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jeudi 11 juin 2009 17:36

  • télévision

L’idée d’une fusion des rédactions met France 3 en ébullition

Le regroupement suggéré par Arlette Chabot suscite la défiance des journalistes.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : journalisme , France Télévisions

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«Le réflexe a remplacé la réflexion»

Angoissés par l’évolution de leur travail, les équipes de la Trois tentent de redéfinir leur ligne éditoriale.

Entre « délitement » et « pourrissement ». Voilà l’état de la ­rédaction nationale de France 3 de l’aveu même de ses journalistes. Les fesses coincées depuis toujours entre les éditions régionales et les JT de France 2, elle redoute aujourd’hui carrément « l’écrasement ».

Mais l’assemblée générale convoquée hier par la Société des journalistes (SDJ) s’est cristallisée sur un mot. Celui qu’a prononcé mardi Arlette Chabot, appelée à devenir la grande patronne de l’info de France 2 et de France 3  : « Fusion. » C’est lors d’un pot suivant la remise d’une bourse à une étudiante en journalisme qu’Arlette Chabot s’est confiée à deux journalistes de la SDJ. « Certes, c’était entre deux petits fours, raconte l’une d’entre elles lors de l’AG, mais elle l’a dit  : “Nous allons à la fusion.” » A Libération qui l’interrogeait sur ces propos, Arlette Chabot a lancé un énigma­tique  : « Ce n’est pas convenable. »

A maintes reprises pourtant, le président de France Télévisions, Patrick de Carolis, a pris soin de démentir tout projet de fusion. Mais le passage à l’entreprise unique, où les rédactions de France 2 et France 3 dépendront d’une seule direction, confiée à Arlette Chabot, inquiète  : la réorganisation prévoit la mise en commun des services techniques, des banques d’images ou encore la création d’une seule rédaction pour le Web. On prête aussi à Chabot le désir de saucissonner en trois la rédaction nationale  : un tiers irait grossir les rangs du Web, un tiers pourrait être concerné par le plan de départs à la retraite déclenché la semaine dernière, et le dernier tiers resterait en place.

Pour les journalistes de la rédaction nationale, c’est la cerise sur le pompon d’un gâteau bien amer  : « Il y a une accumulation de faits où on est réduit au rôle de supplétif de France 2 », râle Bertrand Boyer, président de la SDJ. Exemple  : un site web pour le Festival de Cannes que devaient réaliser en commun France 2 et France 3 dont la Trois est éjectée  ; une conférence de presse de Xavier Darcos dont l’accès est interdit à France 3 parce que France 2 a négocié une exclu…

Mais c’est la soirée électorale de dimanche, reléguée à 23 h 10, qui a mis la rédaction nationale en pétard. Et ce alors que, peste Boyer, « on est la seule rédaction à avoir une rédac européenne ». Pascal Verdeau, l’un de ses membres, raconte  : « Dimanche, à Bruxelles, il y avait une centaine de chaînes du monde entier qui faisaient des directs, moi, j’ai rasé les murs. » Surtout que le 19/20 a été écourté pour laisser à France 2 l’exclusivité d’annoncer les résultats des élections.

Question de complémentarité, plaide France Télévisions  : on démarre sur la Deux, on poursuit sur la Trois. Mais, à en croire les propos de Chabot rapportés par des journalistes, ça va plus loin  : « A partir du moment où il y a TF1 en frontal, il faut que ce soit France 2 en face, il n’y aura plus de soirée électorale en même temps sur France 3, y compris pour les régionales. »

Voilà qui ne va pas arranger les relations entre les deux rédactions publiques. « Mais ce n’est pas un problème de chapelles, plaide le journaliste Serge Cimino, c’est un problème de religion. » D’où le livre blanc de la rédaction nationale, dans lequel elle s’épanche mais exprime aussi sa foi dans son métier et une info à sa façon.

Pas naïve sur le sort que sa direction pourrait réserver à son livre blanc, la rédaction veut « faire du bruit ». En fin d’AG, Bertrand Boyer s’interroge  : « Est-ce que la question d’une motion de défiance doit être posée  ? » En face, la petite centaine de journalistes réplique aussitôt  : « Oui  ! »

Paru dans Libération du 11 juin 2009


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