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lundi 1er septembre 2008 08:10

  • cinéma

L’eau de vie de Miyazaki

Mostra de Venise. Le week-end du festival a été marqué par la nouvelle fable écolo du réalisateur japonais, et un bijou de 19 minutes signé Jia Zhangke.

par Philippe Azoury

tags : animation , festival , dessin animé

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Le comble de l’anonymat dans un festival de cinéma ? Quand un cinéaste essaye de se faire passer pour un photographe de plage et choisit, au hasard, comme modèle un critique déguisé en vacancier. Samedi après-midi, sur la plage du Lido noire de monde (il fait 34°), Abbas Kiarostami, l’appareil en bandoulière, nous tirait le portrait à la volée, au milieu d’une nuée d’Italien(ne)s en maillot. Sans se douter une seconde qu’il venait de prendre en photo le critique de Libération qui avait assassiné son film le matin même. La taille ne compte pas. Les festivaliers ont bien été obligés de l’admettre, en découvrant Cry me a River, un nouveau Jia Zhangke de 19 minutes, tourné en HD et produit par ses soins avec l’aide de la Cité de l’architecture à Paris et du Centre culturel contemporain de Barcelone.

A priori, une friandise sans grand enjeu pour le réalisateur de Still Life, lion d’or ici il y a deux ans. Sauf que, quarante-huit heures après sa projection, on n’a encore rien vu d’aussi beau. Touchées par la grâce, ces minutes-là dominent la 65e édition de la Mostra de Venise, débutée mercredi dernier, et peut-être même l’œuvre d’un cinéaste qui, en dix ans, est devenu l’un des pôles de gravité du cinéma mondial. Deux hommes, deux femmes, d’à peine 40 ans, qui étaient étudiants au moment de Tien An Men, fondant alors une revue de poésie aussi contestataire que mort-née. Ils se retrouvent, à la faveur de l’anniversaire d’un professeur, dans une cité ancestrale, une sorte de Venise chinoise, pleine de canaux. Zangke ne le dit pas aussi vite, mais à la façon dont il place leurs corps, par l’intimité immédiate, l’amitié perceptible et non surjouée qu’il installe, on sait d’emblée que ceux-là se sont aimés très fort, vivent ailleurs leur vie, mènent leur carrière, sans avoir jamais pu s’oublier. Ces dix-neuf minutes, qui coulent comme de l’eau sous les ponts, les verront se poser les questions d’une génération qui ne sait plus si elle a fait les bons choix. Le style de Zangke est tout en suspension, sortant de sa manche des plans somptueux, techniquement dingues - une HD de peintre, passant du gris béton des cités U, à l’or d’un repas classieux, illuminé, jusqu’aux dominantes mi-vertes mi-boueuses du canal et des bois : quand un cinéaste tire à ce point sa respiration des éléments naturels, il devient clair que, pour lui, les relations humaines, amoureuses, sont de nature complètement écologiques.

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Ecologique, c’est encore l’adjectif qui qualifie le mieux Gake no ue no Ponyo (Ponyo, sur la falaise, près de la mer), le dernier Hayao Miyazaki, projeté dimanche en avant-première occidentale (le film est sorti fin juillet au Japon). Ecologique et déchirant. Le retour du vieux maître des studios Ghibli est l’événement vénitien 2008. Miyazaki est ce Japonais discret qui a décomplexé les adultes du monde entier : grâce à lui, des universitaires sérieux comme des papes, des banquiers, vont au cinéma voir des dessins animés, pleurent dans leur coin, rêvent, et peuvent même, à l’occasion, l’écrire. Grâce à lui, les festivals de cinéma ont rajeuni de trente ans.

Quatre ans après le Château ambulant (lion d’or 2004), Miyazaki affole la Mostra, pour avoir libéré de son imagination Ponyo, fille-poisson rouge, qu’un garçon vif de 5 ans trouve un jour dans un bocal à la mer. Ponyo, arrachée des eaux, menace tout un écosystème, déclenche des tsunamis, met en branle des mondes, convoque leurs Dieux (en l’occurrence des déesses sirènes) et surtout libère la machine Miyazaki, qui, avec la simplicité graphique d’un Matisse, quelques traits ronds, tout en pastel (la grande innovation technique du film), ouvre les portes d’un monde poétique.

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Bulles couveuses, cétacés bleutés remontant du courant des âges, vagues menaçantes qui vous foudroient du regard : l’île de Miyazaki a la taille infinie de l’enfance. Elle est surtout le ressac de toutes les peurs et de toutes les fascinations de cet âge. Pourquoi Ponyo, sur la falaise, près de la mer, comme Shihiro, comme Princesse Mononoke, regarde les adultes avant tout ? Parce que le sexagénaire japonais en sait long sur nous, et livre, sous un dessin faussement innocent, la forme condensée de toutes les impressions de couleurs, de formes qui nous ont marqués à l’âge où l’imagination l’emportait encore sur la vie. Qui n’a pas été cet enfant qui a roulé un jour sous la colère d’une vague, voyant sous l’écume un noir insondable, mais pourtant attirant ? Qui pourra résister à l’amour de Ponyo, la fille- poisson rouge ?

Sur le même sujet : Le prochain Hayao Miyazaki, une princesse poisson rouge et une image (22/03/2007)


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