mercredi 12 novembre 2008 12:43
L’instinct suédois des « Grandes Personnes »
Viking. Délicate comédie de mœurs d’Anna Novion autour d’un père et sa fille en Scandinavie.
par Gilles Renault
tag : Suède
DR
Les Grandes Personnes, d’Anna Novion, avec Jean-Pierre Darroussin, Anaïs Demoustier, Judith Henry... 1h24.
La Suède a favorisé la genèse des Grandes Personnes et, juste retour sur investissement, le premier film d’Anna Novion suggère effectivement des envies de villégiature du côté de Styrsö, Finistère septentrional où la vie paraît glisser sans heurt apparent. Par un été paisible, un père et sa fille viennent d’ailleurs y poser leurs bagages, dans une maison louée pour l’occasion –mais pas aussi vide que prévu. Muni d’un détecteur de métal, le premier espère découvrir un mystérieux trésor viking ; la seconde suit le mouvement avec une patience où alternent feinte complicité et indifférence polie. Le postulat duplique le récent et médiocre King of California, de Michael Cahill, avec Michael Douglas. Mais Anna Novion, qui couve son projet depuis 2001, ne préfère pas citer Hou Hsiao-Hsien ou Jacques Rozier (Du côté d’Orouët) pour rien. Et l’intrigue balbutiante des Grandes Personnes s’estompe vite, au profit d’une étude de caractères délicate, enrichie par quelques figures annexes ; à commencer par Christine, autre Française déroutée, dont on devine l’équilibre précaire sous le dynamisme apparent. Dès lors, chacun se croise, s’observe dans un contexte insulaire où, au bistrot comme à la supérette ou au bord de l’eau, on retombe toujours sur les mêmes (plus ou moins) Grandes Personnes. Une pointe d’incongruité par ci, quelques touches sentimentales par là, Novion additionne les solitudes pour composer, sur le mode de la comédie tempérée, une partition sensible qui a le mérite de ne jamais afficher des prétentions démesurées. Jean-Pierre Darroussin (qui tourne trop) est parfaitement insupportable en premier de cordée ratiocineur et moraliste à vous dégoûter à tout jamais du tourisme culturel (« alors aujourd’hui, visite des sépultures vikings ! »). Judith Henry (qui ne tourne pas assez) apporte au panorama un subtil mélange de tonus et de fragilité. Anaïs Demoustier (qui tourne de plus en plus –cinq films en 2008) confirme qu’à 21 ans elle fait partie de ces jeunes comédiennes qui n’ont pas besoin de gesticuler pour exister. Paru dans Libération du 12 novembre 2008
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