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dimanche 18 octobre 2009 13:33

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L’onde d’un doute

par Catherine Maussion

tags : Wi-Fi , santé

Dessin Beb-deum

Principe de précaution. Le mot n’a pas été prononcé par l’Afsset (Agence de sécurité sanitaire de l’environnement et du travail) qui a présenté, hier, son pavé (469 pages) sur les radiofréquences. Mais il transpire à toutes les pages de l’avis très documenté rendu par l’agence en même temps que son rapport. Ce travail était très attendu. Alors que les procédures devant les tribunaux s’emballent et surtout se durcissent, certaines allant jusqu’à ordonner le démontage des antennes de téléphonie mobile, il y avait urgence à s’appuyer sur un socle de travaux solide. C’est chose faite avec cette expertise qui a passé au crible près de 3 500 travaux scientifiques publiés entre 2005 et 2009 dans des revues internationales.

L’Afsset a brassé large, comme l’a dit hier Martin Guespereau, son directeur général, élargissant son focus à toutes les ondes  : celles utilisées par les professionnels (radars, appareillage médical), celles de la vie courante (wi-fi, réception de la radio, micro-ondes…). Avec au centre de l’exercice, la téléphonie mobile, le sujet qui a focalisé l’essentiel des curiosités scientifiques. Martin Guespereau n’a pas conclu à la dangerosité d’une exposition aux radiofréquences, tout en soulignant que le niveau de preuve n’est pas suffisant pour conclure en la matière. Il a appelé à poursuivre les recherches.

Pour ne pas prêter le flanc aux critiques, l’agence avait joué carte sur table. « Montrons que nous sommes une maison de verre », a redit hier le patron de l’Afsset, attentif à donner une image d’impartialité à son institution. Il avait invité à toutes les auditions de son comité d’experts un représentant des associations militant contre les risques du mobile.

Est-ce la raison qui a valu un accueil relativement favorable des associations  ? Hier, le docteur Patrice Halimi, de Santé Environnement France, saluait l’humilité de l’agence  : « C’est la première fois qu’on nous dit “je ne sais pas”. On est face à une vrai rupture par rapport à tout ce que dit l’agence d’habitude », ajoute Janine Le Calvez, de Priartem. Les associations saluent surtout le message en faveur de la réduction des émissions. Pour autant, l’Afsset s’est refusée à réclamer de nouvelles normes ou à recommander des seuils, bottant ainsi en touche  : « Cela relève de la gestion du risque, a-t-elle affirmé, et ce n’est pas notre domaine. Nous faisons de l’évaluation. »

Aujourd’hui, la patate chaude va rebondir entre les mains des politiques. La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, installe le comité de suivi de la table ronde « radiofréquences, santé, environnement » – dit encore Grenelle des ondes – qui s’était tenu au printemps. Dès hier, elle a réagi, saluant la qualité du travail de l’Afsset. Mais elle s’est bien gardée de s’aventurer sur le terrain de la réduction des émissions, pointant les côtés rassurants du rapport. Le sujet sera pourtant sur la table  : il sera fait un point sur les villes candidates pour tester la faisabilité d’un abaissement de la puissance des antennes. A ce jour, 152 villes étaient en lice pour 20 places. C’est dire le niveau d’inquiétude.

Surveiller les effets des radiofréquences

L’Afsset ne tourne plus autour du pot  : « Nous avons recensé 11 études incontestables qui montrent des effets biologiques » dans la gamme des fréquences utilisées pour le mobile. Certes, l’agence a relevé, à l’inverse, 69 études qui n’en montrent pas. Mais, conclut avec force son patron, Martin Guespereau, « on n’est plus dans le tout noir ou le tout blanc ». Cette reconnaissance des effets biologiques est un grand pas pour des associations comme Priartem ou Agir pour l’environnement, régulièrement renvoyées dans les cordes par ceux qui exhibaient les études déniant tout effet. Pour autant, le mécanisme à l’œuvre derrière l’effet biologique observé reste dans l’ombre, tout comme le lien avec d’éventuelles pathologies  : « On a les signaux sanitaires, mais pas les mécanismes biologiques. […] On ne peut retenir comme établis des risques sanitaires. » Tout cela, faute d’études ad hoc, menées sur des cohortes importantes d’individus et sur les effets des expositions à long terme. Dès lors, pour l’Afsset, « il faudra encore beaucoup de recherches », tout particulièrement sur le cas des enfants et sur la question de la reproduction. Et s’intéresser davantage aux gammes de fréquences utilisées par les applications industrielles exposant les personnels techniques et médicaux.

Réduire les expositions aux antennes

Le message est clair  : « Nous ne pouvons plus ne rien faire. Il faut réduire les expositions », a répété hier Martin Guespereau. Face aux associations qui prônent le 0,6 volt par mètre d’exposition pour les personnes (aujourd’hui, les limites fixées au sortir de l’antenne sont presque dix fois supérieures), le patron de l’Afsset se garde de citer aucun chiffre. Tout comme l’agence récuse qu’il faille « agir parce qu’il existe un risque ». C’est plutôt l’incertitude dans laquelle on baigne qui mérite qu’on s’attelle au sujet  : « Dès lors qu’une exposition peut être réduite, cette réduction doit être envisagée, en particulier par la mise en œuvre des meilleures technologies disponibles à coûts acceptables. » Faut-il multiplier les antennes en baissant leur puissance  ? Pourquoi pas, répond Martin Guespereau, quand bien même cela fait remonter la dose d’ondes reçues via le portable par celui qui passe un appel, parce qu’au bout du compte « c’est bien lui qui choisit de faire le geste ». Il faudrait aussi « réfléchir à la mutualisation des antennes entre les opérateurs », si cela fait baisser les émissions. Autre préconisation, faire des cartographies des sites pour relever les points du territoire où les niveaux d’ondes sont très élevés. « Nous demandons un plan de surveillance moderne », a déclaré ainsi Martin Guespereau.

Étiqueter les mobiles

L’Afsset réclame un étiquetage des portables, car ils « restent très largement le principal mode d’exposition aux champs radiofréquences », rappelle une nouvelle fois l’agence. Son patron, Martin Guespereau, précise  : « Alors qu’on baigne souvent dans des émissions inférieures à 1 volt par mètre, si je prends mon téléphone à l’oreille, j’atteins 50 volts  ! » Pour limiter l’exposition, autant choisir le bon modèle, celui dont la DAS (débit d’absorption spécifique) est faible. D’autant que la DAS varie de 0,2 à 1,8 watt par kilo (la norme internationale est à 2 watts). Attention aux enfants  : la limite « a été fixée pour un cerveau d’adulte », rappelle l’Afsset. Pourra-t-on, un jour, mesurer le risque lié au mobile  ? L’étude internationale « Interphone », censée apporter une réponse, n’est toujours pas publiée. Des résultats partiels suggèrent la probabilité de développer des gliomes (tumeurs) pour une utilisation supérieure à dix ans. De même, des excès de lymphomes et de leucémies ont été observés chez des militaires exposés à des radars, sans qu’on puisse conclure à une hausse des risques.

Paru dans Libération du 16 octobre 2009


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