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lundi 17 octobre 2011 15:07

  • télévision

La BBC, un mastodonte contraint à la diète

par Sonia Delesalle-Stolper

tags : Royaume-Uni , BBC

L’ultramoderne siège de la BBC à Salford (nord). Photo Nigel Roddis / Reuters

De notre correspondante à Londres.

L’autre majesté du Royaume-Uni, moins chapeautée mais presque aussi honorable que The Queen, vient d’être mise à la diète, tel un vulgaire quidam. La vénérable BBC (British Broadcasting Corporation) s’apprête en effet à supprimer 2 000 emplois d’ici à 2017, dans le cadre d’un plan d’économies de 20% de son budget. L’annonce, plus ou moins attendue, constitue la suite logique du gel, en 2010, par le gouvernement de la redevance télé, fixée à 145,50 livres (166 euros) pour les six prochaines années. Le gouvernement de coalition des libéraux-démocrates et conservateurs avait été sans appel : pas question que « auntie » (« tatie », surnom de la BBC) soit épargnée par la cure d’austérité sans précédent qui affecte tous les services publics du pays. Résultat, neuf mois d’études ont permis d’identifier 670 millions de livres d’économies (767 millions d’euros), dont les 2000 suppressions d’emplois.

Diminution de 15% du budget sport, réduction des émissions de divertissements et des achats de nouveaux programmes, multiplication des rediffusions, la BBC a pourtant évité l’annonce de la fermeture d’une de ses huit chaînes de télévision ou de ses 54 radios. Elle avait déjà réduit en 2010 son budget internet de 25% et récupéré la gestion de BBC World Service, financé auparavant par le ministère des Affaires étrangères. La reprise du World Service, une institution dans l’institution et une des dernières réminiscences de l’empire britannique, avait été assortie de la suppression de 25% de ses effectifs et de plusieurs de ses langues, comme l’albanais.

Si ce nouveau serrement de ceinture ne s’accompagne d’aucune fermeture de chaînes, des gains de productivité devront être réalisés par la mise en commun de ressources et par des délocalisations massives de programmes, notamment vers le site de Salford, tout près de Manchester. Ce cube de verre ultramoderne avait été inauguré il y a huit ans, avant la période de vaches maigres, dans l’idée de représenter la BBC dans tout le pays et pas seulement à Londres. Aujourd’hui, l’immeuble abrite 1 300 membres du personnel, mais devrait d’ici peu en accueillir 3 300, dont les animateurs de l’émission culte pour enfants Blue Peter et les présentateurs de BBC Sport. Sauf que certains d’entre eux grincent des dents à l’idée de quitter Londres pour aller vivre dans le grand Nord.

Quant au siège de White City, dans l’ouest de la capitale, il devrait être vendu. Haut les cœurs, s’est exclamé le conservateur lord Patten, président du BBC Trust, l’organisme de tutelle de la « Beeb » : « Il devrait être encore possible de produire des programmes d’excellente qualité avec 3,5 milliards de livres par an ! » Certes, a répliqué Mark Thompson, directeur général de la BBC, mais « à mon sens, c’est la dernière fois que la BBC peut se permettre des économies d’une telle ampleur sans perte substantielle de service et/ou de qualité ».

Créée en 1922, devenue en presque quatre-vingt-dix ans un mastodonte de l’information avec 22 899 employés dans le monde, la BBC fut pendant des années, et reste encore dans une large mesure, la référence absolue en terme de qualité de ses programmes et de son information, non seulement au sein du Royaume-Uni mais aussi internationalement. Ces dernières années, son aura s’est quelque peu ternie. Des programmations malheureuses, des présentateurs payés des millions de livres quand les salaires des journalistes de base n’augmentent pas, ou peu, sans parler de révélations sur les notes de frais exorbitantes de membres de la direction qui ont choqué les contribuables, mais également des chaînes concurrentes qui ne bénéficient pas de la redevance.

 

Paru dans Libération du 14 octobre 2011


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