mardi 16 février 2010 11:50
L’école numérique, une affaire en cours
par Andréa Fradin
tag : éducation
Mesure n°71 : arrêter les retouches d’images foireuses - DR
Le numérique à l’école. C’est le vaste sujet abordé par le rapport remis aujourd’hui à Luc Chatel par le député-maire des Yvelines Jean-Michel Fourgous (UMP). Commandé en août 2009 par le Premier ministre, il dresse douze priorités, déclinées en « soixante-dix mesures concrètes pour réussir l’école numérique en 2012 ». Et il était temps. Si la France se place à la huitième place en terme d’équipements en TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Éducation) dans l’Union Européenne, « elle n’arrive que vingt-quatrième sur vingt-sept en terme d’appropriation pédagogique », déplore Jean-Michel Fourgous. En bref, le matériel seul importe peu : les usages, la culture d’enseignement constituent le nœud du problème. « La fracture est plus culturelle que numérique », résume le député, « il faut changer ce qui est en nous ». La tâche s’annonce donc titanesque, mais « c’est une révolution qui devra se faire, car la diffusion du numérique, elle, n’attend personne », rajoute Jean-Michel Fourgous. Ancien chercheur à l’éducation nationale, cet élu étudie in vivo les impacts des TIC dans l’éducation : sa ville, Élancourt, fait figure de pionnière en la matière. Tableau numérique interactif (TNI), prof canadien ou américain donnant des cours d’anglais via visioconférence... Peu de communes peuvent se targuer d’un tel équipement. Et c’est sur la base de ce « laboratoire » qu’ont été pensées « les douze priorités » du rapport. Si l’installation d’ordinateurs ne suffit pas, Jean-Michel Fourgous préconise malgré tout une amélioration des équipements. « Aujourd’hui, 75% des écoles ont accès au haut-débit ; ce qui n’est pas mauvais, mais qui peut être encore amélioré ». Il souhaite également généraliser les usages des fameux TNI dans les trois ans, ainsi que le recours aux serious games : « les fabricants ont été contactés, et un jeu est en préparation pour le programme d’histoire de 3ème ». En terme de contenu, le rapport soulève également l’épineuse question de la numérisation des manuels scolaires. L’objectif est la disparition du support papier « dans les trois à dix ans » ; voie déjà prise par Singapour, Hong-Kong ou Taïwan. Pour le député, « si les éditeurs traînent pour le moment des pieds, il seront bien obligés de prendre le train en marche ». Mais encore une fois, l’enjeu du rapport est bien la transformation des usages. Et sur ce point, rien n’est gagné : il s’agit de mettre 800 000 enseignants à jour, et pas seulement au niveau des TIC. Le numérique remet en question la place même de l’enseignant face aux élèves, aux parents, mais aussi vis-à-vis de ses collègues. « Chaque cours devrait être disponible en ligne, afin d’enrichir le travail de tous. Or le travail d’équipe n’est pas le mode de fonctionnement des profs », explique encore Jean-Michel Fourgous. Pour le moment en tout cas, aucune opposition ne s’est faite sentir du côté des syndicats, le syndicat majoritaire SNUIPP-FSU se réjouissant même du travail mené par la mission parlementaire. Sur le forum de réflexion créé pour l’occasion, les réticences sont également peu nombreuses, mais comme le concède le député, « il ne s’agit là que de contributions faites par les plus passionnés par la question ». Reste à convaincre les autres. Arrive enfin la question qui fâche : qui va financer cette « révolution nécessaire » ? Et surtout, à quelle hauteur ? « Rien n’est décidé », répond Jean-Michel Fourgous, qui déclare cependant que « ce n’est qu’au-dessus d’un milliard qu’on pourra faire quelque chose de ce rapport ». Un budget minimum que devraient à la fois couvrir l’État, les collectivités territoriales, ainsi que des partenariats publics-privés ; la part de chacun n’étant toujours pas définie. La balle est désormais dans le camp de Luc Chatel, qui devrait trancher dans les prochaines semaines sur les pistes du rapport à suivre. Sur ce point, Jean-Michel Fourgous se veut confiant : « non, ce rapport ne se retrouvera pas dans le tiroir. Ce n’est dans l’intérêt de personne ».
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