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mercredi 19 décembre 2007 10:39

  • télévision

L’Elysée veut télécommander Carolis

La nomination du nouveau DG de France 2 a fait l’objet de pressions sans précédent.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tag : France Télévisions

Décomplexée, la droite. Décomplexé, l’acharnement sur le service public. Hier, le conseil d’administration (CA) de France Télévisions a été le théâtre de pressions encore jamais vues, du moins au grand jour.

Le contexte : lundi, Philippe Baudillon, directeur général de France 2, a démissionné. Pour des « divergences » avec le président de France Télévisions, Patrick de Carolis. Pour ne rien arranger, la semaine dernière, les représentants de l’Etat au CA de France 3 n’ont pas voulu voter le budget 2008. Le gouvernement refusant de tenir la promesse d’une rallonge de 5,7 millions d’euros pour diffuser les stations régionales de France 3 sur le satellite. Du coup, le SNJ et la CFDT de la Trois ont déclenché une procédure d’alerte. Le tout sur fond de réformes lancée par Carolis pour complaire au gouvernement.

Mais là où Carolis n’a pas complu au même gouvernement, c’est en décidant de nommer dès hier, lors du CA de France Télévisions, François Guilbeau, venu de RFO, directeur général de France 2. Juste avant le CA, il reçoit un coup de fil : Christine Albanel, ministre de la Culture et de la Communication, lui demande de surseoir. Carolis refuse, expliquant que si la direction du navire peut être décidée conjointement avec l’Etat actionnaire, c’est à lui de nommer l’équipage et qu’il ne peut laisser France 2 sans patron. Lors du CA, Carolis en arrive à la nomination de Guilbeau. Interruption de Laurence Franceschini qui représente l’Etat, comme quatre autres administrateurs. Christine Albanel, dit-elle en substance à Carolis, vous a demandé de surseoir. Le député UMP Christian Kert, représentant de l’Assemblée nationale, commente à Libération : « Ça a fait mauvais effet. » Carolis argumente, plaide l’urgence. Franceschini réclame une interruption de séance.

A la reprise, l’ingérence monte d’un cran : Franceschini vient d’avoir l’Elysée au téléphone qui exige des représentants de l’Etat qu’ils s’abstiennent de voter pour Guilbeau. « Alors là… », soupire Christian Kert. Ce dernier et le sénateur UMP Louis de Broissia votent pour Guilbeau, « pour éviter que ça fasse trop ORTF ». L’affaire se solde par un vote ric-rac : 7 voix pour Guilbeau, 6 abstentions. Et un Carolis KO, plus proche de la porte que de l’augmentation. « C’est inédit que de telles manœuvres se passent au grand jour », déplore Dominique Pradalié, du SNJ de France 2. « C’est scandaleux, déplacé et déstabilisant », note Laurent Bignolas, administrateur de France Télévisions. A l’AFP, une source gouvernementale explique que cette abstention des représentants de l’Etat « marque leur désaccord manifeste car, ni l’Elysée, ni Matignon, ni Bercy, ni le ministère de la Culture n’ont été consultés sur la nomination du DG ». A Libération, un proche du gouvernement confirme : « A l’Elysée, ils sont furieux, même dans une entreprise privée, on informe les actionnaires à l’avance. » Selon nos informations, Alain Peyrefitte n’a pas été prévenu non plus. Il est furieux.

A lire également :
- France 2 perd la tête et France 3 ses moyens (18/12/2007)
- Carolis, la réforme à coulisse (17/10/2007)
- France Télévisions ensablée (11/10/2007)


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