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vendredi 14 mars 2008 17:44

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L’Amérique du Nord en route vers une licence globale pour le téléchargement ?

par Astrid Girardeau

tags : musique , p2p , téléchargement , piratage , économie , licence globale

Photo CC RocketRaccoon

L’Amérique du Nord serait-elle mûre pour une licence globale ? L’idée est loin de faire l’unanimité dans l’industrie du disque. Mais après des années de lutte anti-piratage coûteuse et peu efficace et de formules assez peu séduisantes et populaires, les majors commencent à lâcher du lest. Aujourd’hui, quelques semaines après le lancement par sept labels suédois de The Swedish Model, un « think-tank positif » sur le futur de l’industrie musicale, l’idée d’un nouveau modèle économique radicalement différent s’invite dans le débat aux Etats-Unis et au Canada.

Il y a quelques jours, dans une interview à Dayrobber, Peter Sunde et Fredrik Neij de The Pirate Bay suggéraient aux industries de la musique et du cinéma d’ouvrir leur propre site Torrent, et de le rentabiliser grâce à la publicité. Selon eux, ce serait la seule manière de les jeter hors du marché. On n’en est pas encore là, mais pas loin.

Les majors ont en effet pour la première fois envisagé une taxe aux fournisseurs d’accès Internet pour le partage de fichiers, rapporte Wired. Un des principaux tenants de l’idée est Jim Griffin, consultant sur la stratégie numérique de trois des quatre majors.

Son projet, qu’il présente aujourd’hui lors du SXSW d’Austin est une taxe, d’environ cinq dollars par utilisateur et par mois, sur les connexions haut débit et dont l’argent servirait à indemniser les ayant droits de la musique partagée en ligne. Dans un sens, légaliser le P2P. Les artistes, éditeurs ou labels seraient rémunérés selon leur popularité, au prorata du nombre de fois où leurs œuvres auront été échangées sur les réseaux dans le mois. Une agence serait créé pour collecter et répartir l’argent. Une sorte de SACEM du peer-to-peer.

« C’est monétiser l’anarchie », a déclaré à Wired le président d’International Music Manager’s Forum, Peter Jenner, proche de Griffin.

En 2004, l’association EEF avait suggéré un tel système, qui avait alors été immédiatement rejeté par la RIAA (Recording Industry Association of America). Mais en quatre ans seulement, les choses ont évolué. La vente des CD a continué de chuter, la lutte contre le piratage — « l’impossible guerre contre le piratage » » comme la nomme l’activiste et juriste américain Lawrence Lessig — via l’IFPI, la RIAA et les différentes législations s’est durcie, mais sans résultat sur le nombre de fichiers illégaux échangés, qui continuent à augmenter chaque jour dans le monde.

Ces derniers mois, les majors ont fait un premier pas. Tout d’abord en abandonnant progressivement les DRM, ces verrous numériques envahissants. Ensuite, en passant des accords avec des fournisseurs d’accès, des opérateurs mobiles et des sites de streaming (Lastfm, Musiline, etc.) pour des écoutes ou des téléchargements illimités. Mais, encore frileuses, les majors ont chacune signé de leur côté (Emi avec Alice, Universal avec Neuf, etc.). Résultat, le consommateur est face à une invraisemblable mosaïque de mini-licences globales avec l’impossibilité d’accéder à tous les catalogues.

Au Canada, des systèmes similaires sont portés par plusieurs voix, dont le professeur de droit Michael Geist et le groupe canadien Barenaked Ladies. En avril 2007, Steven Page, chanteur et guitariste de la formation expliquait à Ars Technica : « les gens n’aiment pas payer pour la musique. Ce n’est pas parce qu’ils pensent que c’est gratuit, mais ils n’aiment juste pas le processus. » Selon lui, un tel système d’abonnement simplifierait le processus. Aussi, en décembre dernier, la SAC (Songwriters Association of Canada) a proposé que chaque internaute paye une taxe de de cinq dollars à leur fournisseur d’accès pour avoir le droit d’utiliser les réseaux P2P pour télécharger de la musique, et que la somme récoltée soit répartie entre les ayant-droits et les artistes.

Au dernier Midem, l’annonce du lancement de Qtrax, un service P2P légal offrant l’accès illimité à 25 millions de titres, a suscité un vif intérêt, avant que les majors démentent avoir signé avec le site new-yorkais. Egalement au Midem, on se rappelle de Paul McGuiness, le manager de U2, très applaudi quand il s’en est pris aux fournisseurs d’accès à l’Internet et aux géants des technologies qui « chevauchent librement la musique en se remplissant les poches » et donnent aux consommateurs les moyens de pirater leurs œuvres. On imagine mal ce partisan de la riposte graduée et de la protection accepter l’initiative de Griffin. Pourtant, toujours à Cannes, John Kennedy, à la tête de l’IFPI, déclarait timidement : « c’est un modèle à regarder ». Le débat promet d’être houleux.


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