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mercredi 24 décembre 2008 11:44

  • cinéma

L’Œil du mal

Thriller high-tech sur fond de lutte antiterroriste et de paranoïa cybernétique.

par Bayon

tag : thriller

DR

L’Œil du Mal, de D.J. Caruso avec Shia Lebeouf, Michelle Monaghan 1h54.

L’Œil du mal est ce qu’on pourrait appeler un « thriller mécanique » —la machine infernale des mythologies ici potentialisée (ou réduite) à la cybernétique high-tech.

C’est-à-dire que ce qui se déroule à l’écran (représentant la plupart du temps un ou plusieurs autres écrans, pléthore de films-témoins, vidéos de surveillance, documents, mémos...) est dénué d’intérét intrinsèque (par exemple que la sécurité du président des Etats-Unis d’Amérique, pour la cinq-cent millième fois de l’histoire du cinéma hollywoodien, est virtuellement menacée), mais que, pour toutes sortes de raisons techniques, automatiques, l’attention visuelle vivement sollicitée se voit captivée par le grouillement cinétique de causes et effets plus ou moins contrariés, courses-poursuites autos, train, avion, métro ou à pied, carambolages en chaine, déclics et incidentes dramatiquement insignifiantes mais crépitantes... frénétiquement représenté.

Si l’on a compris quelque chose à ce qui précède, on est prèt à entendre ce qui suit : que le casting de ce videogame grand écran déjà vu, tenant de dizaines de The Game, Ennemi d’état et autres Complot mortel, Die Hard IV, le Nombre 23 ou Angles d’attaque, n’a pas d’importance.

A la place du faux-poids Shia Labeouf, garçon-furet comme évadé d’un éternel Retour vers le futur, fils d’Indiana Ford (le Crâne de cristal) intéressant dans son impersonnalité même, ado prolongé sosie de votre neveu, à sa place en premier rôle flou on imagine dix dégaines passe-partout du genre. Idem de l’héroïne génante, qu’on a déjà vu mimer Michael Jackson avec la bouche tordue dans La Mémoire dans la peau, autre film parent en paranoïa nationale. Quant à Billy Bob Thornton, qui n’a jamais bien fait l’affaire avec ses grosses dents, il ne gagne rien à celle-là, où il joue un flic con et méchant puis gentil jusqu’au martyre (agent Thomas Morgan) en profilage gondolé.

Le script le veut ainsi : ces personnages clichés sans vie ni mémoire sont de purs types, prète-nom, victimes aléatoires du fatum électronique en jeu, variantes combinatoires d’une intrigue d’état à puces.

Le vrai héros-moteur de la vibrionnante affaire k-dickienne, double, est d’abord la Paranoïa, Medusa universelle légitimée par la couverture planétaire de ladite « toile internet » (comme on dit couverture aux barbituriques), paranoïa sujet de moult Conversations secrètes. Ce héros paranoïde est ensuite l’Entité cybernétique même, émanation ultime de la puissance informatique, quintessenciée en synthèse de billions de moteurs de recherche électroniques, billiards de relais-ordinateurs, portables, antennes et satellites, combinés en pure énergie surhumaine : le cyber Big Brother du temps.

Ce sujet bicéphale dérivé entre autres de la révolte du robot de 2001 ou avoisinant I Robot récent, est (était) bon en soi, à l’image de l’amorce prégénérique choc. Soit une frappe aérienne en Afghanistan (ou n’importe-où dans le monde arabo-musulman des peurs millénaristes), : mijotée au Pentagone, cette frappe lourde de conséquences et donc dûment pesée en haut-lieu se révèle après-coup désastreuse. L’Arme Fatale US, cybermachine top-secrète du Bien (nom de code : Aria), qui avait fourni un avis catégoriquement défavorable à la frappe, sans être entendue, engage logiquement une procédure d’impeachment du gouvernement criminel de service, véritable coup d’état en réseau, mobilisant l’infrastructure électronique et électrique grésillante mondiale (voies, ferrées, téléphoniques, télex, SMS, administrations, mails, circuits bancaires...).

Les anonymes à l’affiche, de bout en bout secoués à plaisir par le cinéaste D.J. Caruso (auteur inconnu d’un brelan de Destins violés ou Meurtre en suspens), plus ou moins inspiré pour cet Oeil du Mal d’un vieux projet Spielberg (outre un fameux mot d’ordre de la mafia W. Bush), Jerry LaBeouf & Co Rachel se retrouvent éberlués jouer les rouages électro-humains débranchés, dans un mégacourt-circuitage révolutionnaire inédit. Pandore contre sa boite aura du mal à la fermer ; va pour l’emboitage.

Paru dans Libération du 24 décembre 2008


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