mercredi 22 février 2012 18:44
L’Elysée à maux couverts
par Isabelle Hanne
tags : documentaire , politique , France 3
DR
La maladie du pouvoir
Réalisé par Philippe Kohly
Ce soir à 20 h 35, sur France 3.
Pompidou bouffi, les mains tremblantes : pas malade. Mitterrand décharné, faiblard : un lumbago. Chirac hospitalisé au Val-de-Grâce : des étourdissements, un hématome, c’est tout. Voilà le message envoyé au peuple français, alors que ces présidents souffrent, dans l’ordre, d’un cancer du sang, d’un cancer de la prostate et d’un AVC. Peu de sujets ont fait autant mentir les présidents de la Ve République que leur état de santé. Déraison de ces malades qui s’accrochent au pouvoir quand ils peuvent à peine tenir debout : le documentaire la Maladie du pouvoir, réalisé par Philippe Kohly (l’Enfer de Matignon) et coécrit avec la journaliste du Monde Françoise Fressoz, met en lumière la fragilité de la démocratie française face à la santé du Président. Quelles conséquences sur l’exercice du pouvoir ? Cela relève-t-il du secret médical, voire du secret d’Etat ? Pourtant, submergé par la douleur en conseil des ministres, gardant la chambre, parfois le lit, le président malade est un capitaine de bateau enfermé dans sa cabine. « Quelle est, pour gouverner le pays, la capacité d’un homme qui vit retranché chez lui, qui ne se frotte plus au monde ? » s’interroge le commentaire. Pendant des mois, l’entourage cache, maquille, ment. La maladie une fois officialisée, il faut garder la face. A un journaliste qui l’interroge, après son opération de la prostate, sur ses capacités à rester au pouvoir, Mitterrand rigole : « Je ne pense pas qu’on m’ait enlevé un lobe du cerveau, car ce n’est pas de ce côté-là que ça se passait. » Pourtant, comme les autres, il déléguera peu à peu. Premiers ministres ou secrétaires généraux de l’Elysée gèrent les affaires courantes, alors même que personne ne les a élus. Faut-il imposer à un président malade de démissionner ? Qui évaluerait son état de santé ? Sous le contrôle de quelle institution ? La Maladie du pouvoir questionne cette faille de la République, avec des archives saisissantes — on voit les mêmes visages bronzés par le maquillage, ridés, épuisés. On ne regrette même pas la présence du traditionnel aréopage de commentateurs — Franz-Olivier Giesbert, Michèle Cotta, Jean-Pierre Elkabbach… qui livrent ici des détails méconnus. Mais ce sont les interventions de Claude Gübler, médecin personnel de Mitterrand, qui sont les plus percutantes. Il fut le seul à briser le tabou en racontant dans un livre l’agonie du Président. Pour ça, il a été radié de l’ordre des médecins, puis condamné au pénal et au civil. Paru dans Libération du 22 février 2012
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