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lundi 4 janvier 2010 13:46

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« La Canonnière du Yang-Tsé » sur le pont

par Bruno Icher

Steve McQueen incarne Jake Holman, un mataf en pleine tempête existentialiste. Photo DR

Contrairement aux vœux de l’auteur du roman dont il est adapté, la Canonnière du Yang-Tsé, sorti en 1966 et de retour sur les écrans français cette semaine, a été le premier film abordant la question de la Guerre du Vietnam. Il faut dire que les correspondances ne manquent pas entre le début de l’enlisement des GI dans le bourbier vietnamien et la Chine de 1926, toile de fond de cette épopée romanesque, où les soldats de la Navy défendent les intérêts économiques américains pendant que débute la guerre civile entre communistes et partisans de Tchang Kaï-chek. Or le romancier Richard McKenna n’y a jamais revendiqué autre chose que la compilation de ses propres souvenirs de marin de 18 ans, sillonnant le Yang-Tsé à bord d’un « gunship ».

En dépit du succès du roman, le projet a été long à se dessiner. Robert Wise, tombé raide dingue du livre, planchait sur la question depuis plusieurs années mais les studios renâclaient : trop cher, trop compliqué, trop risqué. Pendant que les comptables d’Hollywood tergiversent, Wise accepte un autre projet qui va changer la donne, la Mélodie du bonheur, un carton au box-office qui permet au réalisateur de forcer la main aux studios. Le tournage a lieu principalement à Taiwan où les problèmes s’accumulent. En raison de pluies torrentielles, au lieu des neuf semaines escomptées, il faut sept mois pour donner le dernier coup de manivelle.

Mais le vrai problème, c’est la star du film : Steve McQueen, qui incarne Jake Holman, un mataf dur-à-cuire en pleine tempête existentialiste, n’est pas facile à vivre. D’abord, il digère mal que le premier choix de Wise ait été Paul Newman, finalement indisponible. Ensuite, il obtient la tête de Robert Anderson, le scénariste, à cause d’un vieux différend : des années auparavant, Anderson avait refusé que McQueen interprète une de ses pièces à Broadway. Enfin, l’ennui abyssal qui règne dans l’équipe, divers pépins de santé (McQueen refuse de voir un dentiste chinois malgré un abcès) et tracasseries administratives (les autorités taïwanaises confisquent les passeports d’une partie de l’équipe, dont celui du beau Steve pour une histoire de taxes impayées) achèvent de dynamiter l’ambiance.

Longtemps après, Steve McQueen reconnut que quels que soient les péchés qu’il avait commis, ce tournage aurait dû lui permettre de les expier. Plus de quarante ans plus tard, cette fresque flamboyante, portée par un acteur au sommet et plutôt fine mouche sur une époque où les questions de la décolonisation, du racisme et du choc des cultures déboulent au-devant de la scène médiatique, mérite le grand écran. Parmi les curiosités du film, il faut signaler la présence au casting d’une jeune femme incarnant une prostituée chinoise, créditée au générique sous le nom de Marayat Andriane. Il s’agit d’Emmanuelle Arsan qui, par la suite, écrira le best-seller Emmanuelle.

Paru dans Libération du 2 janvier 2010


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