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mardi 25 mai 2010 10:03

  • cinéma

Kirsten Dunst, vamp et vampire

par Françoise-Marie Santucci

tag : Festival de Cannes

Photo Jérôme Bonnet

Elle est si ponctuelle qu’elle prend tout le monde de court. Personne n’est prêt. Elle écarte café et viennoiseries, demande juste un verre d’eau et allume une cigarette, près du clapotis des vagues. Lorsqu’elle se met, assez vite, spontanément, à parler de féminisme, Kirsten Dunst déplie l’esprit vif d’une suffragette. Hier matin sur une plage cannoise, la jeune actrice avait enfilé les habits de la jeune intello piquante plutôt que ceux (qu’on lui a souvent mis sur le dos), d’une starlette bankable, fêtarde et dépressive. Elle est en ville pour un court métrage qu’elle a réalisé elle-même, Bastard, une histoire d’accouchement et rencontres en plein désert de l’Ouest américain (les images sont très belles).

Son mini-film, Dunst ne l’a montré à aucun de ses amis du cinéma, mais elle attend leurs remarques avec intérêt : « Une femme, surtout derrière une caméra, a moins d’ego qu’un homme. » Et elle en a connus, raconte-t-elle en ricanant, des réalisateurs qui disaient sans cesse : « My way is the highway » — en substance, c’est mon opinion et je la partage. Elle dit aussi ô combien c’est important, dans l’univers pas si joyeux de l’industrie du rêve, de susciter le respect et la camaraderie de ceux avec qui on travaille. Cela passe aussi par la délicatesse ; ne pas ouvrir de pauvres bières (quand les réalisateurs pensent à en faire acheter), faire plutôt son grand seigneur, si l’on peut, à la Sofia Coppola, qui a fêté la fin de plusieurs scènes de Marie-Antoinette au champagne, et tout le monde dans la cuisine pour préparer à manger… « Les hommes et les femmes sont deux sortes d’animaux très différents. »

Dunst ne quitte pas ses lunettes de soleil Chanel (les enlèvera juste pour la photo), porte un vernis bleu turquoise qui fait mal aux yeux, un chemisier blanc, une jupe noire, des ballerines. Elle paraît très jeune par moments, et d’autres fois plus vieille que ses 28 ans. On dirait que ses canines pointues, qui hier lui donnaient la mine d’une gamine gothique, ont été limées. On l’imagine facilement âgée, vieille femme avec sa canne.

Elle a été découverte à 12 ans dans Entretien avec un vampire, puis on l’a vue en Marie-Antoinette et chez Spider-Man. Mais Kirsten Dunst, pourtant l’une des filles les plus lancées de la jeune garde hollywoodienne, a ses propres admirations, Charlotte Rampling, Charlotte Gainsbourg (avec qui elle va tourner, cet été, le prochain film de Lars Von Trier). Des femmes nonchalamment sexy. A l’opposé de deux genres de femelles qui infestent L.A. et qu’elle hait, les « tronches de cake doucereuses » et les « hyper-allumeuses ».

Dans cette Californie où tout le monde se bat pour un bout de lumière, même faible, même trash, Dunst prend soin de ne pas trop se montrer. C’est difficile. Il y a deux ans elle entra en rehab y soigner une « dépression » (les journaux people relevèrent aussi son addiction pour les nuits consumées dans l’alcool, dans les night-clubs). Elle refuse d’en parler. « Je ne veux pas nourrir la rumeur. »

Avant chaque film, Dunst travaille avec un coach. Surtout si elle se prépare à tourner une superproduction. « On n’y fait qu’attendre, et jouer devant des écrans verts, et attendre. Après vingt prises de la même scène, avec vingt angles de caméra différents, pas facile de garder sa concentration. » À l’opposé de ces mécanismes-là, voilà Lars Von Trier. D’en parler lui fait battre des mains, on dirait une gamine devant un paquet de bonbons, elle précise qu’elle avait déjà adoré Anti-christ sans du tout comprendre pourquoi le film avait déplu. Si, elle a bien une idée. « Il n’est pas admis que les femmes sortent du cadre, jamais, elles ne doivent ni choquer, ni hurler. »

Mademoiselle Dunst ayant décidé de se montrer de gauche, (« liberal » comme on dit chez elle), voilà : son rêve serait de tourner avec Tarantino, Tim Burton, et surtout Polanski. Le banni de l’Amérique ? « Heu, oui. Il a quand même réalisé parmi les plus beaux films du monde. » Signerait-elle la pétition en sa faveur qui circule actuellement à Cannes ? « Ce serait difficile pour moi de faire une chose pareille, vous savez. » Moue gênée. C’est pratique les verres fumés. On n’y voit pas les yeux baissés.

Paru dans Libération du 22 mai 2010


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