vendredi 31 décembre 2010 11:31
L’empire du chineur
tag : science-fiction
Tout a commencé par un œuf d’alien trouvé dans une librairie à Londres. Pas n’importe lequel. La chose était tombée on ne sait comment dans la boutique, du film Aliens, le retour de James Cameron qui avait été tourné en Angleterre quelques années plus tôt. Arnaud Grunberg l’a acheté et emporté, comme un trophée, dans un taxi. On était en 1989, et sa collection d’objets de cinéma démarrait sous les meilleurs auspices. Ce n’était toutefois pas un débutant. Depuis 1977, et la sortie en France du premier épisode de la Guerre des étoiles, l’enfant avait commencé à amasser des produits dérivés. Une autre collection demandait à éclore avec cet œuf, son premier objet de film. Vingt ans plus tard, Arnaud Grunberg, 44 ans, possède plus de 1 500 pièces provenant de quelque 80 films et séries. En 2008, celui qui est aussi président du conseil de surveillance de Ludendo (les magasins la Grande Récré) a fondé une société, les Archives de la science-fiction, pour gérer sa collection. Dans le cadre de l’exposition de la Cité des sciences, sa première - «Jusqu’ici, je n’avais pas le temps», lâche-t-il -, il a prêté 170 objets, costumes de Star Trek ou de Dune, aliens, robots, masques ou maquettes de vaisseaux. L’enfant passionné par la Guerre des étoiles a désormais le robot R2-D2 ayant servi au tournage de L’Empire contre-attaque, en 1979. Il détient aussi la plupart des planches du story-board, dessiné à la main, de cet épisode de Star Wars. Le jeu complet en compte 650, il lui en manque 80… Convoitise du collectionneur qui renifle dans le monde entier la trace de ses lacunes. Et qui n’est pas le seul. Grunberg évoque Steve Sansweet, ex-directeur des relations avec les fans chez Lucasfilm, qui est aujourd’hui le plus grand collectionneur d’objets Star Wars au monde. «Avant, tout passait à la benne après les tournages, raconte Grunberg. La conservation des objets n’était pas prévue.» Certains techniciens ont mis de côté des costumes, revendus ensuite. Puis les accessoires ont attiré de plus en plus d’amateurs. Les producteurs en sont venus à les vendre aux enchères après la fin des tournages. C’est ainsi que Grunberg a acheté, en 1995 chez Christie’s, la tenue de Batman. «Pas très cher,environ 1 200 livres [1 400 euros, ndlr]», consent à divulguer le cinéphile, qui ne donnera plus aucun prix. Une salle de la Cité des sciences est accaparée par un vaisseau spatial grandeur nature (9 m de long) acquis il y a deux ans. C’est le Viper-Mark II de Battlestar Galactica, la série de 2003. Les autres vaisseaux sont des maquettes, parfois des reproductions que Grunberg a commandées à Martin Bauer, «l’excellent modéliste» et maquettiste en chef sur Alien. Bauer a ainsi refait le vaisseau de Cosmos 99, une série britannique diffusée entre 1975 et 1978. Collectionner suppose de «chercher les objets, réussir à les obtenir, assurer le transfert, les dédouaner, les réparer», explique Grunberg, qui dit en trouver surtout en Angleterre. Mais il y a comme des trous et des envies. Il y a la veste, mais pas le pantalon, du costume de Rick Deckard que porte Harrison Ford dans Blade Runner. «On essaye de récupérer son pantalon le mois prochain.» Le collectionneur a bloqué une maquette de Stargate, est sur le coup pour une belle extraterrestre de Galaxy Quest et donnerait beaucoup pour un certain rapport sur l’état des océans qui apparaît dans Soleil vert, de Richard Fleischer. Mais ce rapport est probablement dans les limbes depuis belle lurette (1). Arnaud Grunberg caresse des yeux ses objets exposés dans les vitrines. Il déclare de manière inattendue être heureux de posséder la pierre tombale de l’extravagant scientifique de Retour vers le futur, Emmett Brown, mort dans le passé le 7 septembre 1885. Un objet de cinéma nostalgique, comme risque de le devenir le marché, avec l’utilisation exclusive du numérique. «Les maquettes, les robots… Tout est en image de synthèse. Regardez Avatar…» Avatar, ou le début de la fin du bon vieil accessoire de cinéma. Paru dans Libération du 30/12/2010 (1) Nous apprenons, au moment de boucler cet article que, depuis notre entretien, la belle extraterrestre de Galaxy Quest et, surtout, le pantalon de Rick Deckard, sont désormais des pièces de sa collection. Ainsi qu’un robot de Terminator 4.
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:



