Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Connard de beurre demi-sel !

Ces poètes de cuistots dans « Top Chef »

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

lundi 28 janvier 2013 20:36

  • télévision

L’espoir déchu du « Vieux Chef » afghan

par Luc Mathieu

tag : Canal+

DR

Le Vieux Chef et les talibans
Enquête de Pascale Bourgaux dans le cadre du magazine « Spécial investigation »
Canal +, ce soir, 22 h 45.

 

Mamour Hasan est un homme sympathique. Calme et souriant, le chef du village de Dasht-e-Qaleh, dans le nord-ouest de l’Afghanistan, semble aussi à l’aise dans les tranchées d’un champ de bataille que dans les travées des bazars. La journaliste Pascale Bourgaux l’a rencontré et suivi durant plusieurs mois, entre 2001 et 2010. Elle a dormi dans la maison familiale aux jardins ceints de hauts murs, discuté avec ses femmes et ses enfants, interrogé ses amis et ses anciens compagnons d’armes. Elle en a tiré un documentaire remarquable de justesse et de sobriété diffusé dans la case Spécial investigation de Canal+. Sans faire intervenir experts, hommes politiques ou militaires de l’Otan, sans jamais filmer au-delà des montagnes qui surplombent les méandres de la rivière du village, Pascale Bourgaux a réussi à montrer la déliquescence d’un pays usé par dix ans de promesses non tenues.

Issu d’une puissante famille ouzbèke, Mamour Hasan est un « seigneur de guerre », comme disent les Afghans. Allié du commandant Massoud, il a combattu les talibans jusqu’à les chasser de sa vallée lorsque les Etats-Unis ont lancé leur offensive en Afghanistan, à la fin 2001. L’année suivante, Mamour Hasan se prend à espérer. Il est persuadé que l’islam « modéré » qu’il revendique peut s’imposer après celui, radical, des talibans. Il va jusqu’à accepter le désarmement proposé par le tout nouveau gouvernement central. Il est riche — il touche un droit de douane sur toutes les marchandises, légales ou non, qui franchissent la frontière du Tadjikistan — et son fils Atahullah est prêt à prendre la relève. C’est le temps de la paix et des inaugurations d’écoles et d’hôpitaux.

Six ans plus tard, en 2008, Mamour Hasan a maigri et les traits de son visage se sont tendus. Ses rides ne sont pas dues qu’au vieillissement. Inquiet, l’ex-commandant pressent que le gouvernement installé à Kaboul, la capitale, ne pourra pas assurer la sécurité dans sa lointaine province. Il n’y a que quinze policiers afghans pour 60 000 habitants. Dans le village, un ancien taliban devenu mollah critique publiquement la nouvelle justice. « Aujourd’hui, les voleurs sont menottés et emmenés en prison. Le lendemain, quatre corrompus arrivent et le font libérer. Les règles de la charia ne sont plus appliquées », crie-t-il devant une petite assemblée qui acquiesce.

En 2010, Mamour Hasan n’est plus que l’ombre du seigneur qu’il a été. Il erre dans son jardin où travaillent quelques-uns de ses anciens lieutenants. Parfois, le soir, alors que femmes et enfants regardent, captivés, la télé, il s’interroge sur ses choix. Son rang et ses succès contre les talibans auraient pu lui assurer une place dans le nouveau gouvernement et de rémunérateurs contrats de reconstruction. Comme d’autres moudjahidin, il pourrait vivre à Dubaï, dans une maison climatisée valant plusieurs centaines de milliers de dollars. « Mais au moins, je suis respecté dans mon village alors qu’eux ne peuvent plus revenir en Afghanistan. Même 100 gardes du corps ne suffiraient pas à assurer leur sécurité », veut-il croire. Déprimé, Mamour Hasan s’énerve contre le gaspillage de l’argent de la communauté internationale. Il s’inquiète du sort des vendeurs du bazar qui gagnent moins d’un dollar par jour. Il montre le pont, seule voie pour rejoindre Kaboul, qui menace de s’effondrer et que personne ne répare.

Abandonné, le village est désormais en danger. Les talibans, qui n’ont jamais pu s’en emparer lorsqu’ils étaient au pouvoir, ne sont qu’à quelques kilomètres. Les militaires allemands censés sécuriser la zone n’ont pas été vus depuis trois ans. Mais la menace n’est pas que militaire. Les doutes et les désillusions ont gagné les habitants d’un village où l’imam appelle à « se sacrifier pour la guerre entre l’islam et les mécréants ». De retour sur la ligne de front où il combattait avec son père, Atahullah raconte qu’il a cru à la démocratie jusqu’à cette bavure des forces de l’Otan dans la province voisine qui a tué 180 personnes. Alors oui, dit-il, de plus en plus d’habitants sont prêts à accepter que les talibans viennent pour « remplir le vide » créé par un Etat qui les a abandonnés. Mamour Hasan ne veut pas y croire. Il affirme que son fils n’a rien compris, qu’il ne les connaît pas et qu’il changera d’avis. Mais il est trop tard. Cerné par les talibans dans son village, l’ancien seigneur de guerre l’est aussi dans sa propre famille.

 

Paru dans Libération du 28 janvier 2013


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager sur Facebook TweetPartager sur Google+

Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

Canal+ - Canal + : Arnaud Lagardère pratique la langue de bluff

article précédent
Vendredi à poils : spécial Nyalan
article suivant
Google ajoute Pyongyang à sa carte


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager sur Facebook
  • Partager sur Google+

Actualit

  • La mission Lescure envoie son coordinateur au CSA
  • Silence on joue ! La Xbox One, Metro Last Light
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast : Tumblr, rapport Lescure et Google
  • Ecrans.fr, le podcast : Tumblr, le rapport Lescure et Google
  • « Monsieur et Madame Zhang », retour perdant

Lib.fr

  • «Bunga bunga» : Ruby dit avoir menti
  • La France compte 67 839 détenus, un nouveau record
  • Frigide Barjot n'ira pas manifester dimanche, mais peut encore changer d'avis
  • Êtes-vous plutôt pétrole, nucléaire ou éolien ?
  • Les députés votent la fin de la gratuité des prépas
publicité

Etonnant, non ?

img75
L’art de la table

Chaque jour du mois de mars, l’artiste Hong Yi a créé une œuvre d’art en respectant deux règles : 1) utiliser uniquement de la nourriture et 2) faire d’une assiette blanche la toile de fond.


Chronophage

Minimalist Mayhem

Pas de bol : on menait une vie bien tranquille de petit cube gris dans son monde gris, et voilà que d’extravagants aliens débarquent pour nous pourrir la vie.


En bref

img75
Hadopi : Aurélie Filippetti décrète la fin de la coupure

La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, a annoncé que la coupure d’accès à Internet, dernière des sanctions graduées en cas de piratage, serait supprimée par décret « extrêmement rapidement ».


Vendredi, à poils !

img75
Sushis et chats-shimis

Le Japon aime les chats ; le Japon aime les sushis. Et certains étranges personnages japonais aiment donc les chats-sushis.


Inutile donc inutile

img75
Sur le bout des onglets

Bon c’est sûr, il faut aimer l’accordéon.


Vidéo box

img75
Animation atomique

Sorti il y a quinze jours sur YouTube, « A boy and his atom » est le premier film animé de l’histoire avec... des atomes.




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008