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mercredi 5 novembre 2008 11:36

  • cinéma

L’amour à rides abattues

Jouvence. Une passion adultère à un âge canonique. Rafraîchissant.

par Olivier Séguret

tag : amour

Ursula Werner et Horst Westphal, aventure parcheminée. DR

Septième Ciel, d’Andreas Dresen, avec Ursula Werner, Horst Westphal et Horst Rehberg... 1h38.

Que manque-t-il aux vieux ? Dans les démocraties « riches » et développées, il paraît que ce sont les vieux qui ont le pouvoir, forment la classe majoritaire, jouissent d’un substantiel pouvoir d’achat, font et défont les élections. Mais dans ces mêmes démocraties, être vieux, c’est souvent être condamné à une sorte de relégation sociale, quand ce n’est pas carrément à l’abandon dans des maisons de retraite suspectes et surpeuplées. Etre vieux, par les temps qui courent, ce serait donc à la fois une situation objectivement favorable, comme les statistiques nous l’assurent, et subjectivement douloureuse, comme l’expérience nous l’apprend.

Un film vraiment pas comme les autres, Septième Ciel, vient aujourd’hui nous remettre les idées en place à propos de la vieillesse ou, plus exactement, il vient mettre le bordel dans nos idées en nous remettant à notre bonne place, c’est-à-dire, déjà, en nous en attribuant une  : il nous autorise un regard bien placé. Et c’est là que l’on s’aperçoit que parmi les choses qui manquent le plus aux vieux, il y a cette attention minimum : le regard.

Né dans l’ex-RDA, le cinéaste Andreas Dresen, pour sa part au milieu de la quarantaine, regarde admirablement la vieille Inge, saisie par un feu au ventre depuis le jour où elle a croisé Karl et qui ne craindra pas de faire souffrir Werner, son époux, pour jouir sans entrave de cet amour inespéré. Oui, c’est le triangle du mari, de la femme et de l’amant, à ce détail près que le trio est en route vers l’octantaine. Inge n’aura pas peur d’aller jusqu’au bout, mais elle devra lutter. Contre elle-même, en cessant de fuir les assauts de celui qu’elle désire intensément. Contre la pression des culpabilités sociales, familiales. Contre ceux qu’elle aime : sa fille intrusive, son mari brisé. Inge est une femme simple que la vie n’avait pas programmée pour ça, mais elle est poussée par cet instinct qui lui dit que ce pour quoi elle lutte n’a pas de prix et dont la récompense est dans ces moments d’extase physique, de pure énergie sexuelle, contre le corps nu de Karl (ou en se masturbant dans son bain).

Il n’y a aucun romantisme morbide façon Rouge du couchant dans la façon dont Dresen restitue cette passion charnelle survenue au crépuscule d’une vie. Sans fausse pudeur mais avec grand tact, il cadre les amants affamés en magnifiques Adam et Eve parcheminés, chauffés à blanc, exténués par la rage érotique et heureux jusqu’au fou rire. Les quelques épisodes hautement comiques de Septième Ciel (qui en cache aussi de tragiques) jouent d’ailleurs si bien de l’autodérision qu’ils repeignent l’horizon de la sexualité troisième âge aux couleurs requinquantes de l’humour : au moins on se marre... D’une excellente économie dans ses sobres dispositifs, merveilleusement interprété (Géronte d’or à Ursula Werner), Septième Ciel fait l’effet d’un petit bloc de modestie et d’audace, parfaitement taillé, sans aucun défaut de ton ni de proportions.

Paru dans Libération du 5 novembre 2008


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