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vendredi 5 septembre 2008 07:40

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L’importance d’être Anglais

En Angleterre, des musulmans entre dérive islamiste et échec d’intégration.

par Bruno Icher

tag : Royaume-Uni

DR

Les Graines de la colère de Peter Kosminsky
avec Riz Ahmed, Manjinder Virk, Mary Stockley…
ARTE, Vendredi 5 septembre à 21 heures (parties 1 et 2, 3 h 50).

C’est au lendemain des attentats qui ont frappé Londres le 7 juillet 2005 que Peter Kosminsky s’est attelé à ce projet. Un film grand public, destiné la télévision, afin d’affronter sans concession le constat d’échec d’une société : les jeunes gens qui se sont suicidés en faisant exploser leurs vestes bourrées de dynamite dans les transports publics de la capitale britannique étaient tous nés en Angleterre. Ils y avaient suivi toute leur scolarité, s’habillaient comme n’importe quel jeune de leur âge, possédaient un iPod et étaient supporters de Manchester United. Des « Britz » donc, titre original du film qui reprend le terme mi-familier mi-moqueur employé par les indo-pakistanais vivants en Grande-Bretagne pour désigner les Britanniques. Conservateurs ou travaillistes, banquiers ou chômeurs longue durée, bourgeois ou prolos, bonnes gens ou voyous, ceux qui forment la complexe société britannique dont ils éprouvent chaque jour la douloureuse et humiliante sensation d’être exclus.

Pour développer son propos, Kosminsky a choisi de raconter deux fois la même histoire variant d’un film à l’autre selon le point de vue des personnages principaux. Dans la première partie, il nous emmène dans le sillage de Sohail (Riz Ahmed), un jeune étudiant en droit qui veut tellement croire en son « anglitude » que la question confine pour lui à l’obsession. Il méprise les prédicateurs de mosquée, se moque de ses copains musulmans qui s’habillent comme des immams et se croit obligé d’affirmer ses convictions en s’engageant dans le MI5, les services secrets britanniques. Depuis James Bond, l’institution a bien changé. Grâce aux lois antiterroristes promulguées par l’équipe Blair, les arrestations sur simple présomption se multiplient tandis que les agressions racistes et les injures lancées à la volée dans la rue ne connaissent aucune trêve. Et Sohail, peu à peu, devient un traître. A son enfance, ses amis, sa famille, ses origines. Mais, en dépit de son enthousiasme sans bornes, il ne sera jamais qu’un « Paki » que des flics un peu énervés peuvent insulter en toute impunité.

Dans la seconde partie, Kosminsky suit le parcours de Nasima (Manjinder Virk), la sœur de Sohai. Elle est étudiante en médecine et, comme la plupart des jeunes filles de la deuxième ou troisième génération, elle dissimule à ses parents sa propre modernité : elle est amoureuse d’un jeune noir, milite activement contre les lois scélérates de Blair ou l’envoi des troupes britanniques en Irak et défend l’émancipation des femmes dans sa communauté. C’est tout à la fois un événement tragique et le constat de son impuissance qui la précipite dans les bras d’un réseau terroriste…

Avant ce film, Peter Kaminsky avait déjà mis les pieds dans le plat à plusieurs reprises avec des fictions coups de poing sur des sujets comme la guerre en Yougoslavie (Warriors, 1999), les années Tony Blair (The Project, 2002) ou encore l’affaire David Kelly (The Government Inspector, 2005) à propos de ce scientifique britannique spécialiste des questions de désarmement, littéralement poussé au suicide par l’équipe de Blair par une campagne de dénigrement ignoble quand il avait émis des réserves sur la présence d’armes de destruction massive en Irak. A chaque fois, le cinéaste était parvenu à toucher avec une précision chirurgicale le cœur du problème. Cette fois, hélas, la démonstration n’est pas aussi éclatante. Principalement parce qu’il met en place un personnage qui n’existe pas. Ce jeune homme, un peu trop sympa, un peu trop beau, qui devient serviteur zélé d’un système qui bafoue les droits les plus élémentaires de sa propre communauté, est une allégorie un peu trop lourde à manier. Dans une récente interview, le réalisateur a d’ailleurs confié un début d’explication : « Il a été beaucoup plus difficile d’imaginer mon personnage "pro-British" car nous n’en avons rencontré aucun lors de nos entretiens. »

L’autre bizarrerie du film tient aux toutes dernières secondes. Une vidéo enregistrée par la jeune fille qui a l’intention de commettre un assassinat suicide. Elle lance un réquisitoire violent contre cette société de veules qui détourne le regard des atrocités commises en Irak, qui continue à voter pour les politiciens qui mettent en place des lois liberticides et qui, surtout, préfèrent leur confort médiocre à toute forme d’engagement.

Le message a d’autant plus de mal à passer que le film vient justement de montrer sous toutes les coutures l’échec patent du combat démocratique qui conduit soit vers une forme de collaboration avec un régime paranoïaque sur une pente totalitaire, soit à une guerre sainte. Alors, à qui, au juste, s’adresse ce message ? Kosminsky ne prend pas le risque de le dire. Comme si le réalisateur était, lui aussi, victime d’impuissance à décrire l’impasse où nous nous précipitons.


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