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vendredi 7 octobre 2011 17:11

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L’Italie a failli perdre sa Wikipédia

par Camille Gévaudan

tags : Wikipédia , liberté d’expression , Italie

Sur la version italienne de Wikipédia...

Quand 700 000 articles de Wikipédia disparaissent au profit d’un long message d’avertissement, c’est un signe assez sûr qu’il se trame quelque chose de grave. L’événement, encore inédit sur le web, est survenu mardi. Aux alentours de 20h, l’intégralité de la version italienne de l’encyclopédie a été mis en berne et ses millions de visiteurs ont appris, via un communiqué signé « les utilisateurs de Wikipédia », l’existence d’un projet de loi menaçant la liberté d’expression en ligne.

« Aujourd’hui, malheureusement, les piliers sur lesquels Wikipedia repose — neutralité, liberté et vérifiabilité des contenus — risquent d’être fortement compromis par l’alinéa n°29 d’une proposition de loi, connue sur le titre de “Loi sur les écoutes”, pouvait-on lire sur la page en question. « Cette proposition, dont le Parlement italien est en train de débattre, formalise, entre autres, une obligation pour l’ensemble des sites internet de publier, sous 48 heures de la demande et sans commentaire, une correction de n’importe quel contenu que le plaignant estime dommageable à son image. » Et ceci sans procès en diffamation ni évaluation quelconque de la recevabilité de la plainte. L’acte-même de demander une « correction » suffirait à le justifier.

On imagine sans peine les conséquences de ce « comma 29 », comme l’ont surnommé les Italiens, sur l’image de Wikipédia. L’une des (rares) règles intangibles de l’encyclopédie est la recherche de la « neutralité de point de vue » : toute information apportée dans un article doit être objective et vérifiable, donc s’appuyer sur une source fiable et reconnue telle qu’un article de presse. Et le comma 29 permettrait à n’importe quelle personnalité de retoucher sa biographie à sa guise en gommant de telles informations ? Voilà qui tomberait bien, quand des écoutes très bunga bunga impliquant régulièrement Silvio Berlusconi font la une de la presse italienne depuis des mois...

« Le susnommé alinéa n° 29 constitue une entrave inadmissible à la liberté et à l’indépendance de Wikipédia, continue le communiqué. Cette entrave va proprement paralyser notre méthode d’accès et d’édition horizontale, mettant de fait fin à son existence telle que nous l’avons connue jusqu’à aujourd’hui. »

La mobilisation en ligne s’est vite organisée, aidée par le black out de la Wikipédia italienne, le soutien de la fondation Wikimédia et les quelques blogueurs ayant relayé l’affaire à l’international. Alexander Doria a par exemple traduit le communiqué en français. Il raconte sur son blog : « Quoi qu’on puisse penser du bien-fondé du blackout, on ne peut nier son efficacité. Consulté près de 10 millions de fois, le Manifeste est soutenu par une bonne partie de la société civile. Une page Facebook tout juste créée, Rivogliamo Wikipedia est déjà soutenue par plus de 200 000 personnes. Le hashtag #wikipedia est devenu le 3e plus employé sur le twitter italien, passant devant #Moody, signe que la défense de l’encyclopédie libre est devenu un enjeu social plus médiatisé que la décrépitude de l’économie nationale. »

 

 

Et tout ce bruit a fini par payer. Roberto Cassinelli, député du Parti de la Liberté « connu pour ses bonnes relations avec les mondes numériques » selon Doria, a déposé mercredi un nouvel amendement visant à adoucir l’alinéa 29. Il prévoyait que « les requêtes en diffamation ne permettent plus de modifier le texte initial, mais simplement d’y apposer une « Réponse » bien en vue et sans commentaire. » L’amendement a été adopté. Le projet de loi reste à voter.

Wikipédia en italien est revenu en ligne, hier soir, assorti d’un simple bandeau d’explications sur les perturbations des jours précédents. « Nous ne savons pas si le vote de la loi sous sa forme originelle — et donc la destruction d’une grande partie du travail entrepris sur Wikipédia — est complètement exclu », conclut-il. Affaire à suivre.


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