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lundi 26 novembre 2007 11:28

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« La Commune » : pas de quartier pour la cité

Sur Canal +, une fiction s’attaque de front à la banlieue, ses habitants, ses drames et sa violence.

par Stéphanie Binet

tag : banlieue

DR

Avec dix ou vingt ans de retard, le PAF met les doigts dans la prise : la Commune – créée et écrite par Abdel Raouf Dafri, réalisée par Philippe Triboit – raconte, à travers huit épisodes de 52 minutes, non pas l’insurrection de 1871, mais les drames humains qui se nouent au sein d’une cité HLM promise à la destruction par un maire qui se rêve en ministre de la Ville.

Le scénario de Abdel Raouf Dafri, ex-reporter de France 3 Lille et adaptateur de la vie de Jacques Mesrine au cinéma, a la complexité, la noirceur et l’esthétisme des séries américaines comme Oz. Et il en utilise les ficelles : comme lorsque Hocine, interprété par Tomer Sisley, vient interroger le spectateur à coup de punch-line (« A la commune, le seul jour facile, c’était hier. »).

Dans cette cité « idéalisée », selon les mots du réalisateur, se jouent les conséquences d’un drame survenu vingt ans plus tôt. François Lazare (Francis Renaud), âgé de 15 ans, est arrêté pour avoir tué deux policiers. A sa sortie de prison, vingt ans plus tard, Lazare s’appelle Isham Amadi, s’est converti à l’islam, et a fait fortune grâce la publication de deux best-sellers. Son ancien pote Housmane Daoud (interprété par un imposant Doudou Masta) est devenu le caïd de la cité, gérant le trafic de drogue, avec, à ses côtés, Milan, son homme de main aussi bête qu’un pitbull.

DR

Le retour d’Isham/François dans la cité ne plaît ni à son ancien ami, ni au maire, ni à l’iman, et encore moins au fils d’un des policiers abattus. Seules les femmes, Anita Rossi, la responsable du centre social, Hosnia Zemmouri, jeune Tunisienne voilée mariée au grand frère d’Hocine, voient son retour comme celui du fils prodigue.

Délinquance juvénile, islam radical, overdoses, machisme : tous les ingrédients d’un énième cliché sur la banlieue pourraient être réunis. Et pourtant : la Commune tient plus de la politique-fiction où les enjeux de la banlieue seraient exagérés à l’extrême.

Philippe Triboit connaît bien l’univers des cités enclavées pour avoir tourné l’Embrasement, téléfilm diffusé sur Arte et retraçant les émeutes de novembre 2005 : « Les comportements qui y sont décrits sont valables ailleurs, défend-il, la loi du plus fort, ça dépasse la cité. J’ai souvent pensé au théâtre classique, le coryphée est un chœur antique, le parking une scène théâtrale. Il y a des gens qui ont un destin presque shakespearien dans cette série. Aujourd’hui, dans la société française, la banlieue est la plus romanesque parce que c’est là que les tensions se matérialisent le mieux, que les disparités sont les plus grandes, que les excès se manifestent le plus. »

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Philippe Triboit a soigné le casting pour parvenir à une vraie plus-value visuelle : « Je voulais quelque chose de surdimensionné. Je ne voulais pas de cinéma vérité, de casting sauvage, de misérabilisme à la Ken Loach. Je voulais qu’ils aient plus de charisme que la normale. C’est la première série en France où les Blancs, les Arabes et les Noirs sont traités à égalité. Ils sont dans la même complexité, et ils tiennent les premiers rôles. »

Et c’est une des grandes réussites de cette série : des personnages attachants, au point d’en oublier la cité.

La Commune (1/8)
Sur Canal +
Le lundi à 20h50.


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