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jeudi 29 octobre 2009 11:45

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L’horizon du cinéma en ligne

par Olivier Séguret

tags : cloud computing , Disney

Pour traduire l’expression cloud computing, l’Office québécois de la langue française propose « informatique dans les nuages ». C’est joli, mais ça donne l’idée d’une forme lointaine et nébuleuse contraire à la réalité  : le cloud computing, qui consiste pour les colosses du Net, tel Google, à construire de gigantesques fermes pour ordinateurs en batterie (l’une d’entre elle, construite par Apple, connectera bientôt entre eux jusqu’à un million de serveurs), connaît un développement bien réel et foudroyant. Il permet d’alléger le travail des ordinateurs personnels en donnant aux usagers la possibilité de déposer à distance dans ces data centers tout ce qui en alourdit d’ordinaire la mémoire  : messageries, applications, données, etc.

Particuliers comme entreprises (qui peuvent y archiver leur comptabilité par exemple) ont de plus en plus recours, sans toujours le savoir, au cloud computing. Longtemps, l’affaire des entreprises spécialisées dans le high-tech et la net-économie, le cloud computing est devenu la dernière chose dont on parle à Hollywood depuis que le Wall Street Journal, puis Variety ont fait état des intentions de Disney dans ce domaine. « Keychest » est le nom de code de ce projet, ainsi que de la technologie que Disney entend promouvoir. Il se présente comme un système de distribution permettant au consommateur d’accéder à des contenus n’importe où, à n’importe quel moment et à partir de n’importe quel support. Le principe, fondé sur la constitution d’un « nuage numérique », consiste pour l’acheteur à payer un prix unique pour un accès permanent à des programmes stockés sur des serveurs à distance, qui ne seront jamais téléchargés mais resteront toujours accessibles via une large variété de supports comme les smartphones, les PC ou les lecteurs Blu-ray. Un code ou une clé numérique personnelle serait le seul sésame nécessaire.

Variety explique que l’initiative de Disney, observée de près par tous les autres grands studios hollywoodiens, « pourrait marquer un tournant radical dans le métier, le business n’étant plus de vendre le téléchargement de films ou de programmes télé mais de vendre un accès à du contenu ». C’est ce que signifie en d’autres termes le Wall Street Journal, qui a dévoilé l’information sous le titre « Disney a trouvé le moyen de se débarrasser du DVD », précisant que le système Keychest « permettrait à un possesseur du code du Roi Lion,par exemple, de débuter le visionnage de son film sur son PC portable, de le poursuivre sur sa télé et de l’achever sur son téléphone ». Selon les propos rapportés par le quotidien, Bob Chapek, président de Disney Home Entertainment, évalue « à cinq ans, le temps nécessaire pour que le système Keychest contribue substantiellement aux bénéfices du studio ».

D’après Variety, ce système ne devrait pas être disponible avant quelques années, mais on ne sait pas s’il s’agit de l’expression d’un doute professionnel ou d’une prudence corporatiste. L’organe des professionnels de Hollywood rappelle en tout cas qu’un projet comparable réunit les autres grands studios, à l’exception de Disney  : le DECE (Digital Entertainment Content Ecosystem) qui vise à la création d’un format numérique universel permettant d’accéder à du contenu « digital » depuis n’importe quel objet capable d’en lire. Isolé, mais partageur, Disney a fourni des démonstrations de son système aux autres studios et annoncé une importante communication officielle en novembre. Selon la rumeur, la compagnie Mickey disposerait d’un allié de poids dans la lutte d’influence qui s’annonce  : Apple, dont le PDG, Steve Jobs, est un important actionnaire de Disney et qui ne fait pas partie non plus du projet DECE, mais que le cloud computing et la distribution numérique intéressent au plus haut point…

Paru dans Libération du 28 octobre 2009


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