Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je vote pour “Calvin et Hobbes, huitième merveille du monde”

Bill Watterson

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 1er septembre 2008 08:10

  • cinéma

L’eau de vie de Miyazaki

Mostra de Venise. Le week-end du festival a été marqué par la nouvelle fable écolo du réalisateur japonais, et un bijou de 19 minutes signé Jia Zhangke.

par Philippe Azoury

tags : animation , festival , dessin animé

DR

Envoyé spécial à Venise

» sur le même sujet

Aronofsky de haute lutte

Mostra. Décrié à la sortie de « The Fountain », le réalisateur emporte le lion d’or pour « The Wrestler ».

Mickey Rourke, OK par KO

Mostra. Une fin de festival américaine.

Kathryn Bigelow au cœur du combat

Mostra. Retour gagnant de la cinéaste américaine avec un film ultraviolent sur la guerre en Irak.

Souvenirs de plages et morts à Venise

Mostra. Vieillissement, testament et trépas au cœur des films de Mamoru Oshii, Agnès Varda et Werner Schroeter.

La Mostra explore le Brésil fragile

Venise. Pas de jour, depuis le début du festival, sans qu’un film fasse référence à ce pays.

Le comble de l’anonymat dans un festival de cinéma ? Quand un cinéaste essaye de se faire passer pour un photographe de plage et choisit, au hasard, comme modèle un critique déguisé en vacancier. Samedi après-midi, sur la plage du Lido noire de monde (il fait 34°), Abbas Kiarostami, l’appareil en bandoulière, nous tirait le portrait à la volée, au milieu d’une nuée d’Italien(ne)s en maillot. Sans se douter une seconde qu’il venait de prendre en photo le critique de Libération qui avait assassiné son film le matin même. La taille ne compte pas. Les festivaliers ont bien été obligés de l’admettre, en découvrant Cry me a River, un nouveau Jia Zhangke de 19 minutes, tourné en HD et produit par ses soins avec l’aide de la Cité de l’architecture à Paris et du Centre culturel contemporain de Barcelone.

A priori, une friandise sans grand enjeu pour le réalisateur de Still Life, lion d’or ici il y a deux ans. Sauf que, quarante-huit heures après sa projection, on n’a encore rien vu d’aussi beau. Touchées par la grâce, ces minutes-là dominent la 65e édition de la Mostra de Venise, débutée mercredi dernier, et peut-être même l’œuvre d’un cinéaste qui, en dix ans, est devenu l’un des pôles de gravité du cinéma mondial. Deux hommes, deux femmes, d’à peine 40 ans, qui étaient étudiants au moment de Tien An Men, fondant alors une revue de poésie aussi contestataire que mort-née. Ils se retrouvent, à la faveur de l’anniversaire d’un professeur, dans une cité ancestrale, une sorte de Venise chinoise, pleine de canaux. Zangke ne le dit pas aussi vite, mais à la façon dont il place leurs corps, par l’intimité immédiate, l’amitié perceptible et non surjouée qu’il installe, on sait d’emblée que ceux-là se sont aimés très fort, vivent ailleurs leur vie, mènent leur carrière, sans avoir jamais pu s’oublier. Ces dix-neuf minutes, qui coulent comme de l’eau sous les ponts, les verront se poser les questions d’une génération qui ne sait plus si elle a fait les bons choix. Le style de Zangke est tout en suspension, sortant de sa manche des plans somptueux, techniquement dingues - une HD de peintre, passant du gris béton des cités U, à l’or d’un repas classieux, illuminé, jusqu’aux dominantes mi-vertes mi-boueuses du canal et des bois : quand un cinéaste tire à ce point sa respiration des éléments naturels, il devient clair que, pour lui, les relations humaines, amoureuses, sont de nature complètement écologiques.

