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mercredi 24 septembre 2008 08:15

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L’esclandre à Baader

Un film sur la RAF fait polémique outre-Rhin

par Nathalie Versieux

tag : Allemagne

Scène de prise d’otages avec petites mitraillettes et pattes d’eph. photo constantin film.jürgen

Der Baader-Meinhof Komplex ( la Bande à Baader, sortie française prévue le 12 novembre) n’est pas encore sur les écrans allemands (il sort cette semaine) qu’il suscite déjà une vive polémique alors que le German Films vient d’annoncer qu’il l’avait choisi pour représenter l’Allemagne aux oscars dans la catégorie meilleur film étranger. Cette superproduction au budget de 20 millions de dollars est produite et écrite par Bernd Eichinger –l’homme qui était déjà à l’initiative du très controversé la Chute, sur les derniers jours de Hitler–, et s’inspire du livre du même nom, publié pour la première fois en 1985 par Stefan Aust, l’ancien rédacteur en chef de l’hebdomadaire d’investigation Der Spiegel.

En deux heures et demie bruyantes et sanglantes, d’un meurtre à l’autre, d’un attentat à l’autre, ce biopic de l’escouade terroriste Fraction armée rouge signé du réalisateur Uli Edel (auteur de Moi, Christiane F. en 1981) nous fait réviser l’histoire allemande. Comme dans le livre d’Aust, la Bande à Baader s’en tient aux seuls faits : dix ans de terrorisme d’extrême gauche en Allemagne, de la mort de l’étudiant Benno Ohnesorg en 1967 (tombé sous les balles de la police alors qu’il participait à une manifestation paci­fique contre le Shah d’Iran) à l’assassinat de Hans-Martin Schleyer. Le patron des patrons allemands avait été enlevé par la Fraction armée rouge (RAF) pour obtenir la libération ­d’Andreas Baader, Gudrun Ensslin, Jan-Carl Raspe et Irmgard Möller, emprisonnés près de Stuttgart dans des conditions souvent inhumaines. « Le film va changer le débat sur le terrorisme allemand », s’enthousiasme le Spiegel. « Pas d’idées, aucune. Aucune tentative sérieuse d’interpréter les faits, d’analyser cette époque », déplore pour sa part le quotidien berlinois Tagesspiegel, piqué d’avoir été comme tous ses confrères, à l’exception du Spiegel et du Frankfurter Allgemeine Zeitung, exclu des avant-premières.

Eichinger rompt avec cette forme de romantisme qui a longtemps entouré les longs métrages ou la littérature consacrés aux membres de la bande à Baader. Les films de Fassbinder (la Troisième Génération), de Margarethe von Trotta (les Années de plomb) ou de Volker Schlöndorff (l’Honneur perdu de Katharina Blum) s’attachaient à l’individu terroriste plus qu’aux crimes. Loin de l’absolutiste libertaire mort pour la cause, le Baader d’Eichinger (interprété par la star germanique Mortitz Bleibtreu) a tout d’un parfait macho : irascible, grossier, amateur de belles bagnoles, de jolies filles, de gros calibres et de cigares, son personnage est somme toute peu intéressant. Mais le film ne va pas au-delà. Et le spectateur reste sur sa faim… On se demande avec quelle aura Baader a pu enflammer toute une génération. La RAF, qui a laissé derrière elle plus de 30 cadavres, a compté près de 70 membres actifs, toutes générations confondues, et des milliers de sympathisants sans qui les terroristes n’auraient pu se cacher si longtemps.

On se demande aussi ce qui a mené Ulrike Meinhof (interprétée par Martina Gedeck) à son étonnante radicalisation à plus de 35 ans, alors qu’elle est mère de famille et jouit d’une véritable reconnaissance dans les milieux intellectuels. Seul le chef des unités spéciales du BKA, Horst Herold (superbement interprété par Bruno Ganz), propose quelques pistes de réponses, évoque le clash entre générations qui rend toute communication impossible entre ceux qu’on appellera plus tard les soixante-huitards et leurs parents –qui ont soutenu le nazisme– et pointe l’incapacité des politiques à réformer une société figée.

Les Allemands n’en ont pas fini avec la bande à Baader... Long Schadows, une fiction de Connie Walther, doit à son tour sortir sur les écrans, en novembre. Là encore, le film a provoqué une polémique avant sa sortie pour avoir fait appel aux conseils d’un terroriste repenti. Peter-Jürgen Boock, impliqué dans l’enlèvement de Hans-Martin Schreyer, qui a perçu des honoraires de consultant en partie versés grâce au soutien financier accordé au film par l’Etat.

Paru dans Libération du 24 septembre 2008


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