lundi 18 janvier 2010 17:23
L’homme à tête de chouchou
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : documentaire , musique
Jane Birkin et Serge Gainsbourg en 1969. Photo Bernard Lipnitzki. Roger-Viollet
Gainsbourg, l’homme qui aimait les femmes
réalisé par Pascal Forneri et écrit par Didier Varrod
France 3, ce soir, 20h35.
Vite, vite, avant que nos oreilles, à force de trop entendre parler du Gainsbourg de Sfar, se changent en feuilles de chou, voyons à quoi ressemblait la vraie vie du Sergio. Enfin, sa vraie vie… Celle, du moins, qu’il voulait bien nous faire avaler à coups d’abondantes émissions de télé, celle du tombeur invétéré, de l’homme à femmes. A première vue, rien que du connu, donc, du balisé, du pas original pour un sou. On n’échappera ainsi pas à la séquence où un Gainsbourg complètement pété balance : « I want to fuck you » à une Whitney Houston hors d’elle (commentaire de Bambou : « C’était un compliment… Bon, c’était un peu cru »). Ni à la légende de Je t’aime… moi non plus, chantée et enregistrée avec Bardot mais que Gainsbourg accepta de ne pas sortir par égard pour le légitime et cocufié époux de BB. Avant de la réenregistrer avec Jane Birkin, provoquant le scandale que l’on sait. On aura droit aussi à la France Gall de 17 ans se livrant à une explication de texte des Sucettes : « C’est une petite fille qui aime bien les sucettes à l’anis et qui les achète au drugstore, c’est tout, non ? » A côté, Gainsbourg, hilare : « Ah d’accord… » Mais bof, c’est aussi dans ces extraits ressassés que le transi gainsbourgeois trouvera son compte : on se souvenait de France Gall, on avait oublié la tronche du Gainsbourg en train de l’écouter, qui vaut mille. Plus rare, en écho aux Sucettes, une chanson de la même époque : « Ouvre la bouche, ferme les yeux, tu verras, ça glissera mieux », gouaillé par Régine. Qui, elle, avait saisi que, quand Gainsbourg lui fait chanter « avaler la purée », il ne s’agit pas d’une petite fille qui aime bien la Mousline. Le docu écrit par Didier Varrod (déjà auteur de plusieurs portraits de chanteurs populaires, Véronique Sanson, France Gall…) joue de ce champ-contrechamp d’archives, dont certaines raretés. Il réalise un collage d’images, où les commentaires en voix off (dont ceux, recueillis pour l’occasion, de Buzy, Juliette Gréco ou Françoise Hardy) répondent aux extraits, et vice-versa. Gainsbourg, l’homme qui aimait les femmes, dit le titre, ou plutôt l’homme qu’aimaient les femmes. Il faut le voir rougir — et pourtant, c’est en noir et blan c — au « garçon extraordinaire » que lui sert Denise Glaser, le couvant de son œil charbonneux. Il faut le voir fier comme un bar-tabac de son Anglaise qu’il présente dans toutes les émissions, de Gilbert en Maritie Carpentier. Sa Jane, son « boudin », comme il dit, celle dont il redoute qu’elle finisse par le quitter si elle a trop de succès (« Ça va te monter au citron… »). En fait, plus le documentaire avance, plus il s’éloigne de son thème éculé pour zoomer sur Gainsbourg dans toute sa noirceur, jusqu’aux murs de son musée de la rue de Verneuil. « Est-ce par cynisme que vos murs sont noirs ? », interroge un animateur. Gainsbourg s’indigne presque : « Non, par rigueur. » Paru dans Libération du 18 janvier 2010
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