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vendredi 22 janvier 2010 16:50

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L’offensive américaine pour un Internet libre

par Camille Gévaudan

tags : politique , liberté d’expression , Google , censure , Chine , filtrage , États-Unis

Hillary Clinton au Newsmuseum, hier.

« A l’instant où je vous parle, des censeurs gouvernementaux travaillent avec zèle, quelque part dans le monde, pour effacer mes mots des archives de l’histoire. » C’est d’un ton parfois mélodramatique que Hillary Clinton s’est exprimée, hier soir, au Newsmuseum à Washington. Un musée consacré à l’information et au journalisme pour un discours, largement applaudi par les auditeurs, sur la liberté d’expression et d’information : le lieu était voulu symbolique.

L’affaire Google est bien sûr à l’origine et au cœur du contexte ayant motivé le discours, même si la secrétaire d’Etat a évité les références explicites. Le géant d’Internet avait annoncé la semaine dernière que des attaques informatiques « très sophistiquées » en provenance de Chine avaient visé des internautes militants pour les droits de l’homme, et le ministère américain des affaires étrangères avait demandé des explications à Pékin. La réponse chinoise a été expédiée en quelques mots. Mais alors que la société de sécurité informatique SecureWorks a confirmé avant-hier l’origine chinoise des attaques, la tension est montée de plusieurs crans entre les États-Unis et la Chine. Hillary Clinton a profité de son allocution pour élever les libertés d’Internet au rang d’argument diplomatique.

Son ton a durci. Réitérant son appel aux autorités chinoises pour que la lumière soit faite sur l’affaire de surveillance d’e-mails, Clinton a exigé la transparence sur l’investigation menée et les conclusions qui en seront tirées. Façon de dire que le gouvernement est derrière Google, et compte soutenir toutes les entreprises tentées de suivre son exemple : « un nombre croissant d’entreprises américaines choisit de prendre en compte les questions de la liberté d’expression sur Internet dans leurs décisions commerciales, et j’espère que les gouvernements étrangers sauront prêter attention à cette tendance ».

Les destinataires de l’avertissement sont nommés : Chine, Arabie saoudite (où « un internaute bloguant sur le christianisme a été emprisonné », Corée du Nord (où les citoyens sont « isolés des opinions extérieures »), Égypte (où « 30 blogueurs et militants sont détenus »), Vietnam (où « l’accès à des réseaux sociaux populaires a soudainement disparu »), Tunisie et Ouzbékistan (où la censure s’aggrave). Dans ces États où la surveillance et le filtrage du réseau sont souvent justifiés par la circulation de contenus illégaux — incitations à la violence ou au terrorisme, des messages de haine raciale ou religieuse... —, « ces luttes ne doivent pas fournir aux gouvernements une excuse pour violer systématiquement les droits et la vie privée de ceux qui utilisent Internet à des fins politiques et pacifiques. »

Une noble position qu’on pourra tout de même mettre en relation avec le « Stimulus plan » voté par le Sénat américain en février dernier. Certains amendements démocrates du texte envisageaient d’autoriser les FAI à filtrer le réseau dans le cadre d’une répression de la pornographie enfantine et des violations aux droits d’auteurs, mais ils ont finalement été rejetés. A la lumière de l’affaire Google, la secrétaire d’Etat martèle sa conviction que « sous aucun prétexte et dans aucune situation, la censure ne peut être acceptée. Ces principes doivent devenir partie intégrante de l’identité américaine ».

Cette fois, la réponse de Pékin a été moins tendre. Tant pis pour le cadre « positif et coopératif » que Clinton souhaitait conserver pour le débat : le ministère chinois des affaires étrangères a estimé ses déclarations « préjudiciables » aux relations entre les deux États. Dans une réponse sous forme de communiqué, la Chine « exhorte la partie américaine à respecter les faits et cesser d’utiliser la soi-disant liberté (d’accès à) Internet pour proférer des accusations injustifiées ».

À l’occasion de la présentation des résultats financiers de Google pour 2009, Eric Schmidt a annoncé que la décision sur la poursuite de leurs activités en Chine serait prise « dans un délai raisonnablement court ». Marlgré l’ampleur du marché que ce retrait lui ferait perdre, il paraît peu probable que la firme de Mountain View fasse marche arrière alors que le gouvernement américain et les associations de défense des libertés font bloc autour de sa position. Reporters sans frontières a « salué » aujourd’hui le discours de Clinton et appelé les autres sociétés de services Internet, et notamment Microsoft, Yahoo ! et Cisco, à « tenir tête aux censeurs du web et faire front commun pour faire reculer la censure dans les pays répressifs. »

Sur le même sujet :

- « Les parts de marché de Google ne sont pas la raison de leur menace de retrait en Chine. »
- Pékin, big brother mondial
- Google : Pékin s’en moque et pas qu’un peu
- Volte-face de Google en Chine


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