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vendredi 4 septembre 2009 17:01

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L’essor d’une gang génération

Respecté par les deux principales bandes du pays, Christian Poveda avait accepté d’être leur médiateur auprès du nouveau gouvernement.

par Gérard Thomas

tag : documentaire

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Poveda mort au Salvador

Installé depuis quatre ans dans le pays, le photoreporter et documentariste a été assassiné mercredi. Il s’apprêtait à venir présenter en France son film "La Vida Loca", plongée humaniste dans l’enfer des gangs de la capitale d’Amérique centrale.

Assassiné par une «bicha puta» (membre de la bande des «Salvatrucha»), abattu par un «diesiochero» (la bande des «18») ou exécuté par un «jura» (un policier) ? ­Entre deux prises de vues, ­Christian Gregorio Poveda Ruiz, dont le corps criblé de balles a été retrouvé mercredi au lieu-dit Las Cañas, dans une sordide banlieue nord de San Salvador, s’était amusé à dresser un lexique de l’argot des «maras», ces gangs de jeunes Salvadoriens qui se livrent une guerre impitoyable.

Ils se font appeler «la bête» ou «le requin» , se déchirent la peau de tatouages à l’effigie de leur bande, s’étripent pour le contrôle du territoire, du trafic de drogue, de l’extorsion de fonds ou de l’enlèvement contre rançon, et ne reconnaissent que l’autorité du chef, souvent le plus cruel d’entre eux. Par ses photographies (voir Next du mois de novembre 2008) et à ­travers son film la Vida Loca, Poveda a tenté de rendre compte, sans empathie ni jugement, du quotidien de cette génération perdue de délinquants accrochés au principe du «vive para ­matar, mata para vivir» ( «vis pour tuer, tue pour ­vivre»).

Ces bandes sanguinaires sont nées dans les années 1980 aux Etats-Unis, du côté de Los Angeles où de nombreux Centro-Américains – clandestins pour la plupart –avaient trouvé un refuge précaire à la misère et aux dictatures. Les maras, constituées pour faire face aux bandes rivales de Mexicains, compteraient toujours quelque 50 000 membres aux Etats-Unis, 35 000 au Honduras, 15 000 au Guatemala et autant au Salvador.

Expulsés massivement des Etats-Unis à partir de 1992, après douze ans d’une guerre civile qui a endeuillé le Salvador (70 000 morts), les gangs s’y sont développés. Ils n’ont d’ailleurs eu aucun mal à s’enraciner dans un pays où le récent passé de violence et la pauvreté constituaient un terreau fertile à leur existence.

Vingt ans de répression policière et ­militaire n’ont pas réussi à endiguer les ­activités des mareros (membres d’une mara) au Salvador. Mais les règlements de compte entre les deux principaux rivaux, les «Salvatrucha» et les «18», ont fait près de 3 750 morts l’an dernier. Leurs chefs souhaitaient profiter de l’arrivée au ­pouvoir de Carlos Mauricio Funes, un président de gauche qui a pris ses fonctions au mois de juin, pour tenter de mettre un terme aux ­tueries.

En avril dernier, un mail de Christian, qui avait su ­gagner le respect des gangs, nous annonçait : «Ils m’ont demandé d’être leur ­médiateur, ce que j’ai accepté. Dans le cas d’un accord, j’espère qu’il en découlera des négos avec le nouveau gouvernement. Ce sera le principal objectif de ma médiation, sinon cette paix ne ­durera que quelques heures. La partie est loin d’être gagnée…» Sa détermination n’était certainement pas du goût de tout le monde.

Paru dans Libération du 4 septembre 2009


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