s’en fout. » Paru dans Libération du 31 janvier 2012
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