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dimanche 22 janvier 2012 12:57

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Kim Schmitz, la frime multinationale

par Marie Lechner

tags : justice , hacking , MegaUpload

Photo Reuters

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MegaUpload : Les naufragés du piratage

En plein débat sur l’instauration d’une loi contre le téléchargement illégal, l’Etat américain a fermé jeudi soir les 18 sites du groupe Mega, accusé de contrefaçon et blanchiment d’argent.

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En plein débat sur l’instauration d’une loi contre le téléchargement illégal, l’Etat américain a fermé jeudi soir les 18 sites du groupe Mega, accusé de contrefaçon et blanchiment d’argent.

Du pain bénit pour l’industrie culturelle. L’arrestation en Nouvelle-Zélande (suivie, vendredi soir d’une demande d’extradition des Etats-Unis) de Kim Schmitz, le présumé boss de MegaUpload, en pleine guerre du copyright tombe à pic, à l’heure où les résistances se déchaînent contre Sopa et Pipa, deux projets de lois américains qui prévoient un arsenal juridique renforcé pour lutter contre le piratage. Qui pourrait prendre la défense de cet autoproclamé ex-hackeur, entrepreneur-escroc, nounours bouffi de 130 kilos, mythomane au train de vie tapageur, qui conduit des voitures de luxe avec des plaques minéralogiques affichant « Mafia » ou « God » et habite un manoir de 30 millions de dollars près d’Auckland. Pour remercier la Nouvelle-Zélande de son hospitalité, celui qui se fait appeler « Kim Dotcom » lui offrit en 2011 le plus grand feu d’artifice que le pays ait jamais connu. Aussi méga(lo) que les sites qu’il dirige, vivant grassement aux crochets des ayants droit. Une image qu’il a lui-même alimentée, avec des vidéos où on le voit conduire pied au plancher une Mercedes-Benz dans des rallyes routiers (il a été arrêté 14 fois pour conduite sans permis), se dorer sur son yacht, ou batifoler avec des naïades en bikini.

Ses pairs hackers le considèrent comme un charlatan s’arrogeant les faits d’arme d’autres pirates. Pourtant c’est au sein de la scène des BBS (un système d’échange de messages et de fichiers, ancêtre du Web) qu’il émerge sous le pseudo de « Kimble ». Un nom en hommage au héros de la série le Fugitif, qui réussit toujours à échapper à la police.

A l’époque de la bulle internet, la presse allemande fait ses choux gras des frasques du flamboyant personnage, né en 1974 à Kiel. Lorsqu’il fonde Young Intelligent Hackers Against Terror après le 11 Septembre, il prétend collaborer avec le FBI et offre 10 millions de dollars de récompense à quiconque fournira des informations sur Ben Laden. Il annonce son suicide sur Internet avant de se faire la malle en Thaïlande, où il est rattrapé par la justice en 2002.

Car Schmitz a un long passé judiciaire. En 1998, à 24 ans, il monte une escroquerie en ligne à base de numéros de cartes téléphoniques volées. Premier délit et première condamnation. En 2000, il devient millionnaire en revendant sa boîte de sécurité informatique (insolvable l’année suivante). En 2001, il apparaît comme le sauveur providentiel de la start-up Letsbuyit, au bord de la faillite, mais se sucre sur le dos de la boîte. Il est condamné en 2002 pour manipulation de cours et délit d’initiés à vingt mois de prison avec sursis.

Schmitz disparaît des écrans radar pendant près de dix ans, avant de sortir du bois de manière fracassante en décembre dernier. La vidéo promotionnelle The Mega Song, où des stars planétaires (P.Diddy, Kayne West, Beyonce…) disent tout le bien qu’elles pensent de MegaUpload, le propulse à nouveau sous le feu des projecteurs.

 

 

L’ire des maisons de disques le pousse à donner une interview au site spécialisé TorrentFreak, où il tente de se redonner une image d’entrepreneur respectable. Rappelant que « 87% des 500 entreprises les plus fortunées ont ouvert un compte premium » sur son site de téléchargement direct, il propose de transformer Mega en « l’un des plus gros clients de l’industrie culturelle pour oublier ces conneries de "sites voyous" ». Il promet même de « payer les créateurs de contenus ».

Schmitz confirme ainsi les rumeurs circulant depuis 2007 selon lesquelles il était à la tête du site de téléchargement direct, démenties à l’époque. Selon les révélations du magazine néo-zélandais Investigate, c’est avec un passeport finlandais que Schmitz s’est installé à Hongkong en 2005, sous le nom Kim Tim Jim Vestor, pour se lancer dans le business florissant du téléchargement direct et du streaming, boosté depuis 2010 par les lois contre le téléchargement illégal. C’est au cœur du quartier des affaires Won Chaï qu’il aurait créé plusieurs sociétés : MegaMedia Ltd, MegaPix Ltd, MegaVideo Ltd, Megarotic Ltd, et surtout MegaUpload Ltd, la maison mère qui administre MegaWorld, l’ingénieux écosystème de sites qui a conquis le monde.

 

Paru dans Libération du 21 janvier 2012


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