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mercredi 6 mai 2009 17:24

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Kôji Wakamatsu : « Ce film est adressé aux jeunes Japonais »

Kôji Wakamatsu a 73 ans, 150 films ou presque au compteur et une histoire. Rencontre avec un cinéaste sombre : sans soleil.

par Philippe Azoury

tag : Japon

Crédit photo : Osamu Nagasawa

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Wakamatsu voit rouge

Le cinéaste revient sur l’histoire tragique de la Fraction armée rouge japonaise, dont l’autodestruction, à la fin des années 70, signa la fin de toute contestation de gauche dans l’Archipel.

Vous avez connu d’assez près l’Armée rouge unifiée…
Je la soutenais comme beaucoup d’intellectuels. Tout le monde a tourné sa veste une fois que l’on a découvert les purges au sein du groupe, mais assister à la naissance d’un groupe armé capable de déstabiliser l’Etat était un sentiment très fort. On avait des raisons : notre génération ne voulait pas répéter les erreurs de nos parents qui avaient fait la guerre. Nous n’avions pas connu Okinawa ou Hiroshima. Mais on ne voulait pas de la reconduite du Traité de sécurité nippo-américain, les bases américaines nous scandalisaient. La constitution japonaise créée par les Américains interdisait au Japon de faire la guerre tout en autorisant la reconstitution d’une armée nationale, ce qui était contradictoire. Ce sujet est devenu un des motifs essentiels du mouvement étudiant, entre 1960 et 1970. Il y eut ainsi les émeutes de la gare de Shinjuku en 1968, où nous contestions le transport via le Japon des armes américaines pour le Vietnam… Mais la rencontre Nixon/Mao en février 1972 a été une grande déception : toute notre idéologie prochinoise et antiaméricaine apparaissait soudain dans toute sa superficialité.

Le film n’affiche aucune complaisance envers l’Armée rouge…
Je n’ai pris aucun plaisir à faire ce film. C’était très dur pour moi. Mais j’ai plus de 70 ans et je ne veux rien regretter. Je ne considère pas ce film comme mon autocritique. Je l’ai pensé comme un dialogue ouvert adressé à des jeunes Japonais qui depuis ne peuvent plus mener aucune lutte. Leur montrer comment nous avions échoué, qu’ils en tirent des enseignements. La révolution est une chose extrêmement difficile et quasiment impossible car ça veut dire changer un pays du tout au tout. Mon idée, déjà à l’époque, était que pour réussir la révolution, il fallait entrer dans l’armée japonaise, devenir un haut gradé, attendre vingt ans en planque et soudain prendre l’armée de l’intérieur…

Dès le début, le groupe est montré comme isolé, refermé sur lui-même…
Ils étaient très isolés : personne ou presque au Japon ne croyait en la lutte armée. Ils criaient « nos camarades paysans », mais n’avaient jamais travaillé dans l’agriculture. C’étaient des étudiants extrêmement brillants portés par un idéal, mais leur isolement a accéléré leur autodestruction.

Le film, dans sa première partie, évoque presque avec tendresse la figure de Shigenobu, partie « internationaliser » la lutte avec les Palestiniens…
C’est une fille très légère, superficielle et très manipulatrice. Je n’ai aucune tendresse pour elle.

Vous aviez rejoint son groupe au Liban…
Plus exactement, j’y étais entre 70 et 71 pour tourner un film documentaire : Armée rouge/FPLP, déclaration de guerre mondiale… D’autres, comme mon assistant Masao Adachi, sont ensuite restés dans le camp d’entraînement, à Beyrouth…

Le film est sorti en février au Japon. Quelles ont été les réactions ?
Les intellectuels de ma génération m’ont remercié : « C’est comme si tu nous arrachais la peau, les croûtes. Mais c’est un bien. » Les jeunes ne connaissaient pas ces épisodes ; ils connaissaient la mythologie, le détail est moins romantique.

La musique est signée Jim O’Rourke [ex-Sonic Youth]…
Plusieurs fois, il m’a demandé si je voulais bien le prendre comme musicien. Il ne voulait pas être payé, car, disait-il, mes films lui ont appris la vie.


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