L’Italie, première à soigner sa mise
Dans la péninsule, le Web représente un tiers des recettes du jeu, libéralisé dès 2006.
par Eric Jozsef
tags : sports , football , paris en ligne , Italie
Le Milan AC, sponsorisé par la société de jeux en ligne Bwin - Photo Reuters
ROME, de notre correspondant
Pendant des décennies, il a mêlé la passion pour le football et les rêves d’une vie prospère de millions d’Italiens. Le totocalcio est aujourd’hui pratiquement mort. Concurrencé par des loteries plus rémunératrices, il a été achevé en 2006. L’ouverture des paris sportifs sur Internet a eu raison de la bonne vieille schedina, le bulletin où il fallait prédire les résultats de treize rencontres de championnat. L’Italie a en effet été le premier pays à entériner la directive européenne permettant les jeux et les paris en ligne et l’ouverture de ce marché à des opérateurs de l’Union. Le secteur a ainsi été, en quelques années, complètement révolutionné. A partir du milieu des années 90, déjà, l’Etat italien avait transformé le monopole public des jeux et des concours hippiques en concessions à des opérateurs privés. Aujourd’hui, les trois groupes issus de ce processus (Lottomatica, Sisal et Snai) doivent affronter la concurrence de pas moins de 45 opérateurs en ligne, pour la plupart étrangers. Parmi eux, le britannique Ladbrokes, l’espagnol Eurobet ou encore la puissante société autrichienne Bwin, qui sponsorise les maillots du Milan AC, le club de football du président du Conseil Silvio Berlusconi. En 2006, au nom de la libéralisation et de la lutte contre les rigidités du système économique italien, la décision avait été prise par le ministre du Développement économique, Pierluigi Bersani, figure de proue des démocrates de gauche dans le gouvernement de Romano Prodi. En 2008, les jeux en ligne ont représenté un volume d’affaires de 1,5 milliard d’euros (pour 4,5 milliards d’euros pour tous les jeux) dont 1,15 milliard uniquement pour les paris. Mais, selon les prévisions, ce chiffre devrait doubler en 2009 à la suite de l’introduction, il y a sept mois, des jeux de poker (sous forme de tournois exclusivement). En un peu plus d’un trimestre, ce divertissement a déjà rapporté 200 millions d’euros. «Il s’agit sans doute d’Italiens qui jouaient avant au poker sur des sites étrangers», estime Francesco Rodano, responsable du bureau des jeux en ligne des Monopoles d’Etat, la structure chargée de réglementer de contrôler le secteur. Et de préciser : «Les jeux en ligne n’ont pas entraîné une chute des jeux chez les buralistes. L’an dernier, ceux-ci ont augmenté de 20 %.» En janvier, «presque 7 millions d’Italiens ont tenté la fortune on line», révèle l’agence de presse Agipro News. Pour les caisses de l’Etat, les jeux sur Internet ont ainsi rapporté 80 millions d’euros de recettes en 2008. Après avoir versé un ticket d’entrée de 300 000 euros, les opérateurs paient une redevance annuelle correspondant à 0,5 % des sommes jouées. Sur chaque mise, l’Etat perçoit 4,5 % sous forme de taxes (3 % pour le poker). A Rome, on insiste pour dire que le système est très encadré. Un opérateur étranger qui accepterait sur un site des paris d’un citoyen italien risque la suspension de sa licence. Un système permet de rendre inaccessible les sites de jeux non enregistrés dans la péninsule. Un Italien peut par exemple parier sur bwin.it mais pas sur bwin.com. Enfin, un ordinateur central enregistre tous les jeux en ligne pour repérer les opérations anormales qui pourraient correspondre à du recyclage d’argent sale. Le souvenir du totonero (pari au noir), souvent géré par la mafia, est encore vif. «Sur Internet, il faut s’identifier : c’est plus facile pour surveiller les mouvements suspects, assure Francesco Rodano. Avant même que la Commission européenne nous le demande, nous avions choisi de libéraliser les jeux en ligne, car c’est un bon moyen de combattre l’illégalité.»
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