DR

Ecologique, c’est encore l’adjectif qui qualifie le mieux Gake no ue no Ponyo (Ponyo, sur la falaise, près de la mer), le dernier Hayao Miyazaki, projeté dimanche en avant-première occidentale (le film est sorti fin juillet au Japon). Ecologique et déchirant. Le retour du vieux maître des studios Ghibli est l’événement vénitien 2008. Miyazaki est ce Japonais discret qui a décomplexé les adultes du monde entier : grâce à lui, des universitaires sérieux comme des papes, des banquiers, vont au cinéma voir des dessins animés, pleurent dans leur coin, rêvent, et peuvent même, à l’occasion, l’écrire. Grâce à lui, les festivals de cinéma ont rajeuni de trente ans.

Quatre ans après le Château ambulant (lion d’or 2004), Miyazaki affole la Mostra, pour avoir libéré de son imagination Ponyo, fille-poisson rouge, qu’un garçon vif de 5 ans trouve un jour dans un bocal à la mer. Ponyo, arrachée des eaux, menace tout un écosystème, déclenche des tsunamis, met en branle des mondes, convoque leurs Dieux (en l’occurrence des déesses sirènes) et surtout libère la machine Miyazaki, qui, avec la simplicité graphique d’un Matisse, quelques traits ronds, tout en pastel (la grande innovation technique du film), ouvre les portes d’un monde poétique.

DR

Bulles couveuses, cétacés bleutés remontant du courant des âges, vagues menaçantes qui vous foudroient du regard : l’île de Miyazaki a la taille infinie de l’enfance. Elle est surtout le ressac de toutes les peurs et de toutes les fascinations de cet âge. Pourquoi Ponyo, sur la falaise, près de la mer, comme Shihiro, comme Princesse Mononoke, regarde les adultes avant tout ? Parce que le sexagénaire japonais en sait long sur nous, et livre, sous un dessin faussement innocent, la forme condensée de toutes les impressions de couleurs, de formes qui nous ont marqués à l’âge où l’imagination l’emportait encore sur la vie. Qui n’a pas été cet enfant qui a roulé un jour sous la colère d’une vague, voyant sous l’écume un noir insondable, mais pourtant attirant ? Qui pourra résister à l’amour de Ponyo, la fille- poisson rouge ?

Sur le même sujet : Le prochain Hayao Miyazaki, une princesse poisson rouge et une image (22/03/2007)


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

[Facebook] [Google] [del.icio.us] [StumbleUpon]

Sur les mêmes thèmes:

animation - Mac & Roe

festival - Le Fipa joue à saute-frontières

dessin animé - « Tu n’as jamais souhaité en avoir une ? »

article précédent
Ebay sonnant et trébuchant
article suivant
Une famille détestable


 

Outils

  • imprimer
  • écrire à Philippe Azoury
  • réactions (0)
  • [Facebook] [Google] [del.icio.us] [StumbleUpon]

Actualit

  • Maisons abandonnées
  • « Might and Magic » : l’addiction, s’il vous plaît
  • Aliments animés
  • Mel Gibson, son fils, sa bataille
  • Les FPS, de 1992 à 2009

Lib.fr

  • Un collégien «tasé» par erreur
  • Créteil, l'académie de tous les dangers
  • Premiers visiteurs: athlètes, journalistes... et prostituées
  • Une couverture dans l'avion? 8 dollars !
  • Le projet de loi Loppsi II passé au crible
publicité
Chronophages

OPINIONS

Cédric Manara

La justice est aveugle… mais pas pour les vidéos en ligne

Tribune Ces images sont insupportables. Elles montrent un homme à casquette tirant à bout portant sur un autre homme. Celui-ci s’effondre, et l’autre tire encore, pour l’achever...

DOSSIERS

De l’encre à l’écran

Et couic !

Le pari des jeux d’argent en ligne

Séries : Y’a plus d’saisons

Une info citoyenne ?

Halte aux spams

Rire en jaune avec les Simpson

Playstation 3 : la fin de la domination

Séries : un temps de mi-saison

Web 2.0 : gare à vos traces

Téléphones portables : la création se mobilise

Menez une double vie avec « Second Life »

Où va se nicher le porno

La musique hors limite

Le téléphone fait du cinéma

Vidéo à la demande : faites votre programme télé

fiction télé : la révolution française



accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008