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vendredi 16 mars 2007 14:42

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La Chine tente d’endiguer la folie des cybercafés

par Pascale Nivelle

tags : pc , jeux en ligne , univers persistants , world of warcraft , Chine , l’addiction, une fois de plus

CC - Mr. Frosted

Prisés par les jeunes, ces lieux sont accusés de favoriser la délinquance.

Plus de nouveaux cybercafés cette année, vient de décréter le gouvernement chinois. Ces « foyers de délinquance juvénile », déjà interdits aux mineurs, sont une des obsessions des autorités dépassées par le succès de l’Internet en Chine, deuxième puissance mondiale en la matière après les Etats-Unis. La presse officielle ne cesse de dénoncer les méfaits de cette « addiction dangereuse pour la jeunesse », suspectée d’inoculer la violence dans les esprits, et publie régulièrement des cyber-faits divers terrifiants.

Dernier en date, raconté par le China Daily, principal quotidien anglophone : un garçon est mort d’épuisement dans le Liaoning, province du nord-est. A 26 ans et 150 kg, il avait passé une semaine entière devant un écran, engagé dans un marathon on line . Un autre, mineur, s’est suicidé après avoir perdu une compétition virtuelle. C’était un champion, capable de cliquer 362 fois par minute. Ailleurs, un adolescent de 15 ans a dévalisé et brutalisé une fillette de 11 ans, afin de terminer sa partie.

La campagne officielle contre l’influence néfaste de l’Internet, en marche depuis un an, vise 132 millions d’internautes chinois, par ailleurs déjà contrariés par la censure la plus efficace du monde, selon les Américains. Près d’un quart seraient accros aux jeux en ligne. Deux millions de moins de 18 ans auraient atteint un stade avancé d’addiction et sont menacés d’être envoyés dans l’un des quarante centres de désintoxication quasi militaires du pays (Libération du 22 août 2006).

Aujourd’hui, la pression se resserre autour des majeurs et de leurs lieux de passe-temps favoris, les cybercafés. Il y en aurait 113 000 en Chine, la moindre petite ville a le sien, ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Partout, la scène est identique. Rangées de deux, trois ou même quatre cents écrans, emballages de KFC (Kentucky Fried Chicken), cendriers pleins. Et autant de têtes brunes que d’écrans, à 90 % des garçons qui cliquent à toute allure. Casque sur la tête, ils jouent en ligne.

Yuxin est l’un d’eux, habitué d’un cybercafé proche de l’université de Pékin, dans le sous-sol enfumé d’un centre commercial. Yuxin a fait des études d’informatique et travaille pour un site Internet d’enseignement à distance huit heures par jour. Il vit avec ses parents et possède un ordinateur qu’il n’utilise que pour ses comptes et ses mails. Tous ses loisirs, soirées, week-ends et vacances, il les passe avec ses copains en ligne, dans ce café, devant les monstres phosphorescents de World of Warcraft, un jeu médiéval-fantastique : « Cinq heures par jour au minimum, parfois dix », dit-il en riant.

Pour 2 yuans (vingt centimes d’euros) de l’heure, et moins d’un yuan la nuit, il ne se ruine pas. Il commande ses nouilles par téléphone au fast-food voisin et se ravitaille en Coca au distributeur du cybercafé. Il ne se dit pas accro : « C’est juste un loisir, ma liberté. Il n’y a que ça à faire. » Les véritables intoxiqués, dit-il, ce sont « les dieux des jeux » qu’il désigne du menton à l’autre bout de la salle. Eux sont capables de rester trois ou quatre jours sans sortir. Pour l’instant, l’un des dieux, sourd à toute sollicitation extérieure, hurle devant son écran : « Je t’écraserai, je t’aurai ! » « Il est avec ses amis, explique Wangle, opérateur boursier en ligne dans la vraie vie. Il a des copains virtuels dans tous les pays. En ce moment, il aime bien les Suisses, "super-bons" à son jeu préféré, Counter-Strike. Lui n’est qu’un amateur qui joue cinq heures par jour, trois ou quatre fois par semaine. Au café Internet, il s’est fait de vrais copains. On joue côte à côte, on parle des équipes, c’est tranquille. » Mais la violence des jeux, susceptible de « polluer les jeunes esprits » ? « C’est la même chose que le football, explique Wangle, ce n’est pas parce qu’on aime ça qu’on y joue vraiment. »

Pékin de notre correspondante


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