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lundi 22 juin 2009 16:21

  • télévision

La BBC tremble pour sa rente

Royaume-Uni. Une part de la redevance pourrait échapper à la chaîne.

par Sonia Delesalle-Stolper

tags : économie , Royaume-Uni , BBC

CC Lee Jordan

LONDRES, de notre correspondante

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La BBC fait la tête, il va falloir qu’elle partage. Le monopole de la vénérable institution sur la redevance télé apparaît menacé. Dans un énorme rapport sur l’ère du numérique en Grande-Bretagne (Digital Britain Report), lord Carter, ­secrétaire d’Etat aux Technologies, préconise en effet que 3,5 % de la redevance télé, soit quelque 154 millions d’euros sur les 4 milliards d’euros perçus chaque année, soient redistribués à partir de 2013, notamment à la chaîne commerciale ITV et à Channel Four, une chaîne publique, mais autofinancée par la publicité.

La British Broadcasting Corporation ne dispose pas de « droits exclusifs » sur la redevance et doit se transformer en « partenaire de service public » pour d’autres acteurs du secteur de la télévision, a estimé le ministre de la Culture, Ben Bradshaw.

Lord Carter, qui a travaillé plus d’un an sur le rapport, a calculé que le coût de l’aide au passage de la BBC au tout numérique d’ici 2012, auquel 154 millions d’euros annuels ont été consacrés, a été surestimé. Le surplus pourrait donc être utilisé pour permettre à ITV (Independent Television), fondée en 1954 pour garantir une concurrence avec la BBC, de financer des programmes sur ses antennes régionales d’Ecosse et du pays de Galles notamment.

La chaîne commerciale réclame depuis des années le droit de bénéficier d’une partie de la redevance dans la mesure où, comme la BBC et Channel Four, elle a signé un cahier des charges commun, imposant un quota minimum de programmes culturels et pour enfants. Par ailleurs, lord Carter a proposé une fusion entre BBC Worldwide, la branche commerciale de la BBC, et Channel Four, en grande difficulté financière depuis plusieurs années. Le directeur général de Channel Four, Andy Duncan, s’est félicité de cette proposition qui « reconnaît clairement le rôle vital de Channel Four pour assurer une compétition dans le service public avec la BBC ». Laquelle a accueilli le rapport très tièdement. Redistribuer une partie de la redevance risquerait de « porter atteinte à la qualité de la production de la BBC », a ainsi protesté sir Michael Lyons, président de BBC Trust, qui gère la redistribution de la redevance et assure que « la BBC reste indépendante, résiste aux pressions et aux influences de qui que ce soit ».

La BBC, fondée en 1922, a jusqu’à présent toujours résisté à la modification de son statut et à la révision de son financement. La charte de la BBC, qui définit à la fois son financement et ses objectifs, est renouvelée tous les dix ans, elle court actuellement jusqu’en 2018.

En revanche, l’accord sur la redevance n’est que de six ans et doit être renouvelé en mars 2013. Cette proposition, qui doit encore faire l’objet de débats au Parlement avant d’être votée, pourrait signer de fait la fin du monopole de la BBC sur le service public. Au cours des derniers mois, le mastodonte de la télévision britannique s’est en effet retrouvé aux prises avec plusieurs scandales qui ont relancé les discussions sur la redevance. Les salaires astronomiques de certains présentateurs vedettes ont notamment choqué, alors que des antennes régionales de la chaîne sont supprimées et que des commandes de programmes sont annulées pour cause de réduction des coûts.

Dans un savant exercice de relations publiques, la BBC a annoncé juste avant la publication du rapport de lord Carter que les stars de la chaîne, comme Jonathan Ross, Jeremy Clarkson et Graham Norton, allaient être contraints d’accepter des réductions de salaires de l’ordre de 40 %

Publié dans Libération du 22 juin 2009


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