mardi 18 mars 2008 11:08
L’Oural contre le système Microsoft
Carte postale de Russie : une histoire de la mondialisation.
par Lorraine Millot
tags : licence libre , piratage , économie , Microsoft , Linux
De notre correspondante à Moscou
Un village russe comme des milliers d’autres : isbas en bois tapies sous la neige, grands-mères en foulard qui mènent paître les vaches... A Sepych, dans l’Oural, un millier de kilomètres à l’est de Moscou, on n’a toujours pas le gaz, mais l’école est reliée à Internet. Et peut ainsi participer à la croisade mondiale contre Microsoft. En mai, le directeur de l’école du village, Alexandre Ponossov, a été condamné à 5 000 roubles d’amende (140 euros) pour utilisation pirate du système d’exploitation Windows sur les douze ordinateurs de l’école. Grâce à Internet, le procès de ce pauvre ascète barbu a fait le tour de la Russie, si ce n’est du monde. Depuis, Alexandre Ponossov a renoncé à son poste de directeur et à son maigre salaire de 14 000 roubles par mois (390 euros) pour faire la promotion des logiciels libres Linux... « Les logiciels propriétaires représentent un danger non seulement économique mais aussi pour la sécurité de nos pays, attaque-t-il. Les programmes Microsoft ne sont pas vendus à leur prix réel : on paie pour de l’air, c’est un pillage en règle de notre pays. Grâce aux renouvellements automatiques des programmes, il y a aussi un risque que l’on puisse pénétrer depuis l’étranger dans nos ordinateurs. » D’ici trois ans, Linux équipera tous les ordinateurs des écoles russes, contre à peine 5 % aujourd’hui, veut croire Sofia Vinnitchenko, directrice de Linux Center, le plus grand distributeur russe de ce logiciel libre. « Ce n’est pas tant l’affaire Ponossov qui nous a aidés que la volonté russe d’adhérer à l’Organisation mondiale du commerce qui oblige à légaliser les systèmes d’exploitation des ordinateurs russes », nuance cette experte. A ce jour, le plus grand concurrent de Microsoft en Russie reste le piratage. En 2007, les logiciels piratés représentaient 75 % du marché russe, estime l’association des vendeurs de software (BSA). Pour cela, même Microsoft se félicite de cette affaire Ponossov : « On a ainsi réalisé que le piratage est un problème sérieux dans les écoles », souligne-t-on chez Microsoft en Russie.
